28.10.2019 à 12:18

SuisseDiscrimination: le passeport suisse ne suffit pas

Une nouvelle étude d'un pôle compétent de l'UniNE souligne que les personnes naturalisées doivent envoyer 30% de candidatures en plus que les Suisses d'origine pour un emploi ou un appartement.

Photo d'illustration.

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Keystone

La discrimination et les inégalités de traitement ne concernent pas seulement les étrangers en Suisse mais aussi les citoyens suisses issus de la migration, selon de nouvelles études. Ces personnes sont pénalisées lors de la recherche d'un appartement ou d'un emploi.

Même si une personne est née en Suisse, y a grandi et possède la nationalité suisse, elle porte les caractéristiques de ses ascendants: son nom ou sa couleur de peau témoignent de ses racines, écrit lundi dans un communiqué le «nccr – on the move», le Pôle de recherche national (PRN) consacré aux études sur la migration et la mobilité.

«Minorités visibles»

Depuis bientôt vingt ans, des travaux de recherche démontrent l'existence d'une discrimination ethnique sur le marché du travail suisse envers les «minorités visibles». Dans leur dernière étude expérimentale, des chercheurs du Forum suisse pour l'étude des migrations et de la population de l'Université de Neuchâtel montrent que les chances d'accéder à un emploi dépendent largement du pays d'origine des parents des candidats.

Ainsi, à qualifications égales, les Suisses et Suissesses qui présentent des caractéristiques témoignant de leurs origines migratoires doivent envoyer 30% de candidatures en plus que leurs congénères afin d'être conviés à un entretien d'embauche.

Pour la première fois, ces résultats tiennent également compte de la situation des candidats de couleur. Les personnes d'origine camerounaise vivent ainsi des inégalités de traitement comparables à celles auxquelles les personnes d'origine kosovare doivent faire face. Ces deux groupes font plus souvent l'objet d'une discrimination que les personnes d'origine allemande, française ou turque.

D'autres études sur la discrimination montrent qu'un phénomène similaire touche la recherche d'un logement. Des sociologues des Universités de Genève, de Neuchâtel et de Lausanne ont mené une étude expérimentale sur la discrimination ethnique sur le marché du logement suisse en envoyant 11'000 candidatures fictives en réponse à des annonces immobilières.

Grandes disparités

Les candidats présentaient des profils identiques, mais leurs noms indiquaient clairement leur pays d'origine, qu'il s'agisse de la Suisse, de pays voisins, du Kosovo ou de la Turquie. De grandes disparités sont apparues: les candidats ayant un nom kosovar ou turc ont été nettement moins souvent conviés à une visite d'appartement.

Les noms à consonance étrangère peuvent aussi s'avérer pénalisants au moment des élections. Une équipe de l'Université de Lucerne a analysé les bulletins de vote de l'élection de 2015 au Conseil national.

Les résultats montrent que les politiciens et politiciennes aux noms étrangers avaient été plus souvent rayés des listes que celles et ceux ayant un nom suisse. Les citoyens suisses dont le nom de famille indiquait des origines des Balkans, de Turquie ou d'un Etat arabe étaient particulièrement touchés.

Selon le «nccr - on the move», les actions de sensibilisation de la population sont certes salutaires, mais elles ne suffisent pas à protéger les citoyens de la discrimination. La Direction de la justice du canton de Zurich a par exemple introduit des procédures de recrutement anonymes. Le cadre légal de protection des minorités pourrait en outre être développé, suggère le Pôle de recherche.

(ats)

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