Interview: DJ Antoine: «En réalité, je suis Batman!»
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InterviewDJ Antoine: «En réalité, je suis Batman!»

Sexe, argent, enfance, écologie: à l'occasion de la sortie de son album «The Time Is Now», le Bâlois aux 8 millions de disques vendus nous révèle sa facette la plus intime.

par
Laurent Flückiger
«On peut dire que je gagne assez quand je peux payer dix salaires et vivre ma vie. Mais ces trois dernières années n'ont pas été les meilleures», confie DJ Antoine.

«On peut dire que je gagne assez quand je peux payer dix salaires et vivre ma vie. Mais ces trois dernières années n'ont pas été les meilleures», confie DJ Antoine.

«Il est temps de changer quelque chose dans le monde», dit d'emblée DJ Antoine, lové dans un canapé d'un cinq étoiles à Lausanne. Alors qu'il célèbre ses 25 ans de carrière, le Bâlois veut notamment sensibiliser à l'écologie avec son nouvel album, «The Time is Now». «Il y a trop de plastique! Les gens pensent que ce n'est pas leur problème. Mais c'est le nôtre!»s'insurge-t-il, confiant qu'au retour de ses dernières vacances en Thaïlande il a ramené tous ses déchets pour les recycler en Suisse. Cette conscience n'est pas nouvelle: «Je trie depuis longtemps, rassure-t-il. Et j'y sensibilise mon fils.»

Il n'y a bien sûr pas que l'écologie qui rythme l'album du DJ, il y a la danse: 21 nouveaux morceaux allant de l'EDM à la house en passant par la french touch, la disco-house et la dance pop. Fait rare: sur «Loved Me Once» et «Downfall», Antoine Konrad de son vrai nom, 43 ans, révèle même une facette très intime de lui-même. Du coup, on a eu envie d'en apprendre un peu plus sur le Bâlois aux 8 millions de disques à travers le monde, qui gère sa carrière comme une petite entreprise.

DJ Antoine, décrivez-vous en quelques mots.

Je suis optimiste, je sais ce que je veux. J'aime ce que je fais, c'est ma passion, j'aime être excité et exciter les gens. Je ne suis pas jaloux. Quand tu as du succès, c'est très important de rester concentré sur toi. D'ailleurs, je suis très heureux pour les autres, ému même, quand il leur arrive quelque chose de bien.

Vous êtes vous-même un self-made-man.

Oui, j'ai débuté avec 800 fr. Je suis né dans une petite maison, j'avais une chambre de 8 mètres carrés. Je n'ai jamais oublié d'où je viens mais j'aime la vie luxueuse que j'ai maintenant. L'autre soir, j'étais sur mon canapé en train d'écouter mes productions et je me disais: «C'est si bon d'avoir tout ça!» Mais je ne me surévalue pas. Je suis là maintenant. Quand je serai mort, peut-être que les gens m'oublieront. Je ne suis pas Napoléon!

Vous n'aimeriez pas avoir une statue à votre effigie à Bâle?

Non! (Rires.) Je n'en ai pas besoin. Par contre, pour rire, j'ai demandé à un ami à moi, qui est acteur et aime peindre, de faire mon portrait assis sur un trône comme un roi mais avec le masque de Batman. Il est accroché chez moi. Ma mère m'a dit: «Tu es fou!» Je lui ai répondu: «Oui, je suis fou.»

Étiez-vous un enfant sage?

Je n'étais pas un enfant à problèmes. Mais j'avais de mauvaises notes parce que j'étais paresseux. J'étais bon en chiffres, en peinture, en géométrie, dans les trucs que j'aimais. J'étais nul en langues, jusqu'à ce que je comprenne que c'était une chose importante. Sans ma mère je ne serais arrivé nulle part. C'est le problème des jeunes aujourd'hui: ils pensent que tout est facile, ils passent leur temps sur Instagram. Pour quoi? Pour voir comment Drake vit dans sa maison à L.A.? Mais savent-ils durant combien d'heures ce gars a dû travailler pour en arriver là? Ces deux dernières années, j'ai eu plusieurs nouveaux employés dans mon entreprise. Ils me disent que le monde du travail est trop stressant. Mais qu'est-ce qu'ils croient? Que je bois du champagne toute la journée dans mon bureau en me relaxant? Ce n'est pas la réalité.

Non, durant la nuit, vous êtes Batman...

(Rires.) Oui! C'est l'histoire du tableau! Ils pensent que je suis le roi mais en réalité la nuit je travaille, je suis Batman! C'est vraiment une bonne histoire! Je vais la raconter en te citant, merci!

Enfant, que vouliez-vous devenir?

Pilote. Mais je suis heureux de ne pas l'être devenu. Aujourd'hui, tout est fait par ordinateur et c'est plus cool d'être assis à l'arrière et boire du champagne. De toute façon, j'aurais dû trop étudier, ce n'était pas pour moi. Alors, j'ai fait de la logistique à l'Ecole professionnelle. Au moins, je pouvais voir les avions atterrir.

Combien gagnez-vous par an?

(Il soupire.) On peut dire que e gagne assez quand je peux payer dix salaires et vivre ma vie. Mais ces trois dernières années n'ont pas été les meilleures. De 2010 à 2014, c'était la folie: les gens achetaient des CD, il y avait beaucoup de médias, les clubs investissaient énormément d'argent dans les DJ. Aujourd'hui, on fait tout avec son téléphone et on ne sort plus autant qu'avant.

Comment avez-vous gagné votre premier argent?

En faisant des graffitis, à 14 ans. Puis, en 1992, je me suis mis à importer des sneakers des Etats-Unis et bien sûr j'ai commencé à mixer. Cela ne m'importait pas de gagner beaucoup d'argent mais d'en gagner tout court. J'ai toujours aimé faire des affaires, connecter les gens entre eux.

L'amour pour la première fois. C'était quand et avec qui?

J'avais 17 ans, elle s'appelait Fabienne. La première fois qu'on a voulu coucher ensemble, sa mère est rentrée à la maison. On a dû rompre. (Rires.)

Avez-vous déjà payé pour l'amour?

Jamais. Une fois, j'ai rencontré une magnifique Brésilienne dans un club. On s'est retrouvés le lendemain pour prendre un verre et elle m'a invité chez elle. On a conduit jusqu'à une rue de Bâle où il y a des bordels, sa chambre était là. J'ai dit que je ne paierai pas. Elle a répondu que j'avais juste à payer pour entrer dans la maison. Je n'ai pas voulu. Avoir des relations, si tu es intelligent, ce n'est pas compliqué. Il y a des mecs moches qui en ont plein juste parce qu'ils savent parler.

Qui aimeriez-vous voir répondre à ce questionnaire?

Bono.

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