Tribunal pénal fédéral: Deux mafieux présumés jugés à Bellinzone
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Tribunal pénal fédéralDeux mafieux présumés jugés à Bellinzone

Accusés par le MPC de faire partie d'une célèbre organisation criminelle, deux Géorgiens contestent leur condamnation en 2012.

Tribunal pénal fédéral, à Bellinzone.

Tribunal pénal fédéral, à Bellinzone.

archive/photo d'illustration, Keystone

Condamnés respectivement à sept ans et demi et quatre ans et trois mois de réclusion, deux membres d'une organisation criminelle géorgienne ont comparu lundi devant le Tribunal pénal fédéral à Bellinzone. Le MPC a demandé la confirmation de la peine, la défense leur acquittement.

Les deux hommes avaient fait recours contre un premier jugement émis en 2012. Ils répondent principalement de participation à une organisation criminelle, de dommages à la propriété, blanchiment, vols et recels.

Les inculpés, un apatride de 38 ans né dans la région autonome de l'Abkhazie (ex-Géorgie) et un Géorgien de 39 ans, ont fait le déplacement à Bellinzone pour assister à leur procès. Le premier est venu de Poitiers (F), alors que le second directement de Géorgie, «ce qui démontre sa bonne foi», a dit à l'ats son avocat Christophe Piguet.

Le Ministère public de la Confédération (MPC) les accuse d'avoir été membres de l'organisation criminelle géorgienne Vory v Zakone (Voleurs dans la loi).

«Rien à voir avec 'Voleurs dans la loi'»

L'homme résidant à Poitiers est accusé d'avoir été l'adjoint du responsable de l'organisation criminelle pour la Suisse. Il est notamment accusé d'avoir organisé et supervisé un cambriolage commis à Aigle (VS) en septembre 2009. On lui reproche aussi d'avoir été l'organisateur d'une tentative de cambriolage au centre de Genève. Le butin escompté par l'organisation, qui espérait réaliser un grand coup, se montait à plusieurs millions de francs.

Le Géorgien de 39 ans, un universitaire qui avoue un passé d'héroïnomane, répond de multiples délits. Il s'agit pour la plupart de vols mineurs commis entre 2009 et 2010 au Tessin, où il avait été placé après avoir déposé une demande d'asile en Suisse. Il est accusé d'avoir été le responsable de l'organisation criminelle pour le secteur de la Suisse italienne - ce qu'il a nié.

Lundi, durant leurs interrogatoires par le juge Giuseppe Muschietti, les deux prévenus ont fermement contesté être membres de l'organisation «Voleurs dans la loi» qu'ils ne connaissent que «par ouïe dire, comme on connaît la mafia ou la 'ndrangheta», a notamment affirmé l'un des deux inculpés.

Longue détention préventive

Pour sa part, l'accusé de 38 ans résidant à Poitiers - marié et père d'une fille de 17 ans atteinte de surdité -, a plaidé non coupable pratiquement sur toute la ligne. Le cambriolage commis à Aigle en 2009? «Je ne suis jamais allé dans cette ville»; la tentative de cambriolage millionnaire à Genève? «Je n'ai rien à y voir»; les montres de luxe trouvées à son domicile? «Je les ai achetées pour les revendre», et ainsi de suite.

L'accusé de 39 ans a reconnu quelques-uns des petits vols commis au Tessin (cigarettes, champagne, whisky). Mais il a réfuté les accusations de recel et blanchiment. Les deux hommes ont passé chacun près de trois ans et demi en détention provisoire. Le premier a été libéré en janvier 2015, l'autre en septembre 2014.

Injuste incarcération

Pour la procureure fédérale Delphine Pittet, il est clair que les deux accusés appartiennent à l'organisation criminelle «Voleurs dans la loi», une nébuleuse qui étend ses tentacules en Suisse, en France, en Espagne et en Italie. Elle a demandé la confirmation des délits reprochés aux accusés, exception faite de quelques vols mineurs, tombés en prescription. Les peines de réclusion ne doivent en outre pas dépasser pas la durée de la détention préventive, a-t-elle précisé.

Les avocats des deux Géorgiens, Maryse Jornod et Christophe Piguet, ont démonté un à un tous les chefs d'accusation. Ils ont déploré «l'acharnement» et l'«agressivité» de l'ex-procureur fédéral Felix Reitmann, chargé de la première enquête qui a été «incroyablement gonflée».

Les défenseurs ont requis l'acquittement de leurs clients, demandé que les frais de justice et de défense soient mis à la charge de l'Etat et requis leur indemnisation pour injuste incarcération à raison de 100 francs par jour. Maryse Jornod a en outre demandé une indemnité pour tort moral de 15'000 francs pour son client, victime en prison d'une mauvaise fracture à un bras. Le verdict sera rendu ultérieurement.

(ats)

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