Etats-Unis: Donald Trump recrute à la télévision

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Etats-UnisDonald Trump recrute à la télévision

En une semaine, Donald Trump a placé à deux postes clés de son gouvernement des éditorialistes très visibles à la télévision, témoin de l'influence qu'elle a sur lui.

Donald Trump.

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Nommé jeudi au poste stratégique de conseiller à la sécurité nationale de la Maison Blanche, John Bolton (en photo ci-dessous) a été beaucoup de choses dans sa vie: diplomate, membre de cabinet de plusieurs ministères ou homme d'influence au sein du parti républicain.

Mais les Américains connaissent surtout son nom et sa moustache blanche pour les avoir vus régulièrement sur Fox News, où il expose inlassablement sa vision musclée des relations internationales.

Quant à Larry Kudlow (photo ci-dessous), désigné mi-mars conseiller économique en chef, il est avant tout connu comme homme de télévision, commentateur sur la chaîne financière CNBC où il réclame, depuis plus de 20 ans, des baisses d'impôts.

Après Omarosa Manigault Newman (en photo ci-dessous), ancienne candidate de l'émission de télé-réalité «The Apprentice», animée par Donald Trump, chargée du «Bureau des relations publiques» durant un an à la Maison Blanche, jamais un président n'avait autant recruté sur les plateaux de télévision.

Pour Ed Burmila, professeur de sciences politiques à l'université Bradley, ces recrutements sont indicateurs d'une «tendance», qui «va probablement se poursuivre». «Le président veut choisir des gens en lesquels il a confiance», explique-t-il. Or «il est tout à fait possible qu'à part les membres de sa famille, les invités réguliers et les personnalités de Fox News soient bien les seules personnes en qui il ait confiance.»

«Quand vous prenez vos fonctions de président, il y a mille postes à pourvoir», souligne Dan Cassino, professeur de sciences politiques à l'université Fairleigh Dickinson.

«En général, vous prenez des gens d'anciennes équipes gouvernementales de votre parti» ou issus de think tanks, dit-il. «Mais Donald Trump n'a pas pu faire ça, parce que la plupart d'entre eux l'avaient critiqué durant sa campagne.»

L'ancien promoteur s'est donc tourné, entre autres, vers la télévision, devant laquelle il passe, selon le «New York Times», entre quatre et huit heures par jour.

«Quelque chose de vain»

«Ce n'est pas complètement sans précédent», observe Dan Cassino. George Bush fils avait recruté Tony Snow chez Fox News comme porte-parole, et Richard Nixon le journaliste de la chaîne ABC John Scali comme consultant. «Mais, bien sûr, à ce niveau, c'est du jamais vu», ajoute-t-il.

D'autant que le tableau va au-delà des seules personnes qui rejoignent son équipe gouvernementale. Le présentateur vedette de Fox News Sean Hannity (photo ci-dessous) a ainsi des contacts directs très réguliers avec Donald Trump, qui a parfois repris à son compte des positions tenues à l'antenne par son ami.

L'heure de pointe du compte Twitter du président correspond au créneau de l'émission «Fox & Friends», la matinale de Fox News que le président mentionne très fréquemment et qui, comme beaucoup de matinales, cherche au moins autant à divertir qu'à informer.

«Le président voit le monde à travers le portail de la télévision», résume Rich Hanley, professeur de journalisme à l'université Quinnipiac. «C'est sa fenêtre d'information pour ce qu'il considère comme un aperçu.»

Or, la ligne éditoriale de Fox News, de loin la chaîne la plus regardée du câble américain, est, de l'avis général, parfaitement alignée avec les positions de Trump, qu'elle soutient quasiment sans réserve.

En y puisant de futurs membres de son administration, le président s'adjoint ainsi des conseillers en phase avec lui, sans doute peu enclins à la contradiction, estime Dan Cassino.

Cette proximité avec la télévision, et en particulier les chaînes d'information continue, inquiète de nombreux observateurs, qui y voient le risque de l'immédiateté permanente. Pour Dan Cassino, Donald Trump se démarque ainsi de la plupart des dirigeants, qui «ont des objectifs politiques» et tentent de s'extraire du quotidien. «On dirait qu'il fait le contraire (...) et c'est pour ça que vous avez l'impression d'un manque de sens.»

(AFP)

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