Bienne: Disparition de la cabine téléphonique la plus mythique du pays
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BienneDisparition de la cabine téléphonique la plus mythique du pays

Financée par les PTT devenus Swisscom, l’installation de l’artiste bâlois Eric Hattan a résisté à la mutation de la téléphonie. Mais cette semaine, elle partira à Baulmes (VD).

par
Vincent Donzé
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Mardi à Bienne, la cabine de l’artiste bâlois Eric Hattan était vide.

Mardi à Bienne, la cabine de l’artiste bâlois Eric Hattan était vide.

Lematin.ch/Vincent Donzé
Il ne reste que la structure extérieure, qui sera emportée jeudi prochain.

Il ne reste que la structure extérieure, qui sera emportée jeudi prochain.

Lematin.ch/Vincent Donzé
Lematin.ch/Vincent Donzé

Plus aucun publiphone ne fonctionne sous le label Swisscom. La Société générale d’affichage gère encore quelques cabines en proposant des appels gratuits sur le réseau suisse, mais la téléphonie mobile a sonné le glas des cabines téléphoniques. Sauf qu’à Bienne, une cabine a résisté à la mutation: celle réalisée en 1995 par l’artiste bâlois Eric Hattan.

Volontairement surdimensionnée à 116%, la cabine et son contenu ne servaient pas à communiquer: le téléphone sonnait 16 fois par jour et lorsqu’un passant décrochait le combiné, il entendait de manière aléatoire l’horloge parlante d’un coin du monde.

À l’origine, la cabine surdimensionnée à 116% diffusait les horloges parlantes du monde entier.

À l’origine, la cabine surdimensionnée à 116% diffusait les horloges parlantes du monde entier.

DR

L’installation nommée «Zeitreise» («Voyage dans le temps») a été financée par le Pour-cent culturel lié à la construction d’un immeuble des PTT. Voyant l’œuvre abîmée, Swisscom l’a vidée de son contenu sans informer l’artiste, alors que l’entreprise était censée la réparer.

En l’an 2000, Eric Hattan a muré sa cabine comme on mure une maison contre des squatters. Mais des briques ont été prélevées, si bien que la cabine a servi de poubelle et de cendrier. Pour tout compliquer, l’objet appartient à Swisscom, le trottoir à la Ville et les droits d’auteur à l’artiste, mais en 2020, un accord a été trouvé.

Dans un deuxième temps, après sa destruction par Swisscom, la cabine a été murée comme on le fait pour une maison contre les squatters.

Dans un deuxième temps, après sa destruction par Swisscom, la cabine a été murée comme on le fait pour une maison contre les squatters.

DR

Avec l’arrivée d’UBS et le départ de Swisscom, la fausse cabine téléphonique a perdu de sa symbolique. À l’âge de la retraite, l’artiste Eric Hattan lui a imaginé une troisième vie, en s’inspirant du travail de son collègue biennois René Zäch.

Il s’agissait de reconstituer une cabine avec ses vitres et un équipement figé et blindé, avec un vieux téléphone portable posé sur les bottins «comme s’il avait été oublié». Las! Par manque d’argent, la Ville de Bienne a décliné l’offre calculée sans honoraires artistique.

Détruite à Bâle

Pour l’artiste bâlois qui a perdu une autre cabine originale détruite cette année à Bâle sans qu’il soit prévenu, Bienne s’est bien comporté avec respect. «On m’a proposé d’éliminer la cabine sans frais, mais j’ai préféré la récupérer en étant défrayé comme le prévoient les droits d’auteur», confie Eric Hattan, signataire d’une convention.

La cabine sera prochainement placée devant son second atelier, à Baulmes (VD), en attendait une nouvelle affectation qui reste hypothétique. Elle ne gênera pas la société immobilière devenue propriétaire de l’immeuble, mais avec sa disparation, c’est un jalon qui disparaît près de la gare, sur le chemin du lac et du funiculaire menant à Macolin.

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