Diana et Adrien: Drame de Vidy: «Il n'a jamais pu planter sur les freins avant le choc»
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Diana et AdrienDrame de Vidy: «Il n'a jamais pu planter sur les freins avant le choc»

Le sexagénaire, qui a percuté et tué le jeune couple à Lausanne, pourrait faire de la prison. Le Ministère public a requis 30 mois dont 6 mois ferme. Verdict jeudi.

par
Evelyne Emeri
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Mardi 19 mars 2019, premier jour du procès: l'accusé lors de l'inspection locale sur les lieux du drame. Au volant d'une camionnette, il a mortellement percuté Diana et Adrien sur un passage clouté lors d'une folle manœuvre de dépassement sur l'avenue de Rhodanie, à Vidy.

Mardi 19 mars 2019, premier jour du procès: l'accusé lors de l'inspection locale sur les lieux du drame. Au volant d'une camionnette, il a mortellement percuté Diana et Adrien sur un passage clouté lors d'une folle manœuvre de dépassement sur l'avenue de Rhodanie, à Vidy.

Le Matin/Sébastien Anex
Toute la zone a été bouclée par la police pour permettre la bonne tenue de l'inspection locale, décidée par le Tribunal correctionnel d'arrondissement de Lausanne.

Toute la zone a été bouclée par la police pour permettre la bonne tenue de l'inspection locale, décidée par le Tribunal correctionnel d'arrondissement de Lausanne.

Le Matin/Sébastien Anex
Au bord de la route, près du passage piéton où Diana et Adrien ont perdu la vie le 8 avril 2017, des fleurs toujours fraîches et leur portrait.

Au bord de la route, près du passage piéton où Diana et Adrien ont perdu la vie le 8 avril 2017, des fleurs toujours fraîches et leur portrait.

Le Matin/Sébastien Anex

Pour le procureur Stephan Johner, le conducteur de la camionnette blanche s'est bien rendu coupable d'homicide par négligence, de violation grave des règles de la circulation routière, de conduite d'un véhicule automobile malgré une incapacité de conduire et de circulation sans assurance responsabilité civile. Il suit ainsi à la lettre les infractions déjà retenues dans son acte d'accusation et requiert 30 mois de peine privative de liberté, dont 6 mois ferme. On est loin d'une peine symbolique. Loin aussi du spectre du sursis complet tant redouté par les familles de Diana, 22 ans, et d'Adrien, 25 ans, fauchés sur un passage piéton à Vidy le samedi 8 avril 2017, vers 17h15. Les juges lausannois diront jeudi en fin de journée s'ils confirment l'appréciation du Ministère public ou s'ils s'en écartent.

L'inattention et la perte de maîtrise

«En soi, la cause est simple. Georges* a heurté et tué deux personnes. Il est seul responsable. Il ne l'a jamais contesté. Sa culpabilité est très lourde. La circulation n'était pas particulièrement dense. La visibilité était bonne. Le véhicule qui le précède freine gentiment – la Mercedes (ndlr. qui cède le passage à Diana et Adrien) – et on n'arrive pas à comprendre pourquoi ces longues secondes ont été occultées par le prévenu. Ces jeunes gens avaient le droit de se sentir en sécurité. Dans ces circonstances, il n'a pas effectué le moindre freinage. L'inattention est extrêmement longue, c'est incompréhensible. Et ensuite il y a une perte de maîtrise. Le bon réflexe, c'est freiner. Mais non, on a ce tangage gauche-droite», explique le magistrat.

«Il n'a pas perçu la situation»

«Le prévenu n'a pas perçu la situation, là est sa faute. Il manque l'explication centrale, c'est extrêmement frustrant. Comment peut-il avoir manqué une voiture, un îlot, un passage piéton et deux piétons? Les familles ne peuvent pas se contenter d'un «Je ne me souviens pas», poursuit le Parquet. «Ce qui choque dans la vidéosurveillance (de l'avenue de Rhodanie), c'est qu'il ne ralentit pas. Il est trop tard quand il voit la Mercedes devant lui. Il ne l'a pas vu dès le départ. Le Ministère public pense que le conducteur est sincère. Il panique, son pied glisse, ses pieds s'emmêlent. Quand il comprend, c'est trop tard. Il donne son coup de volant et passe sur les piétons. L'hypothèse la plus probable, c'est bien l'inattention. Le début des traces de freinage est largement après le passage piéton (ndlr. 9 m) parce qu'il a planté sur l'accélérateur.»

