Italie : Draghi a démissionné, des élections anticipées en septembre

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Italie Draghi a démissionné, des élections anticipées en septembre

Le Premier ministre italien Mario Draghi a remis sa démission jeudi, au lendemain d’une folle journée au Parlement qui a vu sa coalition d’unité nationale imploser. 

Le Premier ministre italien Mario Draghi, ce jeudi, à la Chambre des députés. 

Le Premier ministre italien Mario Draghi, ce jeudi, à la Chambre des députés. 

Reuters

Fin de partie pour «Super Mario»: défait par les poids lourds de sa coalition d’unité nationale, le Premier ministre italien Mario Draghi a démissionné jeudi, suscitant l’inquiétude sur les marchés et en Europe. Mario Draghi s’est rendu jeudi matin au palais présidentiel du Quirinal où il a remis sa démission au président Sergio Mattarella, qui «en a pris acte».

Cette démission était attendue, après que Forza Italia, le parti de droite de Silvio Berlusconi, la Ligue, la formation d’extrême droite de Matteo Salvini, et la formation populiste Mouvement 5 Etoiles (M5S) ont refusé de participer à un vote de confiance demandé mercredi, par le Premier ministre, au Sénat. 

«La situation politique a conduit à cette décision»

Le président italien Sergio Mattarella a annoncé dans la foulée la dissolution du Sénat et de la Chambre des députés, ce qui provoquera automatiquement la tenue d’élections anticipées dès cet automne dans la troisième économie de la zone euro. «La situation politique a conduit à cette décision», a déclaré le président lors d’une allocution télévisée.

«La discussion, le vote et les modalités dans lesquelles ce vote a été exprimé hier au Sénat» ont démontré l’absence de «soutien parlementaire au gouvernement et l’absence de perspectives pour donner naissance à une nouvelle majorité», a-t-il expliqué. «Cette condition a rendu inévitable la dissolution anticipée du parlement», qui «est toujours la dernière option», a-t-il ajouté. Ces élections législatives pour renouveler le Sénat et la Chambre des députés auront lieu le 25 septembre, selon des sources gouvernementales.

«Pacte» rejeté

Même s’il a finalement obtenu la confiance sur le fil, ces désertions en masse sont un désaveu pour Mario Draghi, qui s’était dit prêt à rester à son poste à condition que les partis de sa coalition rentrent dans le rang autour d’un «pacte» de gouvernement, déjà mis en péril, la semaine dernière, par une première défection du M5S.

Arrivé à la tête de l’exécutif en février 2021, pour sortir l’Italie de la crise sanitaire et économique, Mario Draghi, 74 ans, avait présenté sa démission le 14 juillet, au président Mattarella, qui l’avait aussitôt refusée. 

«Ce que demandent les Italiens»

Mario Draghi estimait que son gouvernement d’unité nationale, allant de la gauche à l’extrême droite, était caduc, après la crise provoquée par la défection, le même jour lors d’un vote clé, déjà au Sénat, du M5S, lui-même confronté à de fortes dissensions internes et à une hémorragie de parlementaires.

«L’unique solution, si nous voulons encore rester ensemble, est de reconstruire à partir de ses fondements ce pacte, avec courage, altruisme et crédibilité», avait-il de nouveau affirmé, mercredi. «C’est ce que demandent les Italiens», a ajouté l’ex-chef de la Banque centrale européenne (BCE), fort des sondages affirmant que deux tiers des Italiens souhaitaient que «Super Mario» reste à la barre. 

Multiples défis

Les défis intérieurs (relance économique, inflation, emploi) et extérieurs (indépendance énergétique, guerre en Ukraine) auxquels l’Italie et l’UE sont confrontées «exigent un gouvernement vraiment fort et solidaire et un Parlement qui l’accompagne avec conviction», a-t-il affirmé. Mais son appel a été ignoré par les poids lourds de sa coalition, déjà les yeux rivés sur la campagne électorale à venir. Finalement, seuls le centre et la gauche incarnée par le Parti démocrate (PD) sont restés jusqu’au bout à ses côtés. 

Fortes réactions

La presse italienne analysait sans détour ce désaveu, jeudi, avant même l’annonce de la démission: «L’Italie trahie», titre ainsi le quotidien «La Repubblica». «Adieu au gouvernement Draghi», écrit pour sa part le «Corriere della Sera», tandis que «La Stampa» y voit une «honte». Le commissaire européen à l’Économie, l’Italien Paolo Gentiloni, a jugé «irresponsables» les partis ayant fait défection, alors que Bruxelles et ses partenaires européens ont fait pression pour que Mario Draghi, gage de stabilité, reste à son poste.

Le départ de Mario Draghi, «pilier pour l’Europe», ouvre une «période d’incertitudes», a ainsi estimé jeudi, la secrétaire d’État française chargée de l’Europe, Laurence Boone. 

Les droites en embuscade 

Le spectre d’élections anticipées était redouté par le centre et la gauche, donnés battus dans les enquêtes d’opinion par la coalition dite «de centre-droit» qui réunit la droite de Berlusconi, et l’extrême droite représentée par ra Ligue et de Fratelli d’Italia. Ce parti post-fasciste, présidé par Giorgia Meloni, est donné premier dans les intentions de vote, à près de 24%, devant le Parti démocrate (22%) et la Ligue (14%), selon le dernier sondage en date de l’institut SWG, réalisé le 18 juillet.

«Nous sommes prêts. Cette nation a un besoin désespéré de recouvrer sa conscience, sa fierté et sa liberté», a tweeté jeudi Giorgia Meloni, une journaliste de formation de 45 ans qui pourrait devenir la prochaine cheffe du gouvernement italien. Une perspective qui préoccupe les partenaires européens de l’Italie car sans défendre une sortie de l’UE, Fratelli d’Italia prône une révision des traités et la substitution de l’Union par une «confédération d’Etats souverains». Il ne plaide pas pour une sortie de l’euro mais réclame une réforme radicale de la BCE.

Marchés inquiets

Les marchés scrutent eux aussi avec attention la situation. Le coût de la dette de l’Italie est reparti à la hausse et la Bourse de Milan a chuté jeudi matin, signe de la nervosité des marchés face à l’incertitude régnant dans la troisième économie de la zone euro.

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(AFP)

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