Commentaire - Du discours de haine et des attaques contre la SSR
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CommentaireDu discours de haine et des attaques contre la SSR

Le Conseil des États veut lutter contre le discours de haine, alors que l’UDC voudrait rejouer No Billag!

par
Eric Felley
Les attaques contre la SSR échauffent rapidement les esprits.

Les attaques contre la SSR échauffent rapidement les esprits.

Getty Images/iStockphoto

Le Conseil des États a accepté ce mardi, à l’unanimité, un postulat concernant la lutte contre le «discours de haine». Défendue par Thomas Minder (Ind./SH), cette proposition veut combattre l’incitation à la haine sur les réseaux sociaux. Tout politicien qui s’engage aujourd’hui en Suisse peut se retrouver face à une «shitstorm», comme on dit en Suisse alémanique, une «tempête de m****» incontrôlable. Récemment, c’est l’écologiste Céline Vara (Verts/NE) qui en a fait les frais. Après sa participation à «Infrarouge», pour défendre l’initiative contre les pesticides de synthèse, elle a été menacée de mort et a dû demander une protection policière.

Hasard de l’actualité, cette décision du Conseil des États intervient au moment où l’UDC veut relancer des initiatives contre la SSR: soit pour diminuer la redevance, soit pour lui imposer une rédaction plus «bourgeoise». L’UDC réagit ainsi parce qu’elle n’a pas été invitée à un débat sur la SRF concernant la fin de l’accord-cadre. C’est la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. Dans un communiqué, le parti a dénoncé une «télévision d’État en passe de devenir une ONG d’activistes écolo-gauchistes».

Contre la SSR, la parole se «libère»

Cette terminologie – «activistes écolo-gauchistes» – est typique du discours qui entre dans la problématique évoquée plus haut. Avec son nouveau président, Marco Chiesa (UDC/TI), le ton des communiqués de l’UDC s’est durci (notamment les attaques contre Alain Berset). Le parti semble vouloir retrouver un peu de la «niaque» qu’il avait avant le passage du modéré Albert Rösti (UDC/BE). Mais ce nouveau ton ne sera pas sans conséquence en cas d’une nouvelle campagne visant la SSR.

En 2018, lors de la campagne sur l’initiative No Billag, la violence verbale avait atteint des sommets d’agressivité. Les collaborateurs de la SSR avaient été traités de paresseux, des profiteurs, de gauchistes ou de parasites. Chez certains, lorsque l’on attaque la SSR, la parole se «libère», comme si cette institution publique était moins dommage que d’autres, comme si les gens qui y travaillaient méritaient moins de respect. Tout cela semble-t-il parce que ses gens vivent «avec nos impôts».

Avant de se relancer dans une opération à haut risque contre la SSR, l’UDC devrait se souvenir que le peuple avait refusé No Billag à plus de 71%. Une nouvelle tentative de mettre au pas le service public audiovisuel va assurément mettre le feu à la maison suisse. Et le postulat accepté par le Conseil des États n’y changera pas grand-chose.

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