Région parisienne - Elle économisait pour faire liquider son ex par un tueur à gages
Publié

Région parisienneElle économisait pour faire liquider son ex par un tueur à gages

Une femme de 34 ans a comparu mercredi devant la Cour d’assises de Seine-Saint-Denis pour avoir commandité l’assassinat de son ancien compagnon.

La Cour d’assises de Seine-Saint-Denis, en région parisienne, est chargée de déterminer comment une femme de 34 ans sans histoires en est arrivée à commanditer l’assassinat de son ex-compagnon.

La Cour d’assises de Seine-Saint-Denis, en région parisienne, est chargée de déterminer comment une femme de 34 ans sans histoires en est arrivée à commanditer l’assassinat de son ex-compagnon.

AFP

En rassemblant l’argent de Noël ou des anniversaires et en vendant sa voiture, Amandine S. avait mis 5000 euros de côté. Officiellement, pour refaire sa salle de bains. En pratique, pour faire éliminer son ex-conjoint. Un assassinat raté qui lui vaut de comparaître aux assises.

Pendant quatre heures mercredi matin, la Cour d’assises de Seine-Saint-Denis a tenté de comprendre les raisons de la radicalité du geste de cette femme de 34 ans auparavant sans histoires, qui a essayé de faire liquider son ex-compagnon par un tueur à gages en forêt de Bondy en août 2017. Un traquenard nocturne dont Jimmy C. en a réchappé vivant mais paraplégique.

Dans le box vitré des détenus, Amandine a pour sa déposition délaissé le pull blanc des précédents jours d’audience et opté pour une sombre tenue noire. D’une voix timide, elle décrit une relation toxique avec Jimmy, dont elle est séparée depuis 2014 et la naissance de leur fils.

«J’étais en train de mourir»

«Je vivais dans la peur». «J’étais terrorisée.» «J’étais en train de mourir». «Il me menaçait». Des sanglots entrecoupent les affirmations d’Amandine, qui accuse Jimmy de violences verbales voire physiques. La seule solution à ses yeux? «Lui ôter la vie.»

La défense et les pleurs d’Amandine semblent laisser de marbre la cour, qui note son «ambivalence», mise en lumière par les débats. Elle lui fait notamment remarquer que les faits reprochés à son ex-compagnon sont tous anciens au moment de la tentative d’élimination et que l’accusée n’a guère recouru à des voies légales.

«Vous dites qu’il vous harcelait, qu’il vous empêchait de vivre. Mais pendant cette période où vous êtes séparée de M. C., vous avez plusieurs relations amoureuses, vous avez une vie de femme!» s’étonne la présidente.

Le prix d’une vie: 10’000 euros

À une soirée barbecue chez le frère d’Amandine en juillet 2017, un ami met celle-ci en contact, via Snapchat, avec un intermédiaire en mesure de lui procurer un exécuteur de basses œuvres.

Depuis des semaines, la jeune femme épargne à cette fin: «Forcément, ça serait pas gratuit. Donc voilà, je faisais des économies.» Elle a ainsi vendu sa voiture peu avant, via son père, soi-disant pour «refaire la salle de bains». L’acheteur a dû régler la transaction en liquide.

L’intermédiaire, présent aussi sur le banc des accusés, lui demande initialement entre 12’000 et 15’000 euros. Mais après un début de relation amoureuse avec Amandine, il renonce finalement à sa commission et baisse la facture à 10’000 euros.

«Vous lui avez dit que c’était trop cher?» lui demande la présidente. «J’ai dit que c’était cher. Après, j’ai pas négocié», déclare Amandine. Or cette femme de petite taille à l’épaisse chevelure châtain n’a que 5000 euros dans sa tirelire. Assez pour payer l’acompte demandé, pas assez pour le solde. «J’avais pas les 10’000 euros», avoue-t-elle aujourd’hui.

Son fils de 3 ans comme alibi

Le 26 août 2017 au soir, selon un scénario défini à l’avance, Amandine attire donc Jimmy dans une allée obscure de la forêt de Bondy, lors d’une promenade avec leur fils de trois ans.

Pourquoi emmener l’enfant dans sa poussette au milieu d’un assassinat? L’intermédiaire «m’a dit que c’était le meilleur scénario pour pas qu’on m’accuse», explique Amandine. Qui s’effondre à nouveau: «Je sais pas comment j’ai fait pour accepter de l’emmener ce soir-là…»

Mais le tireur bâcle le travail. Au lieu des trois balles convenues – «une dans la trachée, deux dans le flanc» – il n’en tire qu’une, dans le thorax, et prend la fuite à vélo. Jimmy survivra.

Victime paraplégique

Son fauteuil roulant tourné face à l’accusée, qui témoigne de l’autre côté de la salle, l’intéressé écoute l’interrogatoire sans émotion visible. De temps à autre, il masse ses jambes qui ne marchent plus.

Amandine devait dire aux enquêteurs qu’il a été victime d’un règlement de comptes lié au trafic de stupéfiants et que le tireur était «de type maghrébin». Pourtant, au bout de plusieurs interrogatoires de garde à vue, elle craque et avoue avoir organisé toute l’affaire.

Nom de code: «travaux dans la salle de bains»

Dans ce procès qui doit durer jusqu’au 16 avril à Bobigny, sept autres personnes comparaissent à ses côtés, dont des membres de sa famille. Dans ce cercle rapproché, l’expression codée des «travaux de la salle de bains» servait à évoquer le projet criminel.

«J’avais vraiment des travaux dans ma salle de bains mais après c’est devenu un code», tient toutefois à préciser Amandine. «J’avais une fuite dans ma douche, je voulais faire venir un ouvrier au black.»

(AFP)

Votre opinion