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Grande-BretagneElection historique de commissaires de police régionaux

Pour la première fois dans l'histoire de leur pays, des Britanniques sont invités jeudi à élire des commissaires de police régionaux, un bouleversement qui s'inscrit dans le projet de nouvelle société de David Cameron.

David Cameron.

David Cameron.

AFP

Avec pour mission de définir les missions et le budget des forces de police de 41 zones de sécurité en Angleterre (sauf à Londres) et au Pays de Galles, ces commissaires régionaux élus, qui pourront révoquer les responsables de la police locale, sont censés incarner le nouveau visage de la lutte contre la criminalité.

"C'est le changement le plus important depuis un demi-siècle en matière de gouvernance de la police", s'enthousiasme Tim Newburn, professeur de criminologie à la London School of Economics.

"Ces commissaires auront des pouvoirs très importants sur les services de police. Mais les gens n'en n'ont tout bonnement pas encore pris conscience", explique-t-il.

Faible participation

Les Britanniques semblent, il est vrai, peu s'intéresser à ce scrutin et les sondages prédisent même la plus faible participation à une élection au Royaume-Uni.

Selon l'Electoral Reform Society, 18,5% seulement des électeurs feront le déplacement. Plusieurs explications ont été avancées, des frimas de novembre au manque de personnalités saillantes parmi les candidats, à l'exception de l'ancien vice-Premier ministre John Prescott.

Nombre d'électeurs disent aussi ne pas comprendre le rôle de ces commissaires, élus pour quatre ans. Un sondage Ipsos MORI publié le mois dernier a même montré qu'un tiers des Britanniques n'était pas au courant du scrutin.

Cette réforme figurait pourtant dans les promesses de campagne du Premier ministre David Cameron, qui a lui-même reconnu dans les colonnes du Times la difficulté de mobiliser les concitoyens.

Scotland Yard éclaboussée

"Essayer d'amener les gens à aller voter à une époque de cynisme et d'apathie, c'est difficile", a-t-il admis. "Cela ne signifie pas que c'était une mauvaise idée".

Les policiers britanniques ont longtemps bénéficié d'une réputation d'intégrité. Mais cette image a été écornée par plusieurs affaires, dont la publication dernièrement d'un rapport accablant sur la catastrophe du stade de Hillsborough où 96 supporters avaient péri en 1989. Les forces de l'ordre sont accusées d'avoir tenté de maquiller leur responsabilité dans la bousculade.

Scotland Yard, soupçonnée d'avoir traîné les pieds dans l'enquête, a aussi été éclaboussée par le retentissant scandale des écoutes téléphoniques impliquant le tabloïde News of the World.

Son patron a été contraint à la démission en juillet 2011. D'autres policiers sont soupçonnés d'avoir vendu des informations à des journalistes. Ces dysfonctionnements pourraient être traités plus rapidement par ces commissaires élus, estiment des experts.

"La police a une bien meilleure réputation que les hommes politiques, mais il y a néanmoins quelques problèmes: Hillsborough et le scandale des écoutes posent des questions", a souligné Sam Chapman, rédacteur en chef du blog "The Top of the Cops" (le meilleur des flics, NDLR).

Réforme controversée

"Je ne pense pas que les commissaires aient été mis en place pour gérer ces difficultés, mais une fois que vous avez des gens élus au niveau local, ils ouvrent la voie au règlement de ces problèmes", a-t-il estimé.

Les policiers regardent néanmoins cette réforme d'un oeil soupçonneux. "La police pense que ces réformes sont susceptibles de lui couper les ailes", constate Tim Newburn. "Il y a des inquiétudes quant à une possible politisation de la police et des craintes que ces commissaires aient une influence injustifiée".

Le gouvernement a tenté d'y répondre en insistant sur le fait que ces commissaires n'auront pas le pouvoir d'interférer dans le travail des enquêteurs, contrairement à ce qui se passe aux Etats-Unis avec les shérifs élus.

(AFP)

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