26.04.2015 à 11:07

EnergieDoris Leuthard face au camp bourgeois toujours plus opposé

La stratégie énergétique de la Confédération fait de plus en plus de mécontents.

Doris Leuthard n'a pas l'intention de faire des concessions en matière d'encouragement au courant vert.

Doris Leuthard n'a pas l'intention de faire des concessions en matière d'encouragement au courant vert.

Keystone

On verra cette semaine si le camp des opposants prend le dessus lors des débats sur la stratégie énergétique à la commission parlementaire du Conseil des Etats. Doris Leuthard ne concédera rien en matière d'encouragement au courant vert.

«Si nous avons moins d'argent à disposition, nous ne pourrons pas développer les énergies renouvelables au rythme prévu», a déclaré la ministre.

Le courant vert constitue un élément central de la stratégie énergétique. Depuis 2009, les consommateurs s'acquittent d'un supplément sur les coûts de transport du réseau qui sert à financer le mécanisme de soutien aux énergies renouvelables (RPC). La loi prévoit que le supplément maximal passe à 1,5 centime par kWh. Le Conseil fédéral veut l'augmenter à 2,3 centimes.

Le Conseil national est d'accord avec cette proposition. Reste à convaincre le Conseil des Etats et sa commission en charge du dossier. Mais le franc fort a changé la donne et le camp bourgeois demande une pause.

«Le PLR et l'UDC ont toujours été contre»

Doris Leuthard reste confiante. La force du franc n'est selon elle qu'un prétexte. «Le fait est que l'UDC et le PLR ont toujours été contre», déclare la ministre de l'énergie. Problème: la position du PDC n'est désormais plus aussi claire. Le président du parti Christophe Darbellay s'est dit récemment prêt à rediscuter d'une hausse moins forte pour ce supplément.

La conseillère fédérale PDC relativise ces propos et défend une augmentation à 2,3 centimes. Si ce montant est moins élevé, alors moins de projets inscrits sur la liste d'attente - actuellement 40'000 - pourront être soutenus, avertit-elle. Conséquence: il faudra importer plus de courant de l'Union européenne.

Si on veut moins d'argent pour la RPC, on ne peut pas dans le même temps demander des mesures d'aide pour les centrales hydrauliques, les engrais de ferme ou tout autre source d'énergie fantaisiste. «Ça ne va pas ensemble», selon Doris Leuthard

Solution en vue pour l'hydraulique

L'idée d'une taxe d'un centime pour soutenir l'hydraulique via la RPC n'enthousiasme pas la ministre. La RPC n'est pas le bon instrument. Cette taxe coûterait 600 millions de francs par an, risquant de pénaliser d'autres énergies.

La Confédération examine actuellement des possibilités pour soutenir ce secteur. Une proposition sera présentée au début de l'automne, assure Doris Leuthard. Une solution sur mesure à durée limitée est privilégiée.

Mais la conseillère fédérale montre de la compréhension pour certains exploitants de barrages qui demandent un geste de la Confédération pour faire face aux prix européens de l'électricité très bas. Elle rappelle cependant que beaucoup ont été très rentables durant 40 ans.

Progrès technologiques

Dès 2021, le Conseil fédéral veut remplacer le système d'encouragement aux énergies renouvelables par une taxe incitative. Il a présenté son projet en mars sans toucher pour le moment aux impôts sur les carburants.

Pour la ministre de l'énergie, il ne s'agit pas d'une demi-mesure. Le nouveau système doit être introduit avec doigté, sachant qu'une réforme trop ambitieuse n'a aucune chance.

Les automobilistes ont déjà été ponctionnés avec la hausse de la surtaxe sur les huiles minérales grevant les carburants. En outre, les émissions de CO2 des voitures neuves devront diminuer d'ici à fin 2015, puis encore une fois d'ici 2020.

La voiture à 4,3 litres aux 100 km deviendra la norme, selon la ministre. Les progrès technologiques deviendront sans doute à terme plus importants que la taxe incitative. Cet instrument reste cependant nécessaire.

Pour Doris Leuthard, la stratégie énergétique est juste. On peut la critiquer, mais il faut toujours se demander quelle serait l'alternative. «Je suis convaincue à 100% qu'il n'y a pas de majorité en Suisse pour construire une nouvelle centrale nucléaire». C'est un modèle condamné.

(ats)

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