Grèce: Échauffourées à Athènes avant un vote crucial

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GrèceÉchauffourées à Athènes avant un vote crucial

Plusieurs dizaines de jeunes gens casqués et masqués ont lancé des cocktails molotov au moment où commençait le débat parlementaire crucial pour la suite de l'aide à la Grèce.

Un débat parlementaire crucial pour la suite de l'aide à la Grèce a débuté à 19 heures.

Un débat parlementaire crucial pour la suite de l'aide à la Grèce a débuté à 19 heures.

Keystone

Des échauffourées entre la police et des manifestants armés de cocktails molotov ont éclaté à Athènes mercredi 15 juillet au soir à l'issue de manifestations contre le nouveau plan d'aide à la Grèce que les députés devaient adopter dans la nuit.

Place Syntagma, où siège le parlement grec, plusieurs dizaines de jeunes gens casqués et masqués ont jeté des pierres et des engins incendiaires, à la fin d'une manifestation qui avait rassemblé quelque 12'000 personnes selon la police, après une journée de grève des fonctionnaires qui a ralenti l'activité dans le pays.

Des distributeurs de banques ainsi que du mobilier urbain ont été endommagés, des vitrines brisées et un car de télévision a été incendié.

Une quarantaine de personnes arrêtées

Quatre policiers ont été légèrement blessés, ainsi que deux photographes. La police a arrêté une quarantaine de personnes.

«Je suis là parce que le gouvernement n'a pas respecté notre vote du 5 juillet, ni ce que nous vivons depuis cinq ans», a témoigné une manifestante, Heleni, 28 ans.

Les premières mesures de l'accord conclu lundi entre la Grèce et ses créanciers devaient être votées mercredi soir par le Parlement, avec un risque pour le Premier ministre Alexis Tsipras d'en sortir affaibli.

Pour montrer sa bonne volonté aux créanciers, avant d'espérer obtenir dans quelques semaines un troisième plan d'aide d'au moins 80 milliards d'euros, le gouvernement grec dirigé par la gauche radicale devait en effet faire passer «d'ici au 15 juillet» un premier train de mesures.

Il s'agit notamment d'une hausse de la TVA, et de l'adoption d'une règle d'or budgétaire. Après une journée de débats en commission, et de discussions sur la procédure, le débat a finalement commencé à 21h00 (18h00 GMT), assorti d'une procédure d'urgence.

«Le pire moment de ma vie»

A l'intérieur du Parlement, le ministre des Finances Euclide Tsakalotos a pris la parole en premier.

«Lundi matin à 09h30 fut le pire moment de ma vie. Je ne sais pas si nous avons bien fait, mais nous sentions que nous n'avions pas le choix», a-t-il déclaré, citant une phrase célèbre attribuée à l'ancien Premier ministre chinois Zhou Enlai. Celui-ci, interrogé dans les années 60 sur ce qu'il pensait de l'impact de la Révolution française, avait répondu : «Il est un peu tôt pour le dire».

Déjà mardi, Alexis Tsipras avait essayé d'expliquer les raisons qui l'ont poussé à signer, dans un climat de grandes tensions, un accord avec les créanciers qui est loin d'alléger l'austérité rejetée pourtant à 61% au référendum du 5 juillet.

«J'ai signé pour éviter un désastre au pays»

«J'assume la responsabilité d'un texte auquel je ne crois pas mais que j'ai signé pour éviter un désastre au pays», en l'occurrence une sortie de l'euro en forme de plongée dans l'inconnu, avait-il dit.

Il peut s'appuyer sur un sondage Kapa Research pour le journal To Vima - réalisé sur un échantillon de 700 personnes - révélant que, bien que très partagés sur les termes de l'accord, 70,1% des Grecs pensent que le Parlement doit le ratifier.

Le risque pour le Premier ministre est de ne remporter le vote que grâce aux voix de l'opposition, dont les principaux partis, Nouvelle Démocratie (conservateurs), Pasok (socialistes) et Potami (centre gauche), réunissant 106 députés sur 300 à eux trois, ont appelé à adopter les mesures.

«Lisez ça et pleurez !»

Du côté de la coalition gouvernementale, composée du parti de gauche radicale Syriza d'Alexis Tsipras (149 députés) et de son allié de droite souverainiste ANEL (13 députés), les choses étaient moins claires.

Certaines réactions ont été virulentes mercredi. Ainsi, la ministre adjointe des Finances Nadia Valavani a rendu son portefeuille.

Quant à l'ex-ministre des Finances Yanis Varoufakis, il a comparé l'accord à «un nouveau traité de Versailles», et l'a reproduit sur son blog, entièrement annoté de critiques en rouge, écrivant aux internautes : «Lisez ça et pleurez !».

Mais cela ne préjugeait pas nécessairement d'un vote négatif dans la soirée.

Maintenir aussi longtemps que possible l'unité de Syriza

Alexis Tsipras est en tout cas allé lui-même demander aux députés de Syriza de maintenir l'unité du parti, mercredi midi.

Le jeune leader préférait sans doute en effet ne pas donner à l'opposition la possibilité d'influer sur le vote de manière suffisamment décisive pour réclamer ensuite quelques portefeuilles, voire un gouvernement d'union nationale.

Mercredi, les banques grecques sont restées fermées pour le 17e jour consécutif.

Alexis Tsipras a dit espérer que la BCE, dont le conseil des gouverneurs se réunit jeudi, augmenterait le plafond de l'aide d'urgence aux banques, afin que les Grecs puissent retirer un peu plus que les 60 euros quotidiens qu'on leur impose.

Le Premier ministre avait aussi déclaré mardi avoir signé l'accord en espérant l'ouverture ultérieure d'une discussion sur un aménagement de la dette grecque, qui approche les 180% du PIB.

Texte voté en France

Or, le FMI, un des trois créanciers avec l'UE et la BCE, a semé le trouble dans la nuit mardi soir, en rendant public un document apparemment connu des Européens qui assure que la dette grecque est «totalement non-viable» et doit subir une forte cure d'amaigrissement, soit par un allongement des délais de remboursement, soit, par un allègement pur et simple, auquel les Européens sont opposés pour l'instant.

Le FMI, qui ne peut intervenir que dans les pays dont il estime la dette viable, semble ainsi mettre en doute sa participation au nouveau programme d'aide à la Grèce.

En France, un des pays à vouloir soumettre l'accord grec à l'appréciation de son Parlement, le texte a été très largement voté mercredi après-midi, par 412 voix contre 69.

Une conférence téléphonique de l'Eurogroupe sur la Grèce doit en outre se dérouler jeudi à 9 heures en Suisse

(AFP)

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