Absurde: Drôle de calcul de La Poste

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AbsurdeDrôle de calcul de La Poste

Le géant jaune s'est fendu d'une lettre recommandée à 5 fr. 30 pour proposer un remboursement de 2 ct. au député genevois Jean-Charles Rielle. Le procédé interpelle.

par
Victor Fingal
Remonté et bien décidé à défier La Poste, le médecin et député genevois a décidé de ne pas réagir à sa lettre. Au risque de recevoir un autre courrier recommandé…

Remonté et bien décidé à défier La Poste, le médecin et député genevois a décidé de ne pas réagir à sa lettre. Au risque de recevoir un autre courrier recommandé…

Christian Bonzon

À son retour de vacances, Jean-Charles Rielle, médecin et député genevois au Grand Conseil, n'en a pas cru ses yeux. «Dans le courrier, j'ai découvert une lettre recommandée de La Poste datée du 15 août. Après en avoir lu le contenu, j'ai d'abord pensé à une mauvaise blague!» Le texte, pourtant, n'a pas été écrit pour faire rire. Le service clientèle d'une mystérieuse «Swiss Post Solutions SA» lui enjoint de communiquer un numéro de compte bancaire ou postal afin de permettre le versement de… 2 centimes.

La raison? La Poste a interrompu en octobre dernier son partenariat avec la Fnac pour l'exploitation des Cartes duo Fnac, un sésame pour adhérents qui permettait des paiements échelonnés. «Les nouveaux statuts de La Poste ne l'autorisaient plus à fournir ce genre de prestations», explique Aurélie Penot, responsable communication de la Fnac Suisse. Quant au compte du politicien socialiste, il comporte un solde, minime certes, mais en sa faveur.

La Poste se justifie

«La Poste m'a envoyé un recommandé qui coûte 5 fr. 30, poursuit Jean-Charles Rielle, et me demande de lui faire parvenir un formulaire réponse dûment rempli. L'enveloppe jointe n'est pas affranchie: elle me coûterait donc 80 centimes en courrier B ou 1 franc en courrier A pour récupérer 2 centimes! À l'heure où des bureaux sont fermés et où une pression toujours plus grande s'exerce sur le personnel, La Poste, qui veut donner des leçons de gestion, prouve qu'elle ne maîtrise même pas son outil informatique.»

Pas de quoi perturber l'institution attaquée, qui persiste et signe. «Il ne s'agit ni d'une erreur ni d'un couac, affirme Nathalie Dérobert Fellay, porte-parole. La Poste a agi correctement, conformément à la loi (art. 62 et suivants et art. 109 du droit des obligations), elle est tenue d'informer par écrit ses clients disposant d'un solde positif (donc à partir de 1 centime) sur leur compte et de procéder au remboursement en demandant leurs coordonnées bancaires. Malgré le fait que l'enveloppe de retour n'était pas affranchie, le client aurait pu communiquer ses coordonnées bancaires gratuitement par e-mail.» Et Nathalie Dérobert Fellay d'ajouter: «Lorsque le client ne réagit pas à la première information envoyée, il appartient à l'entreprise de communiquer l'information par voie recommandée.»

Des explications qui n'ont guère convaincu la Fédération romande des consommateurs. «C'est aberrant, commente Robin Eymann, son responsable économique. Cela montre que la centralisation à l'excès de La Poste n'est pas la solution la plus efficace. Elle se déshumanise et préfère dépenser le prix d'une lettre, recommandée en plus, là où un simple coup de fil aurait suffi.»

Quant à Jean-Charles Rielle, il attend déjà le round suivant. «J'ai décidé de ne pas réagir à la lettre de La Poste. J'espère que je ne recevrai pas un nouveau recommandé pour des modalités de versement de 2 centimes.»

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