Tennis: Djokovic-Bedene, la comparaison qui fâche
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TennisDjokovic-Bedene, la comparaison qui fâche

La disqualification de Novak Djokovic était-elle inéluctable? Le règlement répond oui, la clémence accordée à Aljaz Bedene il y a dix jours sème le trouble.

par
Mathieu Aeschmann
Aljaz Bedene vient prendre des nouvelles du cameraman qu’il vient de toucher après un geste d’humeur lors du tournoi de Cincinnati, la semaine précédant l’US Open. Il ne recevra qu’un avertissement.

Aljaz Bedene vient prendre des nouvelles du cameraman qu’il vient de toucher après un geste d’humeur lors du tournoi de Cincinnati, la semaine précédant l’US Open. Il ne recevra qu’un avertissement.

Capture d’écran ATP TV

Malgré l’onde de choc qui l’a secoué, le petit monde du tennis s’était presque intégralement retrouvé, lundi, autour d’un consensus. La disqualification de Novak Djokovic est malheureuse mais justifiée. On ne s’amuse pas avec la règle de «l’intégrité physique» des acteurs. Et cette dernière doit être appliquée à la lettre, même si la punition peut apparaître très sévère au regard des enjeux et d’un geste jamais intentionnel.

«Jouer avec le feu peut s’avérer dangereux, résumait ainsi James Blake, ancien top 10 devenu directeur du tournoi de Miami. Même s’il est mince, prendre un tel risque peut avoir de sérieuses conséquences.» «C’est une situation malheureuse pour tout le monde, mais la disqualification était la bonne décision à prendre», appuyait Billie Jean King, autorité morale du microcosme.

Soit. Mais si tous les habitués du circuit sont d’accord, pourquoi le débat autour de la disqualification de Novak Djokovic n’a-t-il pas faibli durant toute la journée de lundi? La réponse est principalement à trouver dans cet épisode qui remonte au tournoi de Cincinnati (disputé sur le site de Flushing Meadows la semaine avant l’US Open). On y voit Aljaz Bedene (ATP 53) envoyer une balle de dépit au-dessus de la bâche et toucher l’un des cameramen en fonction. Comme le prévoit le règlement, l’arbitre prévient alors le superviseur en vue d’une possible disqualification. Or après consultation des parties, ce dernier opte pour un avertissement.

Bon sens, légalisme et ricochet

Pourquoi le Slovène n’a-t-il pas vécu le même sort que Novak Djokovic? Doit-on y voir l’expression d’une justice à deux vitesses? Dans l’interview qu’il a accordée à la presse dimanche soir, le juge-arbitre Soeren Friemel livre un élément de réponse. «Deux données entrent en jeu: l’action et son résultat. Même si le geste n’est pas volontaire, les faits ne laissaient pas de place à l’interprétation. La balle a été frappée sous le coup de la colère, violemment. Elle est allée directement dans la gorge de la juge de ligne qui était manifestement blessée. Il n’y avait pas de place pour une interprétation de ma part.»

Soeren Friemel insiste ici sur deux points qui différencient les deux incidents: la balle a fusé directement sur la juge de ligne et cette dernière était blessée. Or la frappe d’Aljaz Bedene avait, quant à elle, rebondi sur la structure métallique avant de toucher le cameraman. Et ce dernier, qui n’a pas esquissé le moindre signe de douleur, avait immédiatement rassuré l’arbitre sur son état. En résumé, le Slovène a probablement été sauvé d’une application légaliste du règlement par ce ricochet préalable. Alors que Novak Djokovic aurait peut-être pu éviter le pire si la juge de ligne était restée debout.

Enfin pour ceux qui voudraient avoir l’étrange idée d’incriminer cette pauvre dame (qui est déjà la cible de fans haineux sur les réseaux sociaux), il convient de poster ici cette vidéo étrange. Nous sommes en 2014 et Darian King, alors 300e mondial, perd ses nerfs au challenger de Charlottesville. Il lance sa raquette dans la bâche et voit celle-ci rebondir puis aller mourir sur le dos d’une juge de ligne… qui s’écroule comme touchée en plein cœur. Même si la colère est déplacée, le contact entre la raquette et l’officielle est si faible que son attitude évoque les plus horribles simulations du football. Or devinez quel sort sera réservé à Darian King? Il sera disqualifié sur-le-champ. La preuve que sur le court Arthur Ashe ou au fin fond de la Virginie, face au No1 mondial ou face à un «nobody», les instance du tennis sont presque toujours ultralégaliste en matière d’«intégrité physique».

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11 commentaires
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Carel Deketh

09.09.2020, 11:37

Je n'ai pas vu le match mais d'après des amis qui l'ont vu, ce n'était pas le premier geste d'humeur de Djokovic et donc ça a peut-être pesé sur la décision finale...

bastien

08.09.2020, 14:54

Dans le cas de bedene, il a l'intention d'envoyer la balle dans la tribune vide, où, vu le huis-clos, il ne peut y avoir personne. Mais pas de bol il y a le cameraman. Alors que Djoko balance la balle dans le périmètre du court, où logiquement il y a arbitre, juges, ramasseurs de balle.

bof

08.09.2020, 14:17

Le débat est passionnant. Merci encore pour la hauteur de vue du Matin. Maintenant, une commission spéciale de l'ONU va se prononcer sur ces différents cas qui tiennent la planète entière en haleine. Moi, j'ai lancé une balle par mégarde sur une petite cousine, que faire? En résumé, l'avenir appartient à Tamedia