Cérémonie: Dubochet, le Nobel qui brise la glace

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CérémonieDubochet, le Nobel qui brise la glace

Le professeur vaudois, prix de chimie, a su apporter tout son humour à une cérémonie habituellement très solennelle.

par
Michel Pralong
Jacques Dubochet a reçu son prix des mains du roi de Suède et découvert avec bonheur que le pantalon cérémoniel se portait avec des bretelles.

Jacques Dubochet a reçu son prix des mains du roi de Suède et découvert avec bonheur que le pantalon cérémoniel se portait avec des bretelles.

Jonathan Nackstrand, AFP

Qu'un Suisse reçoive un Prix Nobel, c'est formidable. Qu'il ait en prime de l'humour est inespéré. Une majorité des scientifiques qui ont reçu un Nobel restent inconnus d'un vaste public qui ne comprend pas grand-chose à leurs découvertes. La technique qui a valu à Jacques Dubochet cette suprême récompense ne déroge pas à la règle. On peut la résumer grossièrement comme un moyen de figer l'eau si rapidement juste avant sa congélation qu'on empêche la formation de cristaux. C'est très pratique: cela permet d'observer les molécules vivantes. Tout comme Einstein tirant la langue, Jacques Dubochet aussi fait figure de garnement espiègle dans le milieu scientifique: la lecture de son curriculum vitae sur le site de l'Université de Lausanne, le jour de l'annonce de son Prix Nobel, a bien davantage contribué à sa renommée que ses travaux. Un texte tellement drôle que Présence Suisse l'a transformé en un dessin animé présentant le scientifique et sa découverte.

Aujourd'hui c'est la remise du Prix Nobel à #Stockholm! L'occasion de vous présenter le #Suisse Jacques Dubochet, lauréat pour le #Nobel de #Chimie! #NobelPrizepic.twitter.com/qfHU18zifc— Suisse (@Suisse) 10 décembre 2017

«Ma tête est si petite»

Hier donc Jacques Dubochet a reçu officiellement son Prix Nobel à Stockholm des mains du roi de Suède, Carl Gustav. De ce professeur Tournesol aux yeux bleus pétillant de malice, on ne pouvait attendre un discours ennuyeux. Il n'a pas déçu. «Le monde est vaste, très vaste. Ma tête est petite, si petite. Il n'y a pas moyen que je puisse mettre le monde dans ma tête. Qu'importe, j'ai essayé d'en élaborer une sorte de représentation», a-t-il dit. Et ce n'est pas sans un sourire qu'il a fait remarquer que lui et les deux autres colauréats du prix de chimie, les professeurs Joachim Franck et Richard Henderson, n'ont jamais été de très bons chimistes. Jacques Dubochet est en effet biophysicien, mais sa trouvaille a permis de voir les atomes.

Ces travaux en cryomicroscopie électronique ont ouvert bien des portes. Et c'est sur une note d'espoir que Jacques Dubochet a terminé son discours. Une conclusion qui n'est sans doute pas sans rapport avec l'âge des trois hommes récompensés, 75 ans pour lui, 77 et 72 pour les deux autres: «Peut-être découvrirons-nous quelle drogue empêche le cerveau de devenir sénile. Beaucoup d'entre nous sont intéressés par cela. Amis microscopistes cryoélectroniques, vous avez un bel outil, faites-en bon usage!»

La cérémonie et le banquet qui suit sont réglés comme du papier à musique selon un protocole très strict, mais cela n'effrayait pas Jacques Dubochet. «J'ai fait du service militaire, où il y a aussi tout un formel», a-t-il dit samedi à 24 heures, qui l'interrogeait aussi sur le costume: cravate blanche et queue-de-pie obligatoires. «Le pantalon est à bretelles, a constaté, étonné, le professeur. C'est très pratique, les bretelles, en tout cas à mon âge, quand on n'a plus la taille très fine.»

S'il ne pouvait le faire lors de cette cérémonie, Jacques Dubochet a profité d'un séminaire donné vendredi à Stockholm pour aborder des sujets qui lui tiennent à cœur, comme le réchauffement climatique ou la migration. Mais gare à ne pas attraper ce qu'on a appelé la «maladie du Nobel», soit la tentation qu'ont les lauréats d'asséner ensuite des vérités toutes faites sur des sujets qu'ils ne maîtrisent pas. Mais le Vaudois en a conscience. «Dès que j'ouvre la bouche, je suis écouté, simplement parce que je suis Prix Nobel, a-t-il dit. Il faut faire très attention à ne pas sombrer là-dedans.»

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