Docu: Dubochet: «J'ai dit oui à un film sur moi car je n'en avais jamais fait»
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DocuDubochet: «J'ai dit oui à un film sur moi car je n'en avais jamais fait»

Le Nobel vaudois se réjouissait de pouvoir expliquer ses travaux au public. Mais dans «Citoyen Nobel», c'est surtout l'homme que l'on découvre.

par
lematin.ch

La bande-annonce de «Citoyen Nobel».

Tout le cinéma que l'on a fait autour de Jacques Dubochet n'est pas près de s'arrêter. La preuve, puisque c'est même carrément au cinéma que l'on va retrouver le prix Nobel de chimie dès ce 4 mars. Dans le film «Citoyen Nobel», le réalisateur Stéphane Goël montre comment le Vaudois est passé de l'anonymat de son labo à la célébrité après avoir été récompensé par le Graal du monde scientifique en 2017. Et, surtout, comment il a vécu un tel bouleversement, en tâchant de mettre cette médiatisation au service des combats qui sont chers à son cœur.

«Je savais que ce serait une grosse affaire»

Ce n'est que quelques heures à peine après l'annonce de son Prix Nobel que Jacques Dubochet a été contacté par Emmanuel Gétaz, producteur entre autres du documentaire sur Jean Ziegler. Il lui demande s'il peut lui consacrer un portrait. «J'avais conscience que cela a allait être une grosse affaire et Christine, mon épouse, était très réservée sur la question», nous dit aujourd'hui Jacques Dubochet. «Mais moi, j'étais assez pour. Après tout, je n'avais jamais fait de film, c'était l'occasion.»

Une première équipe le suit, caméra au poing, lorsqu'il se rend en Suède pour recevoir sa récompense. «J'ai fait mon coming-out à Stockholm», sourit le Vaudois, qui a en effet profité de l'occasion pour montrer que ses intérêts dépassaient le cadre de la science et qu'il était un homme engagé, notamment sur le climat et les réfugiés. La Suisse découvre par la même occasion que son premier Nobel individuel depuis 15 ans est un drôle de bonhomme, pétri d'humour et de convictions, ce qui n'est pas incompatible.

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Jacques Dubochet a même réussi à insuffler de sa malice à la cérémonie très guindée des Nobel. Photo Dreampixies

L'homme a de quoi plaire à Stéphane Goël, à qui Emmanuel Gétaz demande trois mois plus tard s'il veut se charger de réaliser ce documentaire. «Je connaissais alors de Dubochet ce que le public savait de lui, sans plus, explique Goël. Mais, pour faire un film de cinéma et non pas un docu pour la télé, il me fallait une dramaturgie. Je pouvais m'appuyer sur l'engagement citoyen de Jacques, mais je voulais aussi voir comment sa vie allait changer, faire une sorte de chronique de ce bouleversement.»

La vie après la frénésie

Le Nobel, lui, a des vues très différentes. «Je voyais en ce film une bonne occasion d'expliquer la science au public, de lui faire comprendre ce pour quoi j'ai été récompensé. Eh bien, c'est complètement loupé!», constate-il aujourd'hui. Certes, son invention de l'eau froide, comme il aime l'appeler, est évoquée. On retourne même dans les labos où a travaillé (et où, déjà, il collait des autocollants antinucléaire sur les vitres). Mais, une fois la sursollicitation médiatique passée et que les invitations officielles à donner des conférences ont commencé à diminuer, Stéphane Goël a pu commencer, dès l'été 2018, à filmer ce qu'était devenu la vie d'un homme qui a reçu le Nobel.

La grève et Greta

Coup de chance pour le réalisateur, Dubochet rebondit alors médiatiquement avec son engagement pour le climat et sa participation à la grève aux côtés de Greta Thunberg. Le film prend alors une toute autre dimension, montrant le retraité Nobel profiter de sa notoriété pour défendre ses causes. Lui qui, contrairement à de nombreux scientifiques enfermés dans leur tour d'ivoire, a toujours tenu à ne jamais séparer son travail de sa vie de citoyen, ne pouvait auparavant être entendu du fond de son labo. Comme tous ceux d'ailleurs qui tentent depuis des années de tirer le signal d'alarme du réchauffement. Il aura fallu que Greta crie au monde: «Écoutez-les!» pour qu'enfin, les chercheurs puissent ramener leur science avec un certain succès.

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«On devrait créer un Nobel de l'environnement et le donner à Greta», dit Dubochet. Photo Dreampixies

Mais il reste encore du travail, puisque même l'académie des Nobel fait toujours la sourde oreille face au réchauffement. Pas un prix ces dernières années pour récompenser des travaux ayant trait au climat. «Ils sont complètement à la ramasse, regrette Jacques Dubochet. Ils devrait créer un Nobel de l'environnement. Et le décerner en premier à Greta.»

La cohérence d'un homme

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C'est au pied du glacier que l'on reconnaît le combattant pour le climat. Photo Dreampixies

On ne voit pas le temps passer en regardant «Citoyen Nobel». Ce film à hauteur d'homme, tout Nobel que soit cet homme, apporte une cohérence au portrait fragmentaire que l'on pouvait se faire de Jacques Dubochet à travers ses apparitions médiatiques. C'est aussi une belle réflexion sur la complexité qu'il y a à d'abord vouloir comprendre le monde pour, ensuite, tenter de l'améliorer. Dubochet met sa science au service de la vie. Pour un homme qui a inventé l'eau froide, il est bien chaleureux.

Michel Pralong

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