Robert Mueller: Donald Trump se dit «totalement disculpé»
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Robert MuellerDonald Trump se dit «totalement disculpé»

Selon les conclusions de l'enquête du procureur Mueller, il n'y a pas d'entente prouvée entre Moscou et l'équipe de Trump.

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Le ministère américain de la Justice a retiré jeudi le dossier d'accusation contre un ancien conseiller de Donald Trump, Michael Flynn, poursuivi pour avoir menti sur ses contacts avec un diplomate russe. (Vendredi 8 mai 2020)

Le ministère américain de la Justice a retiré jeudi le dossier d'accusation contre un ancien conseiller de Donald Trump, Michael Flynn, poursuivi pour avoir menti sur ses contacts avec un diplomate russe. (Vendredi 8 mai 2020)

AFP
L'ex-directeur du FBI James Comey a admis dimanche que de «véritables négligences» avaient été commises par la police fédérale au début de l'enquête sur l'ingérence de la Russie dans l'élection présidentielle de 2016. (Dimanche 15 décembre 2019)

L'ex-directeur du FBI James Comey a admis dimanche que de «véritables négligences» avaient été commises par la police fédérale au début de l'enquête sur l'ingérence de la Russie dans l'élection présidentielle de 2016. (Dimanche 15 décembre 2019)

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Roger Stone, ancien conseiller de longue date de Donald Trump, a été reconnu coupable vendredi de mensonge au Congrès et de subornation de témoin dans le cadre de l'enquête sur l'ingérence russe dans l'élection américaine de 2016. (Samedi 16 novembre 2019)

Roger Stone, ancien conseiller de longue date de Donald Trump, a été reconnu coupable vendredi de mensonge au Congrès et de subornation de témoin dans le cadre de l'enquête sur l'ingérence russe dans l'élection américaine de 2016. (Samedi 16 novembre 2019)

Keystone

Donald Trump se dit «totalement disculpé»: l'enquête du procureur spécial Robert Mueller a conclu à l'absence d'éléments pour prouver une entente avec la Russie à la présidentielle 2016, ce qui lui permet d'envisager plus sereinement son avenir politique.

Mais si le procureur disculpe Trump et son entourage de collusion avec la Russie, il «n'exonère pas» le président américain de l'accusation d'entrave à la Justice dans cette affaire, selon un résumé du rapport Mueller publié dimanche. D'où les doutes de ses adversaires, qui voudraient en savoir plus.

De «très bonne humeur», selon l'un de ses porte-parole s'exprimant à son retour de son luxueux club en Floride dimanche, le président américain devait lundi et mardi recevoir à Washington un allié, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu. Puis, déjà en campagne pour 2020, il comptait reprendre dès jeudi ses meetings.

Les conclusions de l'enquête Mueller ont été rendues publiques dimanche par le ministre de la Justice Bill Barr. Et elles procurent une immense bouffée d'oxygène au milliardaire républicain dans la perspective de la prochaine présidentielle, où il entend briguer un second mandat de quatre ans.

«Pas de collusion, pas d'obstruction, DISCULPATION complète et totale» a tweeté le locataire de la Maison Blanche qui dénonçait depuis des mois une «chasse aux sorcières» orchestrée par les démocrates qui n'auraient pas digéré sa victoire-surprise face à Hillary Clinton.

«Honnêtement, c'est une honte que votre président ait eu à subir cela», a-t-il ensuite déclaré juste avant de s'envoler de la Floride à bord de Air Force One, dénonçant une «entreprise de démolition illégale qui a échoué».

Dans un courrier de quatre pages, M. Barr a indiqué que les investigations du procureur spécial n'avaient pas démontré que «l'équipe de campagne Trump ou qui que ce soit associé à celle-ci se soit entendu ou coordonné avec la Russie dans ses efforts pour influencer l'élection présidentielle américaine de 2016».

«Excellente journée» pour Trump

Les leaders démocrates du Congrès ont exigé dimanche soir la publication du rapport «complet», estimant que le ministre de la Justice n'était pas «un observateur neutre».

«La lettre du ministre de la Jutice (Bill) Barr pose autant de questions qu'elle apporte de réponses», ont écrit la présidente démocrate de la Chambre des représentants, Nancy Pelosi, et le chef de file de la minorité au Sénat, Chuck Schumer. «Il est urgent que le rapport complet et tous les documents associés soient rendus publics», ont-ils ajouté.

«Loin de la disculpation complète revendiquée par le président, le rapport Mueller n'innocente clairement pas le président», ont de leur côté réagi les démocrates Jerrold Nadler, Adam Schiff et Elijah Cummings, qui dirigent trois puissantes commissions parlementaires du Congrès. Ils ont insisté sur le fait que, sur l'autre question centrale de l'enquête russe, celle d'une éventuelle entrave à la justice de la part du président américain, M. Mueller n'avait pas livré de conclusion définitive.

Mais M. Barr, premier destinataire du rapport d'enquête tant attendu, a conclu de son côté que le document, qu'il a passé en revue depuis vendredi, ne mentionnait aucun délit susceptible d'entraîner des poursuites judiciaires sur le fondement de l'entrave à la justice.

«Excellente journée pour le président Trump et son équipe (...) Mauvaise journée pour ceux qui espéraient que l'enquête Mueller ferait tomber le président Trump», a tweeté le sénateur républicain Lindsey Graham, qui a joué au golf ce week-end en Floride avec le président.

Des médias américains estimaient aussi que les conclusions du procureur spécial renforcent Donald Trump pour le moment. Pour le «New York Times», la journée de dimanche «pourrait bien avoir été la meilleure de son mandat. Le nuage le plus sombre et le plus menaçant qui planait au-dessus de sa présidence s'est pratiquement dissipé».

Mais l'enquête russe n'était «pas une chasse aux sorcières», estime le «Washington Post», et «il faudra beaucoup plus d'informations au Congrès et à l'opinion publique pour qu'ils se fassent leur propre opinion».

675 jours d'enquête

Robert Mueller a mis un terme à ses investigations à l'issue d'une enquête de 675 jours sur laquelle très peu d'éléments ont fuité mais qui a tenu le pays en haleine, rappelant celle du Watergate qui a poussé Richard Nixon à la démission en août 1974.

Image forte: le discret et méthodique ancien patron du FBI s'est rendu dimanche matin à l'église épiscopalienne Saint Johns, située juste en face de la Maison Blanche. Il a brièvement souri aux photographes, sans dire un mot.

Comme pour préparer le terrain à l'absence de révélations fracassantes, certains élus démocrates s'étaient employés dimanche à souligner les limites de l'enquête menée par l'ancien patron du FBI. «Le procureur spécial enquêtait dans un cadre restreint (...) Ce que le Congrès doit faire, c'est avoir une vue d'ensemble», a souligné sur CNN Jerry Nadler, président démocrate de la puissante commission judiciaire de la Chambre des représentants.

Forts de leur nouvelle majorité à la Chambre, les démocrates ont lancé plusieurs enquêtes parlementaires allant des soupçons de collusion avec Moscou aux paiements pour acheter le silence de maîtresses supposées en passant par d'éventuelles malversations au sein de l'empire Trump.

«Mettre fin au Trumpisme»

Le chef d'inculpation de «collusion» n'a jamais été retenu pour les 34 personnes mises en cause dans ce dossier, parmi lesquelles six proches collaborateurs de Trump. L'enquête a notamment entraîné la spectaculaire déchéance judiciaire de son ex-chef de campagne, Paul Manafort, ou encore de son ex-avocat personnel, Michael Cohen, tous deux condamnés à la prison pour des malversations diverses et des déclarations mensongères.

Ajoutant à la complexité de l'affaire, le président de la commission judiciaire de la Chambre des représentants, le démocrate Jerry Nadler, a annoncé vouloir convoquer M. Barr à une audition. Il a dit souhaiter l'entendre «à propos de ce qui a motivé ses décisions» et voir «toutes les preuves qu'il y a derrière afin que les Américains connaissent les faits dans leur ensemble».

Pour Pete Buttigieg, jeune maire de la ville de South Bend (Indiana) et candidat aux primaires démocrates pour la présidentielle, le document tant débattu est important mais son camp ne doit pas perdre de vue l'échéance de novembre 2020.

«Il est possible que le seule réponse possible soit une procédure de destitution mais, pour moi, la façon la plus claire de mettre fin au Trumpisme est de le battre de manière massive dans les urnes», a-t-il expliqué.

(AFP)

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