Ski alpin: Cela s'est passé un 16 mars: Cuche écrit l'histoire
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Ski alpinCela s'est passé un 16 mars: Cuche écrit l'histoire

Il y a neuf ans, le skieur neuchâtelois avait remporté son 4e globe de descente. Il se souvient de chaque détail.

par
Sport-Center
C'était le 16 mars 2011: Didier Cuche remportait son quatrième globe de descente.

C'était le 16 mars 2011: Didier Cuche remportait son quatrième globe de descente.

Keystone

C'était il y a très exactement 9 ans, ou 3288 jours. En terminant quatrième de la descente de Lenzerheide, Didier Cuche s'adjugeait son quatrième globe de descente. Aucun autre skieur suisse n'a réussi cet exploit, et seule la légende autrichienne des années 1970 Franz Klammer (5 globes) a fait mieux à l'échelle mondiale.

Didier Cuche se souvient des moindres détails: «Les circonstances étaient particulières, commence-t-il par dire. La semaine avant ces finales de Lenzerheide, à Kvitfjell, j'avais été taxé d'une amende de 5000 francs parce que, soit-disant, j'avais été malpoli au téléphone avec la FIS. En fait, je contestais un saut, trop dangereux à mon avis et de l'avis de beaucoup. J'avais perdu beaucoup d'influx et de concentration dans cette affaire, et j'avais raté ma course en Norvège.» Seulement septième, Cuche avait vu le vainqueur du jour, Michael Walchhofer, lui passer devant au classement général de la spécialité: 474 points pour l'Autrichien, 460 pour le Neuchâtelois.

«À mon arrivée à Lenzerheide, on se posait beaucoup de questions sur mon avenir, poursuit Cuche. J'ai alors convoqué une conférence de presse pour annoncer que je rempilais en tout cas pour une saison. Cela m'a fait du bien, cela m'a en quelque sorte libéré.» «Le Matin» avait évidemment assisté à cette conférence:

En ce 16 mars 2011, on a donc assisté à un formidable mano à mano sur les pentes de Lenzerheide. «La bagarre avec Michael avait été belle durant tout l'hiver, se souvient Cuche. Il avait gagné trois courses, moi deux, et nous étions là, en Suisse pour désigner qui sortirait vainqueur de ce duel.» L'affrontement entre les deux hommes a été épique, ainsi qu'en atteste la «performance» du commentateur anglais d'Eurosport Nick Fellows. «Quand je regarde et que j'écoute cette séquence aujourd'hui, j'en ai encore les frissons, précise Cuche. D'ailleurs, Nick Fellows est devenu un ami.»

Au 1er temps intermédiaire, Walchhofer, dossard 21, était le plus rapide de tous. Mais l'Autrichien a perdu sa ligne à mi-course, et il a franchi la ligne d'arrivée en dixième position, à 70 centièmes du leader et futur vainqueur, le Français Adrien Théaux. La voie semblait royale pour Didier Cuche, dossard 22.

Le skieur neuchâtelois connaissait-il le résultat de son adversaire au moment de s'élancer? «Non, pas du tout, répond-il. Mais à Lenzerheide, on voit l'aire d'arrivée depuis la cabine de départ. J'ai entendu une clameur quand Walchhofer a passé la ligne. Moi, j'ai pris ça comme un encouragement: j'ai cru que le public avait salué sa contre-performance. J'ai appris après coup qu'en fait, le public avait réservé une ovation à l'Autrichien parce qu'il s'agissait de sa dernière course. Alors, je suis parti en étant sûr que Walchhofer avait raté sa course. C'était bien le cas, mais pas pour la raison que j'imaginais.»

Au premier temps intermédiaire, Cuche avait 0''09 de retard sur Walchhofer. L'écart est monté à 0''25 au deuxième intermédiaire, mais n'était plus que de 0''05 au troisième et dernier pointage. Le suspense était à son comble: tout allait se jouer dans les 13 dernières secondes de course. Le skieur des Bugnenets a alors réussi à embarquer plus de vitesse avec lui pour faire la différence et couper la cellule en quatrième position, à 0''31 de Théaux, mais avec une avance de 0''39 sur Walchhofer, onzième final.

Didier Cuche ovationné par le public de Lenzerheide, le 16 mars 2011. Image: Keystone.

Didier Cuche ovationné par le public de Lenzerheide, le 16 mars 2011. Image: Keystone.

«Je n'ai pas tout de suite réalisé, se remémore encore Cuche. Le public était en feu, mais je ne savais pas vraiment ce qu'il était en train de se passer. Michael Walchhofer était dans l'aire d'arrivée. Je l'ai montré du doigt, puis je me suis montré du doigt, et c'est là que j'ai compris que j'avais remporté mon quatrième globe.» Didier Cuche pouvait gratifier le public de Lenzerheide de son traditionnel «jeté de ski»: à presque 37 ans, il remportait la Coupe du monde de descente avec un total de 510 points, contre 498 pour Walchhofer.

En conférence de presse, Didier Cuche se réjouissait d'avoir pu trouver le bon rythme en cours de descente, après un départ plutôt mitigé:

Avec le recul, Didier Cuche se souvient d'une «bonne course, compte tenu des circonstances». «Même si elle n'est pas très longue, la descente de Lenzerheide est très sélective. En plus, il faisait chaud et la visibilité n'était pas optimale. Mais j'avais su répondre présent au bon moment, qui plus est en Suisse. C'était vraiment un moment magnifique.»

Le lendemain, le dernier Super-G de la saison ayant été annulé en raison de la pluie, Didier Cuche remportait un deuxième globe. Il allait logiquement être élu sportif suisse de l'année en décembre 2011. Avec 27,90 % des voix, il devançait de peu le fondeur Dario Cologna et le tennisman Roger Federer. Un mois plus tard, il allait même être élu Suisse de l'année, obtenant 21,86 % des voix des téléspectateurs.

Renaud Tschoumy

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