09.08.2020 à 02:25

EuropeÉlection présidentielle inédite au Bélarus

Alexandre Loukachenko, qui dirige le pays d’une main de fer depuis 26 ans, voit se présenter face à lui Svetlana Tikhanovskaïa, novice en politique.

Svetlana Tikhanovskaya (au centre) le 31 juillet 2020.

Svetlana Tikhanovskaya (au centre) le 31 juillet 2020.

AFP

Les Bélarusses ont commencé à voter dimanche pour élire leur président. Ce scrutin voit l’autoritaire Alexandre Loukachenko, au pouvoir depuis plus d’un quart de siècle, affronter une jeune opposante inattendue, qui a mobilisé les foules malgré la répression.

Le vote s’est ouvert à 08h00 locales (07h00 suisses) et doit se dérouler jusqu’à 20h00. Il a été précédé d’un vote anticipé depuis mardi, qui a enregistré une participation de 41,7% selon les autorités. Les résultats doivent être annoncés dans la nuit ou lundi.

Le pouvoir bélarusse a redoublé d’efforts pour enrayer l’essor de Svetlana Tikhanovskaïa, 37 ans. Il a arrêté samedi la cheffe de son QG de campagne, interpellé brièvement le même jour une autre alliée de premier plan de l’opposante et dénoncé depuis fin juillet un complot d’opposants et mercenaires russes pour mettre le pays à feu et à sang.

«Fraudes éhontées»

Mais Svetlana Tikhanovskaïa, enseignante d’anglais de formation, a tenu bon bien qu’elle ait «peur tous les jours», a-t-elle confié vendredi. «Merci de votre soutien et de votre confiance (…) réveillons-nous dans un nouveau pays», a-t-elle encore lancé à ses partisans dans une vidéo postée samedi, condamnant les arrestations des derniers jours et appelant à la vigilance face aux fraudes.

Ses partisans se rendaient dimanche matin aux urnes portant des masques sanitaires et surtout des bracelets blancs, en signe de reconnaissance à la demande de Mme Tikhanovskaïa, qui les a également conviés à envoyer des photos de leurs bulletins afin d’organiser un comptage des votes indépendant.

Elle affirme ne pas avoir d’illusions quant au résultat car des «fraudes éhontées» ont déjà été perpétrées selon elle au moment du vote anticipé. D’autant que le nombre des observateurs indépendants a été réduit au minimum. Face à ces «informations inquiétantes», la France, l’Allemagne et la Pologne ont appelé à un scrutin «libre et équitable».

Présence militaire accrue

Des manifestations de détracteurs du pouvoir ne sont pas à exclure, si l’opposition juge le scrutin falsifié. M. Loukachenko a quant à lui clairement laissé entendre qu’il n’hésiterait pas à les disperser. Samedi soir, une présence policière accrue était visible dans les rues de Minsk, et des véhicules militaires ont traversé le centre-villle de la capitale.

Des manifestants ont été arrêtés, et des partisans d’opposition ont traversé la ville en klaxonnant dans leurs voitures. Le procureur général Alexandre Koniouk a pour sa part demandé aux électeurs d’être «raisonnables» et de ne pas participer à des manifestations non autorisées.

Avant l’émergence surprise de Mme Tikhanovskaïa, M. Loukachenko, un ex-directeur de sovkhoze de 65 ans, a éliminé ses principaux concurrents au printemps et au début de l’été: deux d’entre eux sont incarcérés, un troisième s’est exilé. Trois autres candidats sont en lice, mais aucun n’a su mobiliser.

«Femme ordinaire»

Svetlana Tikhanovskaïa se présente, elle, comme une «femme ordinaire, une mère et une épouse» qui a remplacé au pied levé son mari, Sergueï Tikhanovski, un blogueur incarcéré en mai alors qu’il faisait campagne.

Qualifiée de «pauvre nana» par M. Loukachenko, elle a su mobiliser alors même que le Bélarus n’a jamais pu voir émerger d’opposition unie et structurée. Pour cela, elle s’est alliée à deux autres femmes: Veronika Tsepkalo, la compagne d’un opposant en exil, et Maria Kolesnikova, la directrice de campagne de Viktor Babaryko, un ancien banquier emprisonné alors qu’il souhaitait se présenter.

En cas de victoire, elle a promis de ne rester au pouvoir que le temps de libérer «les prisonniers politiques», organiser une réforme constitutionnelle et de nouvelles élections.

(AFP/NXP)

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