France - Deux ex-skinheads jugés en appel pour la mort de Clément Méric

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FranceDeux ex-skinheads jugés en appel pour la mort de Clément Méric

Deux hommes sont jugés dès mardi en appel pour leur participation à l’affrontement qui avait coûté la vie en 2013 au jeune militant antifasciste Clément Méric.

Une manifestation de soutien à Clément Méric en 2018 à Paris.

Une manifestation de soutien à Clément Méric en 2018 à Paris.

AFP

Deux anciens skinheads sont jugés à partir de mardi en appel devant la cour d’assises de l’Essonne pour leur participation à l’affrontement qui avait coûté la vie en 2013 au jeune militant antifasciste Clément Méric, à l’origine d’une vive émotion dans tout le pays.

En 2018, en première instance, Esteban Morillo, qui a reconnu avoir donné deux coups mortels, et Samuel Dufour, impliqué dans la rixe sans frapper Clément Méric, avaient été condamnés à onze et sept ans de prison. Lors de ce premier procès devant la cour d’assises de Paris, le puzzle des témoignages et des expertises n’avait pas permis de faire toute la lumière sur le déroulement précis des faits.

Le 5 juin 2013 en fin d’après-midi, deux petits groupes de jeunes militants d’extrême gauche et d’extrême droite se retrouvent fortuitement à une vente privée dans le quartier Saint-Lazare à Paris. Ils s’invectivent. Les deux groupes passent plusieurs appels pour demander des renforts. Quarante minutes plus tard, une bagarre éclate dans la rue. En sept petites secondes, elle est fatale à Clément Méric, un étudiant de Sciences Po Paris âgé de 18 ans, qui s’effondre sur le bitume après avoir été frappé au visage.

Qui a provoqué l’affrontement? Les skinheads portaient-ils des poings américains? Lors du procès de 2018, les deux accusés, âgés de 20 ans au moment des faits, avaient exprimé «leur peur» des antifascistes qui les «attendaient» dans la rue. Bien qu’ils aient tous deux contesté avoir utilisé des poings américains, la cour les avait reconnus coupables d’en avoir portés.

A l’issue de deux semaines de débats, Esteban Morillo avait été condamné pour violences avec armes et en réunion ayant entraîné la mort sans intention de la donner. Même sentence pour Samuel Dufour qui, sans avoir frappé Clément Méric, avait empêché ses camarades de lui porter secours, selon la cour. Un autre skinhead avait été acquitté. En appel, l’avocat d’Esteban Morillo, Jérôme Triomphe, compte plaider l’acquittement. «Esteban et ses amis se sont défendus d’une attaque préméditée» de militants antifascistes, affirme-t-il.

«Bulle de violence»

«C’est blessant», lui rétorque Aude, la petite amie de Clément Méric à l’époque, militante et partie civile au procès. «C’est blessant pas seulement parce que cela insinue que Clément serait responsable de sa propre mort, mais aussi parce que c’est à l’antipode» de qui était Clément, «quelqu’un de très chouette, avec beaucoup de qualité d’écoute». La jeune femme ne veut d’ailleurs pas parler de «bagarre ou de rixe», car ces termes «impliquent la responsabilité des deux parties».

«Il semble qu’en première instance, les débats se sont focalisés sur les opinions politiques des belligérants, alors que l’objet de la cour d’assises n’est pas de déterminer qui a raison politiquement mais quelles sont les responsabilités pénales des uns et des autres», estime Me Grégoire Etrillard, qui défend Samuel Dufour. «Ce ne sont pas des opinions qu’on reproche» aux accusés, «ce sont leurs violences, et ces violences sont commises car ce sont des personnes (qui évoluent) dans une bulle où la violence est prônée», répond Me Cosima Ouhioun, l’avocate de la famille Méric.

En 2013, le drame avait fait ressurgir le spectre des violences d’extrême droite. Le gouvernement avait alors dissout plusieurs groupes identitaires et racistes, à l’instar de Troisième voie et de son service d’ordre, les Jeunesses nationalistes révolutionnaires (JNR) dirigées par une figure de la mouvance, Serge Ayoub. Huit ans plus tard, le «combat continue», selon le collectif Action antifasciste Paris-Banlieue, auquel appartenait Clément Méric. «Sa mort est très politique» et dépasse la «bagarre de rue»: «c’est un symptôme de la montée en puissance de l’extrême droite», juge «Marco, l’un de ses membres.

Le procès doit durer jusqu’au 4 juin.

(AFP)

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