30.10.2018 à 11:31

SalairesDiscriminations: les femmes médecins menacent

Les praticiennes gagnent en moyenne 29% de moins que leurs collègues masculins, selon une étude de l'OFSP. Elles menacent de porter plainte.

par
Christine Talos
Les femmes médecins sont choquées des différences salariales à compétences égales avec leurs collègues masculins.

Les femmes médecins sont choquées des différences salariales à compétences égales avec leurs collègues masculins.

Keystone

Une étude publiée lundi a montré que les revenus des médecins en Suisse sont nettement plus élevés que ce qui avait été calculé jusqu'ici. Ainsi, le revenu médian des spécialistes indépendants atteint 257'000 francs par an tandis que les médecins salariés gagnent 226'900 francs par an en moyenne pour les médecins salariés. Mais l'enquête de l'Office fédéral de la santé publique (OFSP) révèle un autre phénomène: les revenus des hommes sont de 29% supérieurs à ceux des femmes. Ces dernières sont désormais fâchées.

«Défendez-vous!»

Les praticiennes menacent de porter plainte contre cette discrimination, souligne le Blick mardi. «29%! Ce chiffre est signal d'alarme», s'inquiète en effet Adelheid Schneider-Gilg, présidente des femmes médecins de Suisse. Elle lance un appel à ses collègues: «Faites du bruit, défendez-vous! Ce n'est plus possible de continuer d'accepter ce dysfonctionnement». Selon elle, il faudrait aussi que les hôpitaux soient obligés de verser des salaires égaux.

Mais pourquoi pareille inégalité en médecine? «En tant que filles, les femmes n'ont pas appris à revendiquer leurs droits», explique l’anesthésiste bernoise Natalie Urwyler, figure de proue contre les discriminations salariales dans le monde médical. Elle cite en exemple les augmentations de salaires qu'exigent souvent les hommes à la naissance d'un enfant. «Moi, on m'a demandé pourquoi j'avais besoin de plus d'argent puisque j'avais un mari qui gagnait aussi sa vie.»

Les praticiennes ont déjà le soutien des politiciennes de tous bords. A l'image de la conseillère nationale Yvonne Feri (PS/AG): «Les femmes médecins doivent maintenant se manifester. Si les inégalités sont avérées, elles doivent porter plainte», lance-t-elle.

«Une culture machiste en médecine»

Sa collègue de parti Bea Heim abonde: elle-même a dû abandonner ses études de médecine parce qu'elle était tombée enceinte. Aujourd'hui, elle connaît plusieurs femmes médecins qui ont constaté toujours et encore «à quel point le plafond de verre était dur à percer dans le monde hospitalier». Et d'ajouter: «Il y a une culture machiste en médecine, dont les conséquences sont les écarts salariaux et les freins à une carrière.»

La conseillère nationale Yvette Estermann (UDC/LU) va dans le même sens: «On fait des économies sur le dos des femmes en faisant subtilement appel à leur fibre sociale», estime-t-elle. «Malheureusement, nous, les femmes, sommes mieux disposées à travailler pour moins d'argent. Cette étude montre qu'il faut en finir.» Même constat pour la conseillère nationale Isabelle Moret (PLR/VD): Un écart salarial de près de 30% n'est pas acceptable et envoie un mauvais signal à de nombreuses étudiantes en médecine, estime-t-elle.

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