Série TV - Dix ans après, le phénomène «Game of Thrones» reste difficile à expliquer
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Série TVDix ans après, le phénomène «Game of Thrones» reste difficile à expliquer

Les raisons du succès planétaire de cette série, mêlant sexe et sang, font toujours débat après son lancement le 17 avril 2011 sur HBO.

Les fans regardent le dernier épisode de la série «Game of Thrones» de HBO dans un bar californien, le 19 mai 2019. Aux Etats-Unis, l’épisode ultime avait été suivi en direct par plus de 19 millions de téléspectateurs. 

Les fans regardent le dernier épisode de la série «Game of Thrones» de HBO dans un bar californien, le 19 mai 2019. Aux Etats-Unis, l’épisode ultime avait été suivi en direct par plus de 19 millions de téléspectateurs.

AFP

Débauche de sang et de sexe, ou créativité narrative et visuelle ? Dix ans après le début de la diffusion de «Game of Thrones», les raisons du succès inégalé de cette série qui a conquis des légions de fans dans le monde font toujours débat. Le 17 avril 2011 démarrait la diffusion sur la chaîne américaine HBO de cette série inspirée de la saga littéraire de George R.R. Martin, «Le trône de fer». Sans que personne n’ait prédit son triomphe planétaire, qui semble aujourd’hui impossible à reproduire.

Parmi les explications les plus souvent évoquées: l’obsession de la série pour la nudité – surtout féminine – et le sexe, qui a créé la controverse et valu des accusations de sexisme aux créateurs de la série, dès le 1er épisode. «Je pense qu’au tout début, ils se sont trompés de public. C’était quasiment du porno», se souvient Carolyne Larrington, professeure de littérature médiévale à l’Université d’Oxford et auteure de plusieurs ouvrages sur la série. Cependant, «Game of Thrones» est loin d’avoir établi des records, avec 82 scènes de nudité comptabilisées par le site spécialisé MrSkin.com, contre 236 pour la comédie dramatique «Shameless» et 137 pour les vampires de «True Blood».

Pouvoir et famille

Autre élément incontournable de «GoT», un déferlement de violence – énucléation, torture, égorgement…, qui n’épargnait pas les héros. Leur taux de survie n’a cessé de chuter au fur et à mesure que les morts s’amoncelaient à l’écran – 59 dans la saison 1 et ... 3523 dans la dernière saison, selon la plateforme de données Statista. Mais là aussi, on peut trouver des séries bien plus violentes – comme «The Walking Dead» – et cela ne suffit pas à expliquer son succès dans la durée, avec une diffusion dans 207 pays et un épisode ultime suivi en direct par plus de 19 millions de téléspectateurs aux Etats-Unis.

«Game of Trones» est même resté le programme le plus commenté en 2020, un an après sa fin, selon la société Parrot Analytics. Certains spécialistes mettent en avant le talent narratif de George R.R. Martin, et les prouesses visuelles des créateurs de la série, Dan Weiss et David Benioff. «Ce qui rendait la série si intéressante, ce sont ces deux notions jumelles que sont le pouvoir et la famille», estime Carolyne Larrington. «Comment on s’empare du pouvoir et on l’exerce, et comment les jeunes personnages passent huit saisons à essayer de ne pas imiter leurs parents ou grand-parents... C’est de là que vient son attrait universel».

Malgré les accusations de sexisme, la série a aussi donné un rôle majeur aux femmes. «Pour augmenter leur audience, les séries de fantasy ne peuvent plus se contenter d’avoir pour héros des machos faisant des trucs de machos, et des femmes réduites au rôle de demoiselles en détresse», ajoute-t-elle.

Avenir radieux pour la fantasy?

Même les fans des livres de George Martin ont été dépassés par l’ampleur du phénomène. «Aujourd’hui encore, ça reste difficile à croire», confie Myles McNutt, auteur d’un guide officiel de GoT. «L’histoire inventée par George R.R. Martin était sans doute plus accessible qu’on ne le pensait. Il fallait juste arriver à l’extraire de l’épaisseur intimidante de ses livres», aux milliers de pages à l’écriture dense. Et le lancement de Game of Thrones est tombé au bon moment, en pleine éclosion des réseaux sociaux qui ont changé la façon de consommer la télé. Elle a donné naissance à d’innombrables «memes» et a influencé jusqu’aux relations internationales, comme lorsque l’ex-président Trump a menacé l’Iran d’un tweet reprenant le graphisme de la série et avertissant que «les sanctions arrivent».

En tout cas, cette recette miracle semble difficile à reproduire alors que HBO veut raviver la flamme grâce à plusieurs projets de séries, dont un seul confirmé à ce jour, «House of the Dragon». Amazon, de son côté, a dépensé 250 millions de dollars pour une série inspirée du «Seigneur des anneaux», la trilogie de JRR Tolkien déjà adaptée au cinéma. «On ne sait pas encore si le public s’empressera de revenir à Westeros ou en Terre du Milieu», où se déroulent les deux sagas, prévient Myles McNutt. «Mais HBO et Amazon parient des centaines de millions de dollars sur l’idée que Game of Thrones a ouvert la voie à un avenir radieux pour la fantasy à la télévision. Et je ne l’aurais jamais cru» quand la série a démarré.

(AFP)

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