16.11.2018 à 21:09

FootballDimitri Oberlin, courbe inversée

L’attaquant vaudois de 21 ans avait impressionné l’Europe entière sur une action il y a treize mois. Aujourd’hui, il demande à jouer en Promotion League pour avoir du temps de jeu.

von
Tim Guillemin Lucerne
Keystone

«Breel Embolo, blessé, est remplacé par Dimitri Oberlin.» L’annonce par l’ASF du retour en sélection du jeune attaquant du FC Bâle, lundi à Lugano, a surpris tous les suiveurs de l’équipe de Suisse. «C’est la première fois qu’un joueur de Promotion League est appelé avec la Nati…», a persiflé un influent journaliste alémanique en apprenant la nouvelle. Le constat est un peu sévère, car Dimitri Oberlin reste un joueur du FCB, mais il est vrai que le week-end dernier, il a enchaîné la défaite à Thoune avec la première équipe le samedi (il est entré à la pause) et un déplacement à Bellinzone avec les M21 le dimanche (il a joué 75 minutes). Un peu plus tôt dans la saison, il était déjà apparu à la surprise générale à Bavois, toujours en Promotion League, un soir de semaine, à sa demande. "Je veux jouer, c'est moi qui ai poussé pour venir jouer ici ce soir", avait-il confié après la victoire du FCB M21 dans la campagne nord-vaudoise (1-2). Il compte même une troisième apparition en troisième division cette saison, face à Zurich M21. Une année pile après avoir brillé face à Benfica.

Le sprint d'Oberlin contre Benfica

Ce soir-là, le jeune homme avait enchanté l’Europe entière par sa vitesse. La Champions League, ce formidable accélérateur de lumières, avait été le théâtre de sa première scène et elle reste inoubliable, treize mois après. L’équipe de Suisse, qui s’en allait défier le Portugal quelques jours plus tard pour un match décisif à la qualification pour la Coupe du monde, était alors en mal d’attaquants et la «vox populi» le réclamait alors dans la sélection de Vladimir Petkovic. Fidèle à sa logique de groupe, le «Mister» n’avait pas écouté le cri du peuple et laissé la jeune comète de côté. Le sélectionneur avait-il aperçu ses lacunes, déjà? Celles-ci, en tout cas, se sont révélées par la suite.

Car Dimitri Oberlin a d’évidentes qualités, comme l’accélération, on l’a dit, mais aussi une attitude compatible avec le haut niveau. Ce jeune homme ne se prend pas la tête et affiche une spontanéité qui peut être un atout. «Le souci, c’est techniquement… », glisse un agent de joueur réputé, en paraphrasant ce que tous ses entraîneurs à Bâle ont exprimé sans le dire vraiment: le Vaudois est un joueur qui a un potentiel, mais qui doit encore énormément progresser.

Le FC Bavois pas impressionné

Ses manques à la finition sont une chose et ce n’est pas forcément à 21 ans qu’il est exigé de lui d’être un tueur devant le but. Plus embêtant, la qualité de ses contrôles laisse à désirer. Et le témoignage d’un joueur du FC Bavois se fait, avec le recul, particulièrement cruel: «Si c’était dur de jouer contre lui? Non. Du moment que tu ne laisses pas d’espace dans ton dos, que tu gères bien la profondeur, il devient un joueur comme un autre.» En Promotion League, donc. Loin de la Super League, sans même parler de la piste aux étoiles de la Champions League.

Toujours courtisé par le Cameroun (il n'est pas encore attaché "à vie" avec la Suisse malgré sa première sélection, en mars 2018 en Grèce), l'attaquant affiche une certaine fraîcheur, mais ses statistiques et ses performances ne convainquent personne à Saint-Jacques. Cette saison, il compte onze apparitions (219 minutes), pour... aucun but et aucun assist.

Bien sûr, à 21 ans, Dimitri Oberlin a le temps, encore, mais les cinq millions payés par le FC Bâle pour le faire venir à titre définitif, mettent une certaine pression autour de lui. Ce FCB qui faisait quasiment tout juste dans les transferts semble avoir pris une mauvaise direction. Une preuve? Aldo Kalulu, acheté 2,5 millions à Lyon cet été et lui aussi une recrue-phare, était, tout comme Oberlin, titulaire à Bellinzone plutôt qu’à Thoune le week-end dernier… Alors, Oberlin va-t-il réagir et relancer sa carrière? Pour y arriver, il n’y a pas dix chemins à prendre, simplement travailler sur ses points faibles et tenter d’élargir sa palette technique. Le reste, il l’a. Des joueurs de son profil comme Allan Saint-Maximin par exemple, y sont parvenus, mais ce genre de profil de joueur est atypique: leurs qualités en font des joueurs recherchés par tous les directeurs sportifs, mais leurs carences font le désespoir des entraîneurs qui travaillent avec eux au quotidien.

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