WEF de Davos: Donald Trump débarque avec la cavalerie
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WEF de DavosDonald Trump débarque avec la cavalerie

Le président américain viendra dans les Grisons avec ses cow-boys. La Suisse voudrait les désarmer pour garder le contrôle.

par
Philippe Clément
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S'agissant de sa sécurité personnelle, il y a fort à parier que le président américain ne s'embarrassera pas des prescriptions helvétiques.

S'agissant de sa sécurité personnelle, il y a fort à parier que le président américain ne s'embarrassera pas des prescriptions helvétiques.

Evan Vucci/AP/Keystone
Pour sécuriser le World Economic Forum de Davos, la FedPol dispose de ses propres snipers. Suffiront-ils à rassurer Donald Trump ? Pas sûr…

Pour sécuriser le World Economic Forum de Davos, la FedPol dispose de ses propres snipers. Suffiront-ils à rassurer Donald Trump ? Pas sûr…

Gian Ehrenzeller, Keystone
Comme toujours, l'avion présidentiel américain bénéficie de mesures de sécurité exceptionnelles. La seule fois où il a couru un réel danger ? Le 11 septembre: seul à voler, il était facilement repérable.

Comme toujours, l'avion présidentiel américain bénéficie de mesures de sécurité exceptionnelles. La seule fois où il a couru un réel danger ? Le 11 septembre: seul à voler, il était facilement repérable.

Ye Aung Thu, AFP

Quand un président étranger se déplace en Suisse, il n’y a pas que les règles du protocole que les spécialistes de la Confédération doivent étudier: tout ce qui concerne sa sécurité fait l’objet d’un dispositif minutieux sous l’égide de la FedPol. Les palaces de l’arc lémanique, bouclés comme des huîtres le temps d’un sommet international, en savent quelque chose.

Mais quand c’est le président américain qui vient assister au WEF davosien, le stress monte d’un cran supplémentaire. Ainsi, l’arrivée de Donald Trump dans une semaine se transforme littéralement en «grande paranoïa dans la montagne». C’est que, quand le locataire de la Maison-Blanche se déplace, il amène la cavalerie avec ! Bodyguards, snipers et men in black débarquent en force: on parle ici d’une «garde rapprochée» de plusieurs centaines de personnes.

Pas d’étrangers armés en Suisse

La NZZ am Sonntag cite ainsi Ronald Kessler, un ancien du Washington Post, spécialiste des services secrets américains: «Lors des déplacements du président à l’étranger, près de 600 membres des services secrets l’accompagnent.» Et cette armada ne fait pas de la figuration: en cas de souci, elle a pour habitude de prendre le contrôle des événements, sans tenir le moins du monde compte des consignes de sécurité du pays hôte.

Pourtant, la loi suisse est claire: «Pas question de voir débarquer des snipers ni même d’autoriser les hommes de la sécurité à se déplacer armés», rappelle Lulzana Musliu, la porte-parole de la FedPol. La petite Suisse serait-elle en mesure d’imposer ses normes à la puissante cavalerie US ? Selon Ronald Kessler, c’est un vœu pieux. «Que ce soit à Kuala Lumpur, en Malaisie, sur une base aéronautique aux Philippines ou dans un stade de baseball à La Havane, la sécurité présidentielle avait déployé ses snipers sur tous les toits environnants pour protéger la venue de Barack Obama.»

Il y a donc fort à parier que Donald Trump ne va pas s’embarrasser des prescriptions helvétiques. Les services secrets ont déposé un certain nombre de demandes d’autorisation de port d’arme pour ses agents. Combien ? C’est un secret.

«Valise» diplomatique géante

Et si la Suisse refusait ? «Au Canada aussi, il est formellement interdit à des agents étrangers de se déplacer armés. Quand ils ont dû y accompagner le président, les services secrets ont alors fait entrer les armes de leurs agents en «contrebande»: ils les avaient simplement placées… dans la limousine blindée présidentielle qui, elle, échappe à toute inspection !»

Et le journal alémanique de citer Hans-Peter Michel, président du Conseil d’État grison à l’époque de la visite de Bill Clinton à Davos en 2000: «Les Américains ont entièrement pris le contrôle. Ils n’ont pas débarqué avec un ou deux gardes du corps, mais avec une bonne centaine.» Et d’autres témoins d’ajouter: «Les choses ont toujours été claires: s’il s’était passé quoi que ce soit de dangereux, ils n’auraient pas hésité à tirer !»

Il faudra donc attendre pour voir – ou pas – fleurir des snipers sur les toits de Davos. En attendant, les services de sécurité américains sont déjà à pied d’œuvre: hier après-midi, un avion américain bourré de matériel s’est posé à Kloten. Et les pros de la sécurité se sont mis au travail: inspection minutieuse du trajet, modélisation en 3D des bâtiments bordant la route du convoi présidentiel (pour la visite d’Obama à Berlin en 2013, ils avaient fait souder toutes les plaques d’égout après avoir inspecté l’éventuelle présence de charges explosives !), contrôle des trains, avions et véhicules environnants.

Cuisiniers sous surveillance

Sans oublier le lieu de résidence davosien du président. Si le nom de l’hôtel est encore tenu secret, on sait d’ores et déjà qu’il devra être «aussi sécurisé que la Maison-Blanche»: les parois seront insonorisées, contrôlées pour y détecter d’éventuelles traces de radioactivité, les cadres des tableaux seront démontés un à un et on passera l’hôtel au peigne fin à la recherche de micros ou de caméras. Chaque chambre susceptible d’être visitée par le président devra avoir une issue de secours et aucun hôte extérieur à l’entourage présidentiel ne sera admis à l’étage et, si possible, les Américains souhaiteraient contrôler également tout l’étage du dessus et celui du dessous.

Le personnel de l’hôtel sera scruté sous toutes les coutures et même les cuisiniers seront sous haute surveillance. À moins qu’un chef maison ne soit, lui aussi, directement «importé» dans le coffre de «Cadillac One»…

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