Actualisé 03.09.2019 à 04:53

Deux records du monde de wingsuit qui créent la polémique

Suisse

Le wingsuiter Anton Andersson indique avoir réalisé le plus long vol et atteint la plus petite cible jamais imaginée dans les Alpes en un jour. La communauté de base jumpers critique sa témérité et le met en doute.

par
Sébastien Anex

Anton Andersson dit avoir battu le record du monde du plus long vol en wingsuit depuis une falaise de la Jungfrau.

La vidéo vient d’être révélée: un double exploit a eu lieu dans les Alpes bernoises en moins de 24 heures en début d'été. Récit d’une journée mémorable.

L'aventure commence tôt pour le suédois Anton Andersson. Appuyé par une petite équipe d’alpinistes, il se réveille à 2 heures à la Mönschhütte pour s’élancer à l’assaut des pentes endormies de la Jungfrau. Dans la torpeur de la nuit, pas le temps d’avoir peur. Pourtant, c’est un défi de taille qui attend le jeune homme de 25 ans. Il va tenter de battre deux records du monde de wingsuit.

«Il n’y a pas de deuxième chance»

Xavier, un Lausannois accompagnant le fou volant dans les Alpes bernoises explique ne pas avoir eu de craintes pour son ami: «Quand je le vois dans les airs, cela me donne envie de faire pareil. C’est un truc de fou!» Fou, assurément, car le risque est élevé dans cette pratique. Chaque année, des adeptes de ce sport extrême «tapent» selon le jargon. En clair, ils s’écrasent et, dans l’immense majorité des cas, ne se relèvent jamais. Anton en est conscient: «Il n’y a pas de deuxième chance».

Joint par téléphone, il nous indique toutefois minimiser les risques: «Par ma longue expérience sportive et des techniques de méditation, j’ai appris à contrôler mes peurs pour les évacuer de mon corps. Je me concentre ainsi entièrement sur le wingsuit».

Le grand saut

Au moment de se retrouver seul sur un éperon rocheux quelques centaines de mètres sous le sommet de la Jungfrau, Anton est prêt: «Mon être est entièrement connecté à l’environnement.» Puis, c’est le grand saut: une sensation que le Suédois peine à décrire tellement elle est intense. «Je sens l’air, l’accélération... Tout se libère. C’est naturel, de la joie à l’état brut». Profite-t-il de la vue? «Je vois tout, mais ne peux pas jouir du paysage. Je me dois d’être focalisé sur le vol.»

A 200 km/heure au-dessus des glaciers

Durant plus de trois minutes, ce sont successivement des glaciers, des rochers et des forêts qui défilent à près de 200 km/heure quelques mètres sous la combinaison ailée d’Anton. Après huit kilomètres et l’ouverture d’un parachute, l’atterrissage se fait en douceur dans la vallée de Lauterbrunnen. Le précédent record de distance en sautant depuis la surface terrestre datait de 2011. Il est battu selon Anton, mais il demeure la seconde étape: le défi de fin de journée, presque plus ardu encore.

Deuxième record du monde

Il s’agit d’un challenge de précision, au départ du Stockhorn (BE). Un pilotage minutieux est indispensable pour atteindre une cible de 30 centimètres sur 30 en polystyrène, la plus petite jamais visée en wingsuit selon Anton. Après 20 secondes de vol, il transperce la mire positionnée à trois mètres du sol. «Mon sport semble délirant, mais au fond, on est juste comme des avions. Et au contraire des passagers, nous, on a les commandes» s’exclame le Suédois.

La peur de ne pas vivre

En partageant ses vidéos, l’aventurier espère pousser les gens à quitter leurs ordinateurs pour sortir de leur zone de confort. «La mort me fait évidemment peur, mais je redoute plus encore de ne pas vivre à fond» conclut-il avant de s’élancer vers de nouveaux défis.

Record du monde de précision en wingsuit:

Records controversés

Joint par téléphone, la porte-parole de la Swiss Base Association (SBA - l’association des bases jumpers suisses) n’y va pas par quatre chemins pour décrire le personnage d’Anton Andersson: «C’est un mythomane qui ne respecte aucune règle et fait du tort à notre communauté». Une pétition circule parmi les adeptes de wingsuit pour demander aux organisateurs de la World Wingsuit League de retirer le Suédois de la compétition reine - qui se déroule actuellement en Chine - en espérant que cela pousse le fou volant à “cesser son comportement téméraire”. D’après les utilisateurs de l’espace aérien de Lauterbrunnen, Anton enfreindrait grièvement et de manière répétée la réglementation, malgré de multiples avertissements demeurés sans effets. Les base jumpers s’inquiètent aussi que le Suédois provoque une détérioration des contacts qu’ils ont avec les agriculteurs offrant leurs terrains pour les atterrissages. Selon la SBA, Anton atterrit n’importe où et a frôlé un hélicoptère. La porte-parole rigole tristement du prétendu record: «La voie de la Jungfrau a été ouverte il y a bien longtemps et nombreux sont ceux qui ont réalisé des vols plus longs».

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