«Vous êtes dans le déni»

«Dans la tête de Diana et Adrien, il faisait beau aussi. Le risotto bien calé, trois verres, une orthèse au pied gauche, une semelle compensée à droite, multimédicamenté (ndlr. insuline lente pour son diabète, anti-rejet suite à une greffe du rein, anxiolytique), Georges prend la route.» Avocat de la mère de Diana, du père d'Adrien et de sa cadette, Me Astyanax Peca plaide l'intention et revient sur la mise en danger de la vie d'autrui, qui n'a pas été retenue par le Parquet au moment de clore l'instruction. «J'ai regardé la vidéo 40 fois. On y voit clairement sa vitesse constante. Pas de décélération. C'est frappant. Le trajet suivi est rectiligne. Avez-vous vraiment perdu la maîtrise (s'adressant au prévenu)

«Ce n'est pas la fatalité, c'est un chauffard»

«Pour les familles décimées, la vérité est dans le dossier. Vous êtes dans le déni. Vous avez peur d'affronter cette vérité. Le pied qui glisse ou qui se bloque, ce n'est pas crédible. En tongs peut-être», ironise Me Peca. «Les familles ont entendu les regrets mais aussi que l'accusé a tout oublié. Il a vu la Mercedes et entreprit volontairement ce dépassement insensé et fou sans voir le passage clouté et s'est retrouvé face à l'îlot et aux piétons. C'est la seule hypothèse qui explique l'absence de freinage. Ce n'est pas la fatalité, c'est le comportement fou et insensé d'un chauffard. Ce principe de se défausser et de nier, c'est une autre de ses facettes.»

«Il a eu plusieurs retraits de permis»

Me Sébastien Pedroli, défenseur du père de Diana qui vit à Rome, rejoint son confrère et demande au tribunal de retenir également la mise en danger de la vie d'autrui. Pour lui aussi, la volonté directe (ndlr. dol direct) et l'absence de scrupules sont réalisées. «Les mensonges de Georges, notamment sur son diabète et les recommandations qu'il a bien reçues du CHUV avant de conduire (ndlr. vérifier sa glycémie), ses paroles sur l'honneur... Avant l'accident, il se rappelle. Pendant, non. Et après, oui. A chaque fois qu'on le met face à ses contradictions, il fait une pirouette. La vidéo et les déclarations du prévenu ne correspondent pas. Sa vitesse était inadaptée, il faisait beau, il y avait du monde. Il roulait vite et de manière agressive. Il a effectué un dépassement dangereux. Il faudra aussi tenir compte de ses antécédents. Il a eu plusieurs retraits de permis.» Et de conclure: «Ma fille morte, je n'attends qu'une chose: la rejoindre. Ce sont les mots de mon client.»

Avocat de la défense bouleversé

«J'ai rarement ressenti autant de légitime douleur, tristesse, chagrin, dans une salle d'audience. J'ai entendu cette colère. J'aimerais trouver les mots. Ces mots n'existent pas. Ils ne vont pas vous plaire. Je vous présente mes excuses. Ma limite sera le droit. Je suis le seul rempart de Georges.» Pour la défense, c'est dur, au point que Me Claudio Fedele, visiblement très affecté, demande à la Cour de suspendre avant sa plaidoirie. «C'est insupportable ce que j'ai entendu de mes confrères.» La présidente de céans, Katia Elkaim, balaie sa requête: «Respirez un grand coup.» Soit, l'avocat se lance: «L'homicide par négligence est reconnu, la violation grave des règles de la circulation routière aussi. Nous contestons en revanche la conduite d'un véhicule automobile malgré une incapacité de conduire et la circulation sans assurance responsabilité civile.» Il attaque l'acte d'accusation. «L'inattention n'existe pas, uniquement la perte de maîtrise. C'est une nouveauté.»

«Qu'on ne le salisse pas»

Plus loin, Me Fedele: «Objectivement, mon mandant reprend la maîtrise et freine. Les premiers feux de freinage sont signalés après le choc. Ceci est très important. Il n'a jamais pu planter sur les freins avant. Il n'a pas pu réagir. Ce qui confirme la perte de maîtrise et qu'il a donc été empêché par son pied bloqué. C'est la police qui le dit en 2017. Son pied glisse et se coince, c'est ça la fatalité de l'accident. Au lieu de freiner, il accélère. C'est le moment de la perte de maîtrise. Tout le reste est la conséquence. S'il arrive trop vite au passage piéton, s'il dépasse la Mercedes. «Je les ai vus les piétons, j'ai voulu décélérer», il le dit. Il dépasse quoi? Il n'a aucun souvenir. C'est inaudible. Ce qu'il a fait est horrible mais qu'on ne le salisse pas, il n'y a pas de versions contradictoires. Il a fauté et doit être sanctionné. Ses regrets sont sincères. Il souffre. Il ne se réjouit plus. Est-il nécessaire d'envoyer cet homme-là en prison?»

Le conducteur débiteur des familles

Les familles des victimes ont déposé des conclusions civiles que le futur condamné accepte pleinement. Et dont il se reconnaît débiteur. Pour le tort moral, 50 000 francs pour chaque parent – la maman de Diana, le père d'Adrien et celui de Diana – et 20 000 francs pour Katia, la sœur cadette d'Adrien, qui était avec eux au moment du drame. A cela s'ajouteront près de 100 000 francs de dommages et intérêts, de dépens et de frais d'avocats. A 65 ans, avec une minuscule rente AVS, passablement handicapé, en petite santé psychologique, le forain veut absolument assumer.

Le Tribunal correctionnel d'arrondissement de Lausanne rendra son verdict jeudi en fin de journée.

evelyne.emeri@lematin.ch

*Prénom d'emprunt

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