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SyrieElle emporte ses ennemis avