Actualisé 28.06.2019 à 04:47

JaponDonald Trump surprend à l'ouverture du G20

Le président américain a multiplié les déclarations conciliantes sur différents sujets à Osaka, où est réuni le G20.

Le sommet du G20 s'est officiellement ouvert vendredi à Osaka au Japon, une réunion à grands enjeux sur fond de fractures entre les dirigeants du monde, sur le commerce et le climat notamment.

Après la traditionnelle photo de famille, les 20 chefs d'Etat et de gouvernement ont entamé leurs débats, en l'occurrence sur l'économie du numérique, sous la houlette du Premier ministre du pays hôte, Shinzo Abe, entouré par Donald Trump et Xi Jinping, duo vedette de ces deux jours de réunions. Les deux hommes doivent avoir samedi un entretien à haut risque pour tenter d'enrayer le conflit commercial et technologique qui les oppose.

Tandis que les dirigeants prenaient place pour la photo de groupe, au moment où la presse internationale est à l'affût du moindre geste ou aparté, le président chinois est allé serrer la main de son homologue américain. Donald Trump était arrivé jusqu'à l'estrade un peu après la plupart de ses partenaires, en conversant avec le président russe Vladimir Poutine.

Le président américain, qui a adopté un ton très conciliant voire amical lors de ses premiers entretiens bilatéraux avant que la réunion ne débute, a ensuite pris la pose aux côtés du prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane.

Coutumier de ce rôle de pompier pyromane, le président américain a multiplié les amabilités et déclarations conciliantes lors de ses premières réunions avec les 19 autres chefs d'Etat et de gouvernement réunis pour deux jours dans la grande ville côtière japonaise, alors qu'il en avait étrillé certains ces derniers jours.

Illustration vendredi lors du tête-à-tête avec le Premier ministre japonais Shinzo Abe, avant le début officiel des débats à 20. «Nous allons discuter l'achat par le Japon de nombreux équipements militaires», s'est réjoui le milliardaire républicain, qui avait mercredi moqué publiquement la dépendance japonaise à l'égard de la protection militaire américaine.

Il a aussi vanté les «magnifiques usines» construites par les constructeurs automobiles japonais aux Etats-Unis. Shinzo Abe avait d'ailleurs préparé à l'intention de son invité un document recensant des investissements nippons sur le marché américain.

Même ton lors d'une rencontre avec le Premier ministre indien Narendra Modi, auquel Donald Trump avait reproché jeudi des taxes douanières «inacceptables». «Nous allons continuer à bien nous entendre avec l'Inde», a au contraire affirmé le président américain vendredi.

Sur l'Iran, l'un des grands sujets de crispation de ce G20, Donald Trump s'est aussi voulu apaisant. «Nous avons le temps» de résoudre les tensions, a-t-il dit, lui qui parlait encore il y a peu de «guerre» contre les Iraniens.

«Grande amie»

Et Donald Trump n'a pas tari d'éloges pour Angela Merkel, «une grande amie» et une «femme fantastique», au début de leur rencontre vendredi. Et ce deux jours après avoir qualifié l'Allemagne de partenaire «défaillant».

La chancelière allemande a été interrogée sur sa santé, après deux crises de tremblement en public en l'espace de quelques jours. Elle n'a pas souhaité répondre. Angela Merkel, jusque là réputée infatigable lors des marathons diplomatiques, n'a pas modifié son programme.

La chancelière, qui s'apprête à quitter la scène internationale, symbolise peut-être plus que tout autre dirigeant à Osaka la volonté de coopération multilatérale qui avait conduit les leaders du G20 à se réunir pour la première fois il y a onze ans, en plein cataclysme financier. La montée des populismes a sérieusement mis à mal cette ambition de gouvernance mondiale, en particulier sur le commerce et le climat.

Loin de tout format multilatéral, Donald Trump et le président chinois Xi Jinping auront ainsi entre les mains, lors de leur entretien prévu samedi, le sort de l'économie mondiale. Washington menace de taxer bientôt la totalité des importations chinoises, ce qui serait certainement un point de non-retour dans le conflit commercial et technologique des deux géants. La plupart des analystes espèrent malgré tout une trêve à Osaka.

«Obsolète»

Autre sujet de crispation: le climat. Donald Trump, qui a décidé de se retirer de l'accord de Paris de 2015, bouscule régulièrement ses partenaires à ce sujet. Il n'est pas le seul.

Le président d'extrême droite brésilien Jair Bolsanoro a déjà lancé un avertissement, face à des critiques de l'Allemagne, rejointe par la France, sur son action environnementale: «Le Brésil doit être respecté. Nous n'accepterons pas d'être traités comme par le passé».

Plus généralement, les chefs d'Etat et de gouvernement sont divisés sur la direction même que doit prendre la mondialisation. Vladimir Poutine a critiqué les idées progressistes des démocraties occidentales («liberalism» en anglais), dans une interview au «Financial Times» vendredi.

Les progressistes «ne peuvent simplement pas dicter ce qu'ils veulent comme ils l'ont fait ces dernières décennies», a lancé l'homme fort de la Russie, saluant la politique dure de Donald Trump sur l'immigration. Cette idée de progressisme «est devenue obsolète et est en conflit avec les intérêts de l'immense majorité de la population».

Ce sont «l'autoritarisme, le culte de la personnalité et la loi des oligarques qui sont réellement obsolètes même s'ils peuvent sembler parfois efficaces», a rétorqué le président du Conseil européen Donald Tusk à Osaka. Reste à savoir si les Européens pourront porter ce message, englués qu'ils sont dans leur marchandage pour les postes-clés de l'Union européenne et fragilisés par le Brexit.

Avancée sur les principaux postes de l'UE

Le président du Conseil européen Donald Tusk a indiqué vendredi en marge du G20 que l'UE était à présent «plus près» d'un accord sur les principaux postes de l'Union européenne, sans qu'une conclusion soit prévisible avant un sommet prévu dimanche à Bruxelles. Après l'échec de précédentes négociations, les dirigeants européens se retrouvent dimanche soir pour un sommet de crise, avant la session inaugurale du nouveau Parlement européen. «Mon impression est que nous sommes plus près d'une solution mais encore trop loin pour dire quoi que ce soit de plus concret aujourd'hui», a dit le dirigeant européen. «Ne vous attendez pas à voir de la fumée blanche à Osaka», a-t-il ajouté en référence à la tradition observée dans les élections de papes.

(AFP)

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