Valais: Drame d'Arolla: quatorze au départ, huit à l'arrivée

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ValaisDrame d'Arolla: quatorze au départ, huit à l'arrivée

Le bilan est passé de quatre à six morts et pourrait s'alourdir encore. Trois randonneurs sont encore dans un état d'hypothermie préoccupant, voire critique.

par
Evelyne Emeri

Quatre morts. Puis, cinq. Désormais, six. Deux jours après la tragique découverte de quatorze alpinistes piégés par le blizzard à 3270 m d'altitude, le bilan ne cesse de s'aggraver. Le drame humain, qui s'est joué dans la nuit de dimanche à lundi dans le secteur du Pigne d'Arolla (VS), a fait une sixième victime. Toutes sont Italiennes.

Le guide vivait au Tessin

Le premier à avoir perdu la vie n'est autre que le guide de montagne, qui a déroché en tentant de rallier, à l'aveugle, la cabane des Vignettes (3157 m) où les deux groupes de randonneurs auraient dû dormir. Les secouristes ont retrouvé sa dépouille bien à l'écart des treize autres skieurs, restés bloqués et partiellement regroupés sur l'arête qui devait les mener à bon port.

Âgé de 59 ans, ce spécialiste de haute montagne venait de Côme (I), mais vivait non loin de là, juste de l'autre côté de la frontière, dans le petit village tessinois de Bruzella. Il partageait avec sa femme, d'origine bulgare, la passion et l'expertise des sommets. La malheureuse de 52 ans a succombé à son hypothermie sévère hier à midi.

L'Italien de 59 ans était un guide de haute montagne certifié au plus haut niveau (UIAGM). Son épouse était accompagnatrice de moyenne montagne (UIMLA). (Photos: MLG Mountain Guide)

L'Italien de 59 ans était un guide de haute montagne certifié au plus haut niveau (UIAGM). Son épouse était accompagnatrice de moyenne montagne (UIMLA). (Photos: MLG Mountain Guide)

Ensemble, ils géraient MLG Mountain Guide, à Chiasso (TI). Une entreprise qui organisait de nombreuses expéditions dans les Alpes, du trekking, du ski-alpinisme, de la grimpe, etc. Sur leur site, la Haute Route Chamonix-Zermatt du 26 avril au 1er mai est toujours visible. Par respect, le lien vers la course franco-suisse a été désactivé.

Les quatre autres personnes décédées venaient de la région de Bolzano (Tyrol du Sud). Ils étaient amis de longue date et membres du Club alpin italien. Le quatuor – deux couples – partait régulièrement en excursion. Les deux femmes étaient âgées de 44 et 52 ans, la première était enseignante, la seconde responsable RH. Leurs conjoints avaient respectivement 45 et 53 ans. Le quinquagénaire était comptable, on ne connaît pas encore l'identité du mari quadra.

Entre la vie et la mort depuis leur prise en charge lundi matin, ils n'étaient qu'à quelques centaines de mètres de leur objectif, à cinq minutes à ski. Trois sont morts dans la journée de lundi après avoir été héliportés dans différents hôpitaux (CHUV, Hôpital de l'Île à Berne et en Valais). Le quatrième est décédé tard lundi soir.

Trois randonneurs sont encore hospitalisés dans un état préoccupant. Le pronostic vital de l'un d'entre eux est toujours engagé. Il s'agit d'un Suisse de 72 ans, d'une Française de 56 ans et d'une Italienne de 43 ans.

Cinq miraculés

Cinq participants sont de véritables rescapés si l'on tient compte de la tempête de neige, des rafales à 100 km/h et des températures négatives qu'ils ont dû affronter des heures durant à plus de 3000 mètres d'altitude. Ils souffrent d'hypothermie légère. Trois sont Français: deux hommes de 58 et 57 ans et une femme de 55 ans. Les deux derniers sont une Allemande de 48 ans et un Italien de 50 ans. Ce dernier a pu quitter l'hôpital de Viège. Il a perdu tous ses amis de Bolzano. S'il dénonce un cumul d'erreurs dans les médias italiens, il doit sa survie à un mental d'acier, «sinon l'hypothermie te prend et te tue. Il faut bouger, bouger, respirer et seulement penser à ne pas mourir.»

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