02.08.2020 à 21:01

Réseaux sociauxMicrosoft fait tout pour voler au secours de TikTok

Après une discussion avec Donald Trump, qui veut bannir le réseau social des États-Unis, Microsoft a réaffirmé son désir de racheter TikTok.

La plateforme de partage de vidéos légères, généralement musicales et humoristiques, compte un milliard d’utilisateurs dans le monde, surtout des jeunes.

La plateforme de partage de vidéos légères, généralement musicales et humoristiques, compte un milliard d’utilisateurs dans le monde, surtout des jeunes.

AFP

Après un week-end passé à envisager le pire, l’horizon s’éclaircit pour TikTok, le réseau social que Donald Trump menace de bannir des États-Unis, mais que Microsoft entend bien racheter d'ici la fin de l’été. Le géant américain de l’informatique a confirmé dimanche que des négociations étaient en cours pour racheter la branche américaine de TikTok à ByteDance, sa maison-mère chinoise.

Après une discussion entre le président américain et Satya Nadella, le patron du groupe, Microsoft va continuer les pourparlers, en vue d’un aboutissement d’ici le 15 septembre au plus tard, d’après un communiqué. Dans un contexte de tensions politiques et commerciales avec la Chine, Washington accuse depuis des mois l’interface d’être utilisée par le renseignement chinois à des fins de surveillance. TikTok a toujours fermement nié tout partage de données avec Pékin.

Le ton est monté ce week-end: vendredi soir, le locataire de la Maison-Blanche a déclaré qu’il bannissait l’appli et qu’il était même opposé à un rachat par un groupe américain. TikTok doit être «vendue ou bloquée» aux États-Unis, a averti dimanche le secrétaire au Trésor américain Steven Mnuchin, tandis que le chef de la diplomatie américaine Mike Pompeo promettait des mesures imminentes du président «en réponse aux divers risques pour la sécurité nationale que posent les logiciels liés au Parti communiste chinois».

La plateforme de partage de vidéos légères, généralement musicales et humoristiques, compte un milliard d’utilisateurs dans le monde, surtout des jeunes. En Chine, ByteDance opère une appli sur le même principe mais séparée, avec un nom différent.

Rêve américain

L’acquisition sera soumise «à une évaluation complète de la sécurité et devra apporter des bénéfices économiques aux États-Unis, y compris au Trésor américain», précise le communiqué de Microsoft. Si la transaction a lieu, le groupe possédera et dirigera le réseau social aux États-Unis, au Canada, en Australie et en Nouvelle-Zélande. Des actionnaires minoritaires pourront se joindre à l’opération.

«Microsoft s’assurera que toutes les données des utilisateurs américains de TikTok sont transférées et restent aux États-Unis», promet la société de Seattle. Ces derniers mois, le réseau social a tenté de démontrer que son identité et ses pratiques étaient solidement ancrées aux États-Unis.

Le 1er juin, Kevin Mayer, l’ancien responsable des plateformes de streaming de Disney (Disney+, Hulu et ESPN+), a pris la tête de la plateforme. Début juillet, l’application a interrompu son activité à Hong Kong à cause de la récente loi sur la sécurité nationale imposée par la Chine, qui donne plus de pouvoirs à la police, notamment en matière de surveillance.

«Nous n’allons nulle part», a réagi samedi Vanessa Pappas, responsable de la branche États-Unis de TikTok, dans une vidéo pour rassurer les utilisateurs, après l’annonce de Donald Trump. Elle s’est dite «fière» des 1500 employés américains et a promis de créer «10’000 emplois additionnels dans ce pays au cours des trois prochaines années».

Rêve de Microsoft

«Les États-Unis seraient les grands perdants si TikTok était bannie», a déclaré samedi Daniel Castro, vice-président de l’Information Technology and Innovation Foundation, un think tank proche des géants de la tech. «Des millions d’Américains, y compris de nombreux supporters de Trump, l’utilisent pour créer et partager des contenus. (…) Tous ses serveurs sont situés hors de Chine, et il n’y a aucune preuve qu’elle constitue une menace pour la sécurité nationale».

Sur la plateforme, des créateurs de contenus inquiets ont posté des liens vers leurs profils Instagram ou YouTube pour ne pas perdre leurs abonnés en cas de fermeture. D’autres font de l’humour ou tentent de prouver qu’il est impossible de bloquer un réseau aussi populaire. Certains assurent que Donald Trump cherche à se venger des rangées de sièges vides lors de son meeting de campagne à Tulsa (Oklahoma) fin juin, quand des adolescents avaient proclamé sur TikTok qu’ils avaient commandé de nombreux billets d’entrée avec la ferme intention de ne pas y aller.

Microsoft a prévu de «construire sur l’expérience que les utilisateurs de TikTok adorent, tout en ajoutant une couche de sécurité et de protection de la vie privée de très haute qualité». Le groupe informatique aurait ainsi une chance de percer sur le marché très prisé des réseaux sociaux. Actuellement, il dispose de la plateforme professionnelle LinkedIn et de Teams, un service de messagerie interne pour les entreprises.

Fin juin, la société a fermé sa plateforme de streaming de jeux vidéo Mixer, laissant le champ libre au géant du secteur Twitch (Amazon) et à ses deux rivaux, YouTube Gaming et Facebook Gaming. L’immense succès de TikTok auprès des adolescents a fait des émules: Facebook s’apprête à ajouter un onglet «Reels» dans Instagram pour éditer des courtes vidéos de divertissement. La fonctionnalité est déjà testée au Brésil, en France et en Allemagne.

(AFP/NXP)

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