Norvège – Plus de dix ans après le carnage d’Utøya, Anders Breivik fait son show

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NorvègePlus de dix ans après le carnage d’Utøya, Anders Breivik fait son show

En vue d’une éventuelle libération anticipée, Anders Behring Breivik a comparu devant des juges, mardi. Sa demande n’a aucune chance d’aboutir, mais les familles de ses 77 victimes sont choquées par sa «prestation».

Anders Behring Breivik a semblé susciter désarroi et incompréhension chez les juges.

Anders Behring Breivik a semblé susciter désarroi et incompréhension chez les juges.

via REUTERS

Salut hitlérien, longue tirade décousue Plaidant pour sa libération dix ans seulement après avoir tué 77 personnes en Norvège, l’extrémiste de droite Anders Behring Breivik a transformé, mardi, une procédure judiciaire a priori vouée à l’échec en tribune idéologique, comme le redoutaient les familles de ses victimes.

Devant trois magistrats siégeant, pour des raisons de sécurité, dans le gymnase de la prison de Skien, où il est incarcéré, l’extrémiste de 42 ans a une nouvelle fois dit se démarquer de la violence et assuré qu’il ne pouvait être tenu pour responsable de ses attaques, invoquant un «lavage de cerveau» par sa mouvance.

Du national-socialisme de façon pacifique

Ses propos n’ont convaincu ni experts, ni rescapés de la tuerie, ni proches des victimes, qui redoutaient que cette procédure de trois jours, retransmise avec un léger différé par certains médias, ne lui serve de plateforme. Selon le site Norway Today, le verdict ne devrait pas tomber avant plusieurs semaines.

D’emblée, le tueur a conforté les craintes mardi: crâne rasé et bouc soigné, il est entré dans le prétoire avec un écriteau «Cessez votre génocide contre nos nations blanches» en anglais sur sa mallette et son costume sombre, et fait un salut nazi à l’arrivée des trois juges. Lors d’une longue intervention, il a ensuite affirmé n’avoir été qu’un simple «fantassin» du mouvement néonazi Blood&Honour, à qui il a imputé la responsabilité des attaques, n’endossant, lui, que celle de s’être laissé radicaliser.

«Il ne fait aucun doute qu’il assume ce qu’il a fait, même s’il essaie de prendre ses distances.»

Tore Bjørgo, directeur du Centre de recherche sur l’extrémisme de droite de l’Université d’Oslo

Donnant sa «parole d’honneur» que la violence, en ce qui le concerne, relevait du passé, il a dit vouloir continuer son combat pour le national-socialisme de façon pacifique, tout en se déclarant prêt à renoncer à tout engagement politique si la Cour le lui demandait.

«Il ne fait aucun doute qu’il assume ce qu’il a fait, même s’il essaie de prendre ses distances», a commenté Tore Bjørgo, directeur du Centre de recherche sur l’extrémisme de droite de l’Université d’Oslo. «Il dit ce qu’il doit dire pour maintenir l’illusion d’une libération conditionnelle, mais a vendu la mèche plus tôt, quand il a justifié les crimes.» Dans la matinée, alors que la procureure Hulda Karlsdottir égrenait la longue liste des victimes et les circonstances dans lesquelles elles étaient mortes, Breivik l’avait interrompue, affirmant que «72% d’entre elles étaient des cadres du Parti travailliste».

Proches des victimes scandalisés

La publicité qui lui a été accordée a scandalisé rescapés et familles. «Ce n’est pas parce que c’est scandaleux ou douloureux que j’estime que Breivik ne devrait pas être diffusé à la télé», a tweeté Elin L’Estrange, qui avait survécu aux attaques. «C’est parce qu’il est un symbole de l’extrême droite, qui a déjà inspiré plusieurs autres tueries de masse.»

Dans un pays qui n’avait pas connu de crime aussi violent depuis la Seconde Guerre mondiale, la demande de libération conditionnelle n’a, de l’avis général, aucune chance d’aboutir. Mais elle est considérée comme un test que l’État de droit – que Breivik avait tenté de détruire – doit surmonter en traitant l’extrémiste comme tout autre justiciable.

«Je ne veux pas qu’il sorte!»

77 morts le 22 juillet 2011

(AFP)

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