Football: Du win-win sur toute la ligne
Publié

FootballDu win-win sur toute la ligne

Xherdan Shaqiri a brillé pour ses débuts avec Liverpool samedi soir. Analyse des perspectives qui entourent ce transfert.

par
Jérôme Reynard

Combien se sont étonnés de ce mariage, en se demandant ce que Xherdan Shaqiri pourrait bien apporter ou ambitionner à Liverpool? Loin de nous l’idée de vouloir justifier ce transfert sur la base de la performance de l’international suisse samedi soir devant les 100 000 spectateurs du Michigan Stadium face à Manchester United - une passe décisive et surtout un magnifique retourné acrobatique victorieux pour son premier match avec les Reds.

La prestation de Shaqiri (26 ans) a certes eu le mérite de démontrer que le joueur ne manquait ni de confiance, ni d’audace et qu’il était en mesure d’allier spectacle et efficacité dans ses gestes. Il y a du reste de quoi en faire une recrue potentiellement populaire; un paramètre qui compte dans un club comme celui d’Anfield. Liverpool l’a bien senti, en surfant sur le buzz, samedi, avec une vidéo tournée par le Shaq lui-même, venue boucler une série de publications qui auront permis aux fans de suivre la signature du contrat de l’ex-Bâlois, son arrivée aux Etats-Unis pour rejoindre le camp de préparation de ses nouveaux coéquipiers, son premier entraînement, sa première interview, l’annonce de ses débuts en match…

Au moment de peser les «pour» et les «contre» du mariage Xherdan Shaqiri - Liverpool FC, la réflexion doit toutefois être plus large. Car les arguments qui expliquent cette union, aussi surprenante soit-elle pour beaucoup, sont en réalité divers. D’un côté comme de l’autre.

----------

L’argument de la rotation

Soyons clairs: Shaqiri débarque sur les bords de la Mersey dans un rôle de joker, derrière l’infernal trio offensif composé de Mohamed Salah, de Roberto Firmino et de Sadio Mané. Mais la saison des Reds sera longue et dispatchée sur suffisamment de tableaux (Premier League, FA Cup, League Cup, Champion’s League) pour permettre au Kosovar d’origine d’obtenir du temps de jeu et même «une vingtaine de titularisations», selon les estimations de certains observateurs. Sans spéculer sur les éventuels pépins physiques susceptibles de frapper le front de l’attaque.

Dans ce sens, si Liverpool a été plutôt en réussite avec la santé de Salah, de Firmino et de Mané en 2017-2018, Jürgen Klopp possède assez d’expérience pour savoir que ça ne durera pas éternellement. Le technicien allemand est aussi conscient que son effectif avait besoin de profondeur, avec Dominic Solanke et Danny Ings comme quasi-seules solutions de rechange offensives après le départ de Philippe Coutinho à Barcelone la saison passée. Au regard du nombre de titularisations que les trois de devant ont cumulé (128, sur 56 matches au total), il est par ailleurs légitime de se demander si les Scousers auraient gagné la finale de la Champion's League avec davantage de fraîcheur.

Le transfert de Xherdan Shaqiri offrira donc des possibilités de rotation bienvenues à Jürgen Klopp. Avec un joueur qui connaît forcément son futur rôle, qui l’accepte, et qui trouvera également sans doute son compte en termes d’apparitions.

----------

L’argument du profil

Salah-Firmino-Mané, c’est probablement parmi ce qui se fait de mieux, offensivement, sur la planète football. Dans le style de Klopp en tout cas. A ce titre, le recrutement de Shaqiri est en adéquation avec le jeu de transition éclair prôné par l’ancien entraîneur du Borussia Dortmund. Il ajoute en outre une corde de plus à l’arc des Reds, avec une flèche habituée aux fulgurances depuis l’extérieur de la surface de réparation et sur balle arrêtée. Voilà qui peut servir quand on peine à faire sauter un verrou.

L’international suisse sait être décisif, en témoignent ses 8 buts et 7 assists avec le relégué Stoke City la saison dernière. Autre avantage: il n’aura pas besoin du temps d’adaptation traditionnellement nécessaire aux recrues qui découvrent l’intensité de la Premier League.

Adepte du 4-3-3, Jürgen Klopp pourra utiliser sa nouvelle arme sur l’une des deux ailes, plus certainement côté droit (celui de Salah). Mais le 4-2-3-1 aligné par l’Allemand en clôture de championnat 2017-2018 face à Brighton laisse entrevoir d'éventuelles présences simultanées de Salah, Firmino, Mané et Shaqiri - qui peut aussi jouer en 10 - sur le terrain. Intéressant.

----------

L’argument financier

Lorsqu’on possède un trio offensif comme celui de Liverpool, garnir son contingent d'une telle option supplémentaire pour 15 millions d’euros seulement (le montant de la clause libératoire du Shaq) est une bonne affaire. Oui, «XS» a des soucis de constance. Non, les problèmes musculaires ne sont pas rares chez lui. Oui, il est permis de s’interroger sur sa capacité à se plier aux exigences de son coach, notamment en matière de pressing. Mais, à ce prix-là, le risque est quasi-inexistant, pour les Reds.

Xherdan Shaqiri? Relégué avec Stoke City, il est désormais lié pour cinq ans avec un club qui ambitionne de rivaliser avec Manchester City dans la lutte pour le titre de champion d’Angleterre et qui vient d’atteindre la finale de la Champion's League. Avec des perspectives de temps de jeu et sous la direction d’un meneur d’hommes hors pair. Sans parler d'un salaire estimé à plus de 110 000 euros par semaine.

Vous avez dit mariage win-win?

Votre opinion