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FranceDeux policiers jugés dans le cadre des émeutes de Clichy

Deux policiers comparaissent lundi en France en lien avec la mort de deux adolescents dans une banlieue déshéritée de Paris en 2005.

Les émeutes de 2005 dans les banlieues françaises ont commencé à Clichy-sous-Bois et ont duré trois semaines consécutives. Ici, le 28 octobre 2005.

Les émeutes de 2005 dans les banlieues françaises ont commencé à Clichy-sous-Bois et ont duré trois semaines consécutives. Ici, le 28 octobre 2005.

ARCHIVES, AFP

Le drame avait déclenché trois semaines d'émeutes urbaines à travers le pays. Les deux agents sont jugés ce lundi 16 mars 2015 pour «non-assistance à personne en danger».

Ce procès, devant le tribunal correctionnel de Rennes (ouest), est très attendu par les familles des victimes et de nombreux habitants des quartiers populaires. Ceux-ci voient l'origine du drame dans les contrôles policiers «au faciès» des jeunes issus de l'immigration.

Les faits, vieux de près de dix ans, remontent au 27 octobre 2005, lorsque la police intervient sur un chantier de Clichy-sous-Bois, au nord de Paris. Des adolescents revenant de jouer au football prennent peur et s'enfuient, poursuivis par les hommes en uniforme.

Cachés dans un transformateur

Trois d'entre eux, Bouna Traoré, 15 ans, Zyed Benna, 17 ans, et Muhittin Altun, 17 ans, tentent de trouver refuge dans l'enceinte d'un transformateur électrique, où les deux premiers trouveront la mort et le troisième sera grièvement brûlé.

Le double décès avait déclenché trois semaines d'émeutes, les plus graves dans l'histoire des banlieues françaises, face auxquelles le gouvernement de l'époque avait proclamé l'état d'urgence.

«Beaucoup de zones d'ombres»

«Ca fait dix ans qu'on attend ce procès», a déclaré Adel Benna, frère aîné de Zyed. «Il y a beaucoup de zones d'ombres. On n'arrive pas à comprendre», a-t-il expliqué. «On veut savoir ce qui s'est réellement passé», renchérit Siyakha Traoré, grand frère de Bouna, dont le «sentiment de colère et d'incompréhension» reste vif.

L'avocat des familles, Me Jean-Pierre Mignard, critique pour sa part la lenteur de la procédure qui a abouti à ce procès, aussi longtemps après les faits.

Au fil des années, plusieurs procureurs français chargés du dossier ont défendu un abandon des poursuites, contre l'avis des juges d'instruction. Ceux-ci étaient à l'origine en 2010 d'une première ordonnance de renvoi des deux policiers comparaissant cette semaine.

Jusqu'à cinq ans de prison

Les deux prévenus risquent jusqu'à cinq ans de prison et 75'000 euros (près de 79'000 francs) d'amende. Le premier, Sébastien Gaillemin, 41 ans, faisait partie de la brigade sur les lieux au moment du drame. La seconde, Stéphanie Klein, 38 ans, était au standard du commissariat.

Il leur est reproché de n'avoir pas prévenu les secours, une accusation rejetée par leur avocat, Me Daniel Merchat. Selon lui, les deux agents «n'ont jamais eu la certitude» de la présence de Zyed et Bouna dans le transformateur.

«Comment voulez-vous qu'on fasse appel à des secours quand on ne sait pas qu'il y a des gens en danger?», fait-il valoir, rappelant que le service d'inspection de la Police nationale n'a «relevé aucune faute» des deux fonctionnaires, toujours en poste aujourd'hui.

(ats)

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