Cruauté - Double assassinat à Payerne: il tire 30 fois sur sa femme et son fils
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CruautéDouble assassinat à Payerne: il tire 30 fois sur sa femme et son fils

Un Portugais a criblé de balles son épouse et leur aîné de 18 ans. Il sera jugé par une Cour criminelle dès le 16 août, à Renens (VD).

par
Evelyne Emeri
Le Tribunal criminel d’arrondissement de La Broye et du Nord vaudois ne siégera pas à Yverdon, mais à Renens dans la salle d’audience cantonale, dès le lundi 16 août.

Le Tribunal criminel d’arrondissement de La Broye et du Nord vaudois ne siégera pas à Yverdon, mais à Renens dans la salle d’audience cantonale, dès le lundi 16 août.

Le Matin – Sébastien Anex

Une véritable exécution. Rarement scène de crime n’aura été aussi sanglante, aussi dantesque. Le 25 avril 2018 à Payerne, Tiago* a vidé ses deux chargeurs sur sa femme - dont il vivait séparé - et sur son fils aîné. Alors qu’ils gisaient à terre déjà morts ou à un fil de là, il a encore fait feu sur eux, visant la tête. L’acte d’accusation que la procureure Elodie Pasquier soutiendra au procès fait frémir.

Cruauté et acharnement

Ce fait divers, survenu dans un immeuble de l’avenue de la Gare de la cité, avait bouleversé bien au-delà de la Broye vaudoise. Par sa cruauté et par l’acharnement du prévenu. Ce mercredi noir d’avril 2018, le ressortissant portugais de 49 ans, au bénéfice d’un permis d’acquisition d’armes (ndlr. pas d’un permis de port d’armes), se présente au nouveau domicile de son épouse et de leurs garçons en fin de journée.

Menaces de mort

La défunte de 45 ans, également portugaise, y vivait avec leurs deux enfants de 16 et 18 ans, depuis quelques semaines seulement. Elle avait en revanche quitté le logement familial depuis septembre 2017, ne supportant plus les disputes, les agressions, les coups, les injures, les menaces de mort qu’elle subissait depuis de trop longues années de la part de son conjoint.

Il la fliquait

La famille était arrivée du Portugal en 2006. Monsieur travaillait comme maçon et Madame faisait des ménages. Amateur d’armes et de tir, Tiago avait plusieurs armes en sa possession dont un Glock 34, un pistolet semi-automatique. Peinant visiblement à accepter la séparation - et bien qu’une procédure de divorce amiable aurait été en cours -, l’accusé fliquait son ex-concubine sur WhatsApp et venait régulièrement chez elle.

Thriller très cru

S’agissant des crimes perpétrés, les enquêteurs vaudois ont reconstitué un déroulement des faits qui confinent à un thriller particulièrement cru. Ainsi, le Ministère public retient que, les jours précédant le drame, Tiago a envoyé une septantaine de SMS dans lesquels il insultait sa femme, qu’il s’est rendu à nouveau chez elle où une violente dispute a éclaté et qu’après cela, il l’a bombardée d’appels et lui a encore envoyé des messages.

31 cartouches

La future victime n’a jamais répondu à quoi que ce soit. À une exception près. Le matin du 25 avril 2018 qui lui sera fatal, elle a rappelé le prévenu qui aurait tenté de lui imposer un rendez-vous le soir même. Toujours selon la procureure, le Portugais est rentré à la maison (ndlr. l’ancien appartement de la famille à Payerne) après le travail pour venir chercher son pistolet et deux magasins munitionnés de 31 cartouches.

Marteau contre pistolet

Vers 18h20, il arrive à l’appartement de son épouse et de leurs enfants. La malheureuse ouvre la porte. Et tout s’enchaîne, explique dans le détail le Parquet dans sa mise en accusation. Une altercation, un fils aîné qui attrape un marteau, le Glock 34 qui s’enraye brièvement au cours de la bagarre et Tiago tire une première balle à bout portant sur son aîné en pleine poitrine, puis tire plus d’une dizaine de fois sur sa femme.

Il prend la fuite

Les coups de feu cessent quelques secondes, le temps que l’accusé recharge son arme. L’homme va littéralement achever la mère de ses enfants et vise cette fois la tête, en tout cas six fois. Son fils, grièvement atteint, tente de lui échapper par la cage d’escalier de l’immeuble. Son père le retrouve et appuie encore sur la détente. Il termine son exécution, comme pour la maman, de trois balles dans la tête. Il aura tiré 30 fois avant de s’évanouir dans la nature.

Négociateurs efficaces

Après ce massacre qui aura duré entre 10 et 15 minutes, Tiago se rend successivement, à Fribourg puis à Genève, chez deux proches auxquels il avoue les deux meutres qu’il vient de commettre. Les négociateurs de la police entrent en jeu et parviendront à convaincre le fuyard de se rendre. Ce qu’il fera dans la nuit à la gendarmerie de Payerne. Depuis, il dort à la prison du Bois-Mermet à Lausanne.

68 plaies

À l’autopsie, les légistes ont relevé 68 plaies dues aux projectiles sur les corps des deux victimes. Dès le lundi 16 août à la salle d’audience cantonale de Renens (VD), le père de famille comparaîtra devant le Tribunal criminel d’arrondissement de La Broye et du Nord vaudois. Il devra répondre d’assassinat, de lésions corporelles simples qualifiées, de menaces qualifiées ainsi que d’infraction et de contravention à la Loi fédérale sur les armes.

Éléments contestés

Contacté, l’avocat de Tiago, Me Patrick Michod, ne s’en cache pas avant l’ouverture des débats. Il contestera la version du Ministère public: «La manière dont les faits sont présentés dans l’acte d’accusation est fermement contestée». S’agit-il du déroulement du drame retenu par le Parquet ou d’autres éléments? «Pour les détails, je vais réserver mes déclarations pour l’audience», ajoute le défenseur d’office.

Trois plaignants

La mère et le frère de la mère de famille décédée ont déposé plainte quelques jours après la tragédie. Le frère cadet s’est aussi porté partie civile au pénal et au civil. Ils seront représentés, respectivement par Me Nader Ghosn et Me Roxane Chauvet-Mingard.

*Prénom d’emprunt

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