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SexualitéDrôles de nonnes en Gruyère

Les activistes LGBT des Sœurs de la Perpétuelle Indulgence, installées à Charmey, souhaitent «promulguer la joie et faire de la prévention VIH».

par
Laurent Grabet

Une congrégation un peu particulière s'est implantée au cœur de la très catholique Gruyère, dans la petite station de Charmey. Face à la cure, au pied de l'église et à deux pas de l'école, une vieille bâtisse a été récemment investie par de mystérieuses Sœurs de la Perpétuelle Indulgence du Couvent des Grues.

Ce nom fleurant bon l'ironie apposé sur une innocente boîte aux lettres a illico titillé la curiosité du Père Jacques Le Moual. En deux clics, le curé du village a découvert, «consterné», que les Sœurs de la Perpétuelle Indulgence ont plus à voir avec la dérision qu'avec la religion. Et que si Sœur Fatima, mère supérieure du couvent, Sœur Benedicta, Sœur Elvissavi, leur «garde cuisse» et leurs ami(e)s font du prosélytisme, c'est plus pour la tolérance envers la communauté LGBT (lesbienne, gay, bi et transgenre) que pour la propagation de la foi. «Certaines photos sur leur site montrent que ces personnes agissent au nom du diable, affirme celui qui fut l'un des exorcistes du canton. J'ai alerté l'évêché et la commune.»

Cette dernière s'est renseignée auprès du préfet. Résultat des investigations, d'après Félix Grossrieder, syndic du village de 2000 âmes: «Les «Sœurs» sont une association tout ce qu'il y a de plus légal et tant qu'il n'y a pas de troubles à l'ordre public, il n'y a ni lieu ni base légale de l'interdire.» D'autant qu'en réalité, les «Sœurs» sont implantées au village depuis trois ans, mais personne ne s'en était aperçu.

Derrière elles se «cachent» Alain, infirmier de 42 ans, et Lionel, ingénieur informaticien de 41 ans, liés par un partenariat enregistré et habitant jusqu'à il y a peu un vieux chalet excentré du village. Leur récent déménagement a mis au jour leur présence. «Nous avons eu envie d'implanter l'association en Suisse après la diffusion d'un documentaire à l'Uni de Fribourg. Nous avions alors réalisé qu'il y avait un besoin de sœurs en Romandie», explique Lionel, qui a prononcé ses «vœux» à Paris voici cinq ans. «Surtout maintenant que le couvent de Zurich a fermé. Notre but n'est pas de provoquer. Ce serait contre-productif.»

Le duo se fait fort, au contraire, de «promulguer la joie, d'expier la honte et de faire de la prévention contre le VIH». Mise à part la réaction du curé, leur démarche passe plutôt bien au village, où elle suscite au mieux la compréhension et au pire l'amusement ou le scepticisme. Le temps où un Charmeysan, aujourd'hui décédé, était publiquement moqué pour son homosexualité lors de la célèbre Course de charrettes de la Bénichon, semble bel et bien révolu.

Pas des saintes nitouches!

Les Sœurs de la Perpétuelle Indulgence sont nées en 1979, à San Francisco. Cette association de lutte contre l'homophobie et le sida (la première à avoir tenu ce rôle) se joue des codes catholiques avec joie et dérision. Elle compte quelque 1300 «sœurs» réparties dans des «couvents» en Europe, en Amérique, en Australie et en Nouvelle-Zélande. Ses membres officient notamment dans les lieux fréquentés par la communauté homosexuelle. Lorsqu'elles ne sont pas en train de bénir des distributeurs de préservatifs, «au nom de saint Latex», elles fréquentent les gay prides ou même font le trottoir (ce qui dans leur jargon signifie faire de la sensibilisation auprès des passants). En ces occasions, elles sont toujours escortées par des «gardes cuisses».

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