Banque: Deutsche Bank rattrapé par ses erreurs
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BanqueDeutsche Bank rattrapé par ses erreurs

En voulant rivaliser avec les mastodontes américains dans la banque d'investissement, la banque s'est brûlé les ailes.

John Cryan, le directeur général de Deutsche Bank, est soumis à forte pression pour sauver sa banque.

John Cryan, le directeur général de Deutsche Bank, est soumis à forte pression pour sauver sa banque.

Keystone

Menacé par une amende aux Etats-Unis pour son rôle dans la crise des emprunts immobiliers toxiques, Deutsche Bank est rattrapé par ses erreurs passées dans la banque d'investissement. Dans ce secteur, l'établissement allemand a cherché à rivaliser avec les mastodontes américains.

Ces erreurs ont été pointées du doigt par le ministre de l'économie allemand, Sigmar Gabriel. Il a fustigé dimanche la stratégie de «dirigeants irresponsables», à l'issue d'une semaine noire en Bourse pour le titre du groupe tombé à des plus bas historiques.

«Je ne sais pas s'il faut rire ou pleurer de voir une banque, qui a fait de la spéculation un modèle de développement, venir maintenant se poser en victime», a déclaré le ministre social-démocrate, lors d'un déplacement en Iran, renvoyant à l'image de l'arroseur arrosé.

Deux jours plus tôt, le patron de la banque, John Cryan, avait accusé «certaines forces de marché» de faire plonger le cours de l'action de l'établissement. Le titre Deutsche Bank a cédé près de la moitié de sa valeur, depuis le début de l'année, du fait d'inquiétudes sur la solidité financière de la première banque allemande.

Amende record

«La grande majorité des problèmes de Deutsche Bank viennent de la banque d'investissement», explique Jérôme Legras, directeur de la recherche au sein de la société de gestion Axiom AI. Soutien financier traditionnel de l'industrie allemande, l'institut bancaire s'est transformé radicalement dans les années 1990, cherchant à rivaliser avec les grandes banques d'investissement américaines comme Citigroup ou JP Morgan.

Deutsche Bank a d'abord racheté l'établissement britannique Morgan Grenfell en 1989, avant de faire son entrée sur la place new-yorkaise, avec le rachat de Bankers Trust en 1999. Mais elle paie aujourd'hui les pots cassés liés à ses errements dans le cadre de cet essor.

Deutsche Bank est ainsi menacé par une amende record (14 milliards de dollars soit 13,6 milliards de francs) du département américain de la justice pour avoir vendu des crédits immobiliers à risque dits «subprime» responsables de la crise financière. Montant qui pourrait toutefois, selon une source proche du dossier, être ramené à 5,4 milliards de dollars.

La banque allemande a déjà écopé d'une amende de 2,5 milliards de dollars pour manipulations du taux interbancaire Libor aux Etats-Unis, l'an dernier, et soldé un différend avec le régulateur des services financiers de New York (DFS) et la Réserve fédérale (Fed) qui l'accusaient de violations d'embargos américains contre la Syrie et l'Iran.

Dans le passé, «Deutsche Bank a capitalisé sur le succès de ses activités. Mais l'établissement a reporté à plus tard différents dangers, qui se sont matérialisés par des risques juridiques et sont aujourd'hui si onéreux», résume Hans-Peter Burghof, professeur spécialiste du secteur bancaire à l'université d'Hohenheim.

La banque d'investissement, qui générait encore 70% des profits de Deutsche Bank, en 2007, selon le magazine Spiegel, est aujourd'hui «non rentable», ajoute Jérôme Legras, chez Axiom, qui pointe le «tsunami réglementaire» qui a fait exploser ses coûts dans le sillage de la crise.

Plus de fonds propres exigés

Si au sortir de la crise financière, Deutsche Bank semblait avoir évité les dangers qui avaient coulé certaines de ses rivales, le resserrement de la réglementation et les exigences supplémentaires en matière de fonds propres liées à Bâle 3 ont fait chuter sa rentabilité.

«Deutsche Bank opérait avant la crise en 2007-2008 avec des fonds propres durs autour de 2%, alors qu'on demande aujourd'hui aux banques 12%. Quand on multiplie par six les exigences de fonds propres, cela fait dégringoler la rentabilité», explique M. Legras.

Les banques américaines, qui évoluaient déjà depuis de nombreuses années avec des exigences de fonds propres supplémentaires, étaient mieux armées. Et l'institut bancaire allemand a tardé à réagir.

Deutsche Bank a décidé de lancer une vaste restructuration, après une perte de sept milliards d'euros en 2015, qui prévoit la fermeture de quelque 200 filiales en Allemagne d'ici 2020 et la suppression de près de 9000 postes au niveau mondial.

(ats)

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