Recyclage: Ecolos jusqu'à la tombe

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RecyclageEcolos jusqu'à la tombe

Mourir, mais sans polluer. Les écofunérailles ont le vent en poupe. Pour répondre à la demande, le marché de la mort se met au vert.

par
Alexandra Brütsch
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David Comte, entrepreneur en pompes funèbres, ici devant son entreprise à Bassecourt avec une urne bio-dégradable.

David Comte, entrepreneur en pompes funèbres, ici devant son entreprise à Bassecourt avec une urne bio-dégradable.

Olivier Allenspach/Flashpress
L'urne en papier mâché est aussi proposée avec une pousse d'arbre, à déposer en forêt. Les cendres ne sont pas dispersées.

L'urne en papier mâché est aussi proposée avec une pousse d'arbre, à déposer en forêt. Les cendres ne sont pas dispersées.

Olivier Allenspach/Flashpress
David Comte propose des cercueils bio, sans colle et sans laque.

David Comte propose des cercueils bio, sans colle et sans laque.

Olivier Allenspach/Flashpress

«On n'a pas encore trouvé de corbillard électrique. Mais on cherche.» Depuis 2012, David Comte offre des services d'obsèques écologiques: cercueils sans colle ni laque avec intérieur en coton naturel, urnes funéraires biodégradables en papier mâché, véhicules à basse consommation. «C'est ce qui fait notre renommée. Aujourd'hui, on fait même appel à nous depuis les autres cantons», explique le jeune entrepreneur de pompes funèbres, basé à Bassecourt (JU).

Urne en sel ou en sable

Disparaître en minimisant son empreinte écologique, cela paraît logique quand on a passé sa vie à manger bio et à recycler ses déchets. De plus en plus de Suisses optent ainsi pour des funérailles respectueuses de l'environnement. «En 2015, sur les 140 familles que nous avons accompagnées, une trentaine a opté pour un cercueil ou une urne biodégradable», confirme David Comte. Aux Pompes funèbres du Léman, à Vevey, même créneau. Les urnes funéraires sont en sel et en sable: «On essaie de proposer le service le plus proche de la nature possible, et à un prix raisonnable.»

Faire-part électronique

Les sites spécialisés foisonnent d'autres suggestions pour «protéger la planète jusqu'à sa dernière demeure». Eviter l'utilisation de produits chimiques pour l'embaumement du corps, choisir un cimetière aménagé de manière naturelle et sans herbicides, privilégier des stèles en bois, encourager les proches à effectuer des dons à des œuvres de charité plutôt que d'offrir des couronnes de fleurs et, pour économiser du papier, envoyer l'avis d'obsèques par e-mail. Pour certains, le must en matière d'environnement et d'économies reste le cercueil en carton. «Nous en avons vu beaucoup au Salon funéraire à Paris», confie Caroline Barbier-Mueller, cofondatrice de l'organisation Thanatos & Me, qui aide à planifier ses propres funérailles. «Ils sont simples, jolis, et personnalisables en fonction des centres d'intérêt du défunt.»

Selon les entreprises qui les commercialisent, choisir le carton plutôt que le bois permettrait de sauvegarder les forêts, d'économiser de l'eau et de l'énergie. Un dernier geste écolo à portée de toutes les bourses, puisque ces cercueils ne coûtent que quelques centaines de francs contre parfois plusieurs milliers pour une mise en bière traditionnelle.

La guerre du carton

Mais pour une dernière demeure en carton, les Suisses devront encore attendre. «Nous recevons de plus en plus de demandes pour ce type de cercueils, rapporte Michel Gandillon, porte-parole des Pompes funèbres officielles de Lausanne, mais nous ne pouvons pas y donner suite.» Les crématoriums suisses ne seraient pas adaptés. «L'argile qu'ils contiennent encrasse les fours d'incinération», explique Francine Koch, directrice adjointe au Département de la cohésion sociale et de la solidarité à Genève. Les fabricants de cercueils en carton crient à la mauvaise foi: leurs produits conviendraient à tous les fours.

Pour Brigitte Sabatier, de l'entreprise française abCrémation, «vaincre les résistances va mettre du temps: nos produits vont entraîner un gros manque à gagner pour les pompes funèbres et pour la filière du bois. Mais nous avons réussi à surmonter ces obstacles en France, alors pourquoi pas en Suisse?» En septembre, un arrêté ministériel français a en effet décrété qu'aucun crématorium ne pourrait plus refuser ces cercueils.

A Genève, à défaut de s'y faire incinérer, on peut s'y faire enterrer. Mais Francine Koch met en garde contre les risques «liés à la résistance du matériau».

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