Actualisé 02.10.2019 à 06:49

ArchéologieDeux appels pour la main d'or: judiciaire et financier

Condamné à une amende de 2 500 francs après avoir remis sa remarquable découverte au Service archéologique bernois, le détectoriste Massimo Beck ne lâche pas son os.

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lematin.ch
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Condamné à une amende de 2 500 francs pour infraction à la loi sur le patrimoine, le détectoriste Massimo Beck (48 ans) a décidé de porter son cas devant la Cour d'appel du canton de Berne.

Condamné à une amende de 2 500 francs pour infraction à la loi sur le patrimoine, le détectoriste Massimo Beck (48 ans) a décidé de porter son cas devant la Cour d'appel du canton de Berne.

V.Dé
La main d'or de Prêles (BE) a été remise par Massimo Beck et son collègue au Service archéologique bernois le 10 octobre 2017.

La main d'or de Prêles (BE) a été remise par Massimo Beck et son collègue au Service archéologique bernois le 10 octobre 2017.

Service archéologique du canton de Berne
Ici avec parents et enfants, avec le drapeau de son association, Massimo Beck a lancé un appel aux dons pour financer une procédure judiciaire dont l'issue pourrait faire jurisprudence, même si selon le juge de Moutier (BE), chaque cas est différent.

Ici avec parents et enfants, avec le drapeau de son association, Massimo Beck a lancé un appel aux dons pour financer une procédure judiciaire dont l'issue pourrait faire jurisprudence, même si selon le juge de Moutier (BE), chaque cas est différent.

DR

La découverte de la main d'or de Prêles (BE) coûte cher au détectoriste Massimo Beck (48 ans), poursuivi par le Service archéologique du canton de Berne. Après sa condamnation par le Tribunal régional Jura bernois-Seeland à 2 500 francs d'amende, à quoi se sont ajoutés 2 000 francs de frais le 25 septembre dernier, ce passionné clame son innocence en lançant deux appels: le premier judiciaire à l'adresse de la Cour suprême, le second financier à l'intention d'éventuels donateurs.

Dans un communiqué intitulé «Protégeons notre loisir», Massimo Beck réaffirme pratiquer la détection de loisir pour dépolluer les champs, en compagnie de sa belle-fille Sarah Chiha (14 ans), qui tient un blog.

Selon Massimo Beck, remettre sa découverte du 7 octobre 2017 au Service archéologique était un «acte civique». «On ne peut qu'avoir honte d'être un Suisse», indique son entourage après sa condamnation.

Intègres et respectueux

«Cela donnera un mauvais message aux détectoristes intègres et respectueux, ils n'oseront plus apporter leurs découvertes au risque de ce faire amender», estime l'Association romande des utilisateurs de détecteur de métaux de loisir (www.arudml.ch). «On retrouvera ces objets sur des sites de vente», estime le père du détectoriste.

«Nous dépolluons des terrains sans intérêt pécuniaire et archéologique. Nous voulons seulement être utiles à autrui bénévolement», soutient sa compagne. Aux yeux de son père, Massimo Beck est un «bon patriote» respectueux des lois.

Le problème, pour ce représentant, c'est que son combat a un coût. «C'est difficile financièrement», admet son association, convaincue que «cette joute servira les intérêts d'autres détectoristes».

«Afin de découvrir»

À Moutier, le tribunal a admis que la découverte était «exceptionnelle», mais faute d'autorisation, infraction il y a eu: la loi sur le patrimoine interdit l'utilisation de moyens techniques «afin de découvrir des objets archéologiques».

«Je doute que ça fasse jurisprudence: le choix de la politique criminelle appartient au législateur, pas à la justice», a averti le président du tribunal Josselin Richard. «Le canton de Berne refuse de fournir sa carte des zones archéologiques, alors que le canton de Vaud rend la sienne accessible sur un smartphone», remarque Jean-Claude Beck, père du chercheur.

Le sentiment de Massimo Beck, c'est que la loi est floue pour les archéologues comme pour les détectoristes. «Pourquoi les détecteurs sont-ils vendus librement?», demande--t-il. Son combat dépendra d'un soutien financier. Pour interjeter appel contre le jugement de première instance, il doit se procurer la motivation écrite du tribunal au prix de 800 francs.

Vincent Donzé

Témoignage lausannois

«Je rentre d'Angleterre où 1500 détectoristes ont ratissé 800 hectares riches en vestiges celtiques et romains, en collaboration avec des archéologues présents sur les lieux. Deux haches de bronze et une petite guimbarde ont été découvertes. Quant à moi, j'ai mis à jour un fragment de bracelet du haut Moyen Âge. Comme l'intérêt des musées se porte essentiellement sur des bracelets complets, la possibilité d'acquérir ma découverte m'an été offerte, moyennant 25 livres, soit environ 30 francs. Je recevrai le fragment avec un certificat qui m'épargnera de passer pour un pilleur. Pourquoi ne pas procéder en Suisse comme en Angleterre? Ici, on a la permission de chercher, mais pas de trouver! Contrairement aux Etats-Unis, où le sol appartient aux propriétaires terriens jusqu'au centre de la terre, le sous-sol helvétique est la propriété de l'Etat». Alain Vuagniaux

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