22.12.2017 à 06:32

DIESELGATEDeux mille Suisses à l’assaut de VW

Les dossiers d’automobilistes helvétiques grugés seront déposés le 29 décembre devant un tribunal allemand dans l’espoir d’enfin obtenir des indemnités.

par
Lematin.ch
Michael GotLe siège de VW est à Wolfsburg, à côté de Brunswick.tschalk/Getty Images

Michael GotLe siège de VW est à Wolfsburg, à côté de Brunswick.tschalk/Getty Images

Michael Gottschalk/Getty Images

Aux États-Unis, le Dieselgate a coûté plus de 25 milliards de dollars à Volkswagen. Rappelons que c’est dans ce pays qu’a été découvert en septembre 2015 un logiciel truquant les valeurs d’émission du CO2 sur les diesels. Cette somme colossale a permis de couvrir la remise aux normes ou le rachat de ses véhicules, mais également les dédommagements que le groupe allemand a versés aux conducteurs trompés. Aux États-Unis, 600 000 véhicules étaient concernés. Mais VW a truqué en tout 11 millions d’autos dans le monde, dont 8,5 millions en Europe! Si, là aussi, le constructeur a dû payer pour remettre aux normes ses véhicules (98% l’ont été à ce jour en Suisse), pas un centime ou presque n’a été déboursé à titre de dédommagement.

Attaquer VW sur ses terres

Bien sûr, les recours collectifs et les sanctions punitives se chiffrant en milliards sont une spécificité américaine. Et VW, qui a une peur bleue de se voir exclure de ce marché-là, a assez rapidement accepté des accords financiers. Mais un petit geste pour ses principaux clients, les Européens, est-ce trop demander?

Plusieurs actions ont donc été entreprises afin de tenter d’obtenir réparation. En Suisse, la Fédération romande des consommateurs a rejoint un mouvement européen coordonné par MyRight et mené par l’étude d’avocats américains Hausfeld. Le but est de saisir le tribunal allemand de Brunswick, là où VW a son siège, afin d’obtenir au civil des dommages et intérêts pour tromperie. Si 5000 personnes se sont rapidement inscrites auprès de la FRC en 2015, 2500 se sont intéressées à l’action judiciaire en 2017. Il en reste un peu plus de 2000 dont la plainte sera déposée sur place le 29 décembre. 15 000 Allemands ont déjà remis leur dossier et des plaignants d’Autriche, de Slovénie et de Lituanie vont suivre. L’Allemagne, comme la Suisse, ne reconnaissant pas le concept de plainte collective, c’est comme si le tribunal de Brunswick devait traiter des dizaines de milliers de plaintes. «Cela nous permet de mettre concrètement la pression sur VW, explique Sophie Michaud Gigon, secrétaire générale de la FRC. Mais la procédure peut durer des années.» L’espoir est de pousser le constructeur à reconnaître sa responsabilité envers les consommateurs européens.

La SKS, pendant alémanique de la FRC, a choisi une autre méthode. Au nom de 5000 personnes, elle va porter plainte au civil, à Zurich, contre VW et son importateur AMAG, demandant 3000 à 7000 francs par véhicule (soit sa moins-value).

Passivité des autorités

Enfin, une procédure pénale, également contre VW et AMAG, est pendante auprès du Ministère public de la Confédération (MPC). Qui avait voulu refiler l’affaire aux Allemands avant d’être rappelé à l’ordre par le Tribunal pénal fédéral. Le MPC a donc saisi des documents chez AMAG en décembre 2016. «Le procureur m’avait promis des résultats sur ses recherches en octobre dernier, mais je n’ai pas eu de nouvelles», soupire Jacques Roulet qui représente 400 plaignants au nom des Avocats de la route. Il regrette d’autant plus dans cette affaire la passivité de la justice et des autorités suisses qu’il sait parfaitement que le groupe VW joue la montre. «Sa méthode, c’est de faire durer. C’est pour cela que tout résultat positif de l’une des actions engagées va profiter aux autres.»

Votre opinion

Trouvé des erreurs?Dites-nous où!