Football: Diego Simeone, le sale type qu'on aime tant
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FootballDiego Simeone, le sale type qu'on aime tant

L'Argentin, 50 ans mardi, incarne depuis trente ans la hargne et la sueur, dans une apologie du feu et de la virilité.

par
Sport-Center
Diego Simeone, une inimitable pile électrique qui sévit depuis 2011 sur le banc de l'Atlético.

Diego Simeone, une inimitable pile électrique qui sévit depuis 2011 sur le banc de l'Atlético.

Keystone

Il n’est pas interdit de penser que Diego Simeone est un sale type, par exemple lorsqu’il incite un ramasseur de balles à expédier un second ballon sur le terrain, histoire d’interrompre une contre-attaque dangereuse de Malaga. Il n’est pas interdit non plus de trouver Diego Simeone un brin outrancier, notamment lorsqu’il empoigne ses parties génitales pour célébrer un but contre la Juventus. Mais il est aussi permis d’aimer Diego Simeone, de le respecter pour l’incroyable parcours entamé le 28 avril 1970 à Buenos Aires – et de lui souhaiter donc un joli 50e anniversaire.

Diego Simeone, on l’aime d’autant plus fort que franchement, à la base, on n’adorait pas trop le genre. Le joueur était roublard, efficace, accrocheur, truqueur, explosif, parfois décisif, oui; mais sympathique, non, jamais, sauf pour qui supportait les maillots que l’Argentin a mouillés – le mot est faible. Le longiligne milieu de terrain est allé chercher les trophées avec les tripes, les dents. Doublé coupe-championnat avec l’Atlético en 1996, une Coupe de l’UEFA avec l’Inter Milan en 1998, un Scudetto avec la Lazio – le dernier du club romain, en 2000. Et ce n’est peut-être pas un hasard total, si l’Argentine n’a plus jamais soulevé de trophée depuis les deux Copas America (1991 et 93) remportées avec «El Cholo» (108 sélections).

Diego Simeone est tellement lui-même, toujours, à fond, teigne au grand cœur, guerrier sans borne et matador «sévèrement burné» (comme aurait dit la marionnette de Bernard Tapie), qu’il transmet son âme, ses ondes. Et celui qui ne prend pas feu avec lui s’auto-consumera dans son coin. Arrivé sur le banc de l’Atlético Madrid en 2011, avec deux trophées argentins en poche décrochés avec Estudiantes et River Plate, Simeone a su galvaniser tout un club. Dans la durée, en dépit des roulements de vagues et d’effectifs, sans presque jamais faiblir (sauf en finale de la Ligue des champions, deux fois).

«Quand je vois de la boue, je me jette dedans», avait-il déclaré un jour pour résumer sa philosophie. «El Cholo». Ce surnom, dont il a hérité gamin parce qu’un autre Simeone l’avait eu avant lui, il n’en connaît pas la signification. Pas important. Mais quand ses joueurs le prononcent, on sent souvent un respect et une reconnaissance infinis. Entre célébrations extatiques (avec sprint en costard quatre épingles) et ruades noires, du genre quand tu piques son steack à Lino Ventura, il leur renvoie l’ascenseur: «J’aimerais remercier les mères de mes joueurs d’avoir mis au monde des hommes avec de si grosses couilles», s’était-il emballé après une demi-finale retour de Ligue des champions à Stamford Bridge en 2017. Et rarement une équipe n’avait autant ressemblé à son entraîneur.

Simon Meier

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