Miracle sur le lac: «Deux minutes plus tard, elle coulait à pic»
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Miracle sur le lac«Deux minutes plus tard, elle coulait à pic»

La réactivité de l’équipage de la CGN a permis de sauver la vie d’une passagère tombée dans l’eau mercredi. Le capitaine du bateau raconte.

par
Evelyne Emeri
Le Général-Guisan avait quitté Lausanne et son débarcadère d’Ouchy depuis quelques minutes lorsque la malheureuse a basculé dans les eaux du lac Léman.

Le Général-Guisan avait quitté Lausanne et son débarcadère d’Ouchy depuis quelques minutes lorsque la malheureuse a basculé dans les eaux du lac Léman.

CGN/Bertrand Francey

«Cela fait 32 ans que je travaille à la CGN, un accident comme celui-ci, je n’ai jamais connu. Le lac était calme hier après-midi (ndlr. mercredi à 16h30), il faisait encore grand beau. Je regardais devant, direction Thonon (F). Il y avait du monde sur le pont supérieur. 7 minutes après le départ, le caissier est venu m’avertir qu’un passager avait vu quelqu’un dans l’eau.» L’homme qui nous parle n’est autre que le capitaine du bâtiment de la Compagnie générale de navigation (CGN), Jean-Martial Mercanton.

Une Sud-Coréenne en vacances

Mercredi en fin de journée, une passagère est passée par-dessus bord. En réalité, personne ne l’a vue perdre l’équilibre et chuter dans le lac. L’on sait qu’elle se tenait dehors sur la coupée du bateau là où les voyageurs embarquent et débarquent. «Cette jeune femme, une Sud-Coréenne de 27 ans en vacances, a confirmé qu’elle était appuyée là, dos au bastingage et qu’elle a basculé en arrière. Je suis sorti de ma cabine, j’ai aperçu un sac noir et un objet flottant. Nous avons immédiatement mis en route la procédure d’urgence», poursuit le commandant de bord.

«Elle avait déjà le menton sous l’eau»

Le capitaine Jean-Martial Mercanton

«Deux minutes plus tard, elle coulait à pic, concède le capitaine, elle flottait encore mais ne bougeait pas. Je ne sais même pas si elle savait nager. Elle avait déjà le menton sous l’eau. Nous avons lancé une première bouée depuis la proue qui est arrivée trop loin, puis une seconde depuis la coupée latérale. Celle-ci est tombée à 50 cm de sa tête. Heureusement elle est parvenue à s’y accrocher et nous avons pu la récupérer en moins de 3 minutes. Nous avons mis en pratique ce que l’on exige de nous lors des examens et des rôles de bord (ndlr. exercice «homme à l’eau») que nous devons répéter trois fois par an au minimum.» 

«Elle va bien»

Jeudi matin, le capitaine Mercanton a eu des nouvelles de la rescapée, venue chercher à la capitainerie deux de ses trois sacs de voyage restés à la surface de l’eau et repêchés par la police. Comme le veut la procédure, il s’est rendu à la Brigade du lac pour remettre son rapport d’intervention: «Elle va bien, elle est encore un peu sous le choc. Lorsque nous avons rebroussé chemin vers Lausanne où l’ambulance l’attendait, elle était déjà en hypothermie à 33,5° (ndlr. quand la température corporelle est inférieure à 35°)». De la chance? Un miracle? «Nous avons simplement réagi comme on nous l’apprend», conclut modestement le patron de l’équipage du Général-Guisan.

«La porte de coupée ne s’est pas ouverte»

Le capitaine Jean-Martial Mercanton

Reste une question centrale: l’ouverture dans le flanc du navire était-elle bien fermée, bien sécurisée au moment de l’accident? La réponse du capitaine est ferme et catégorique: «La porte de coupée ne s’est absolument pas ouverte. Cette jeune femme aurait pu basculer à n’importe quel autre endroit du bastingage qui mesure environ 1 m 20 de haut. Ce sont les normes.»

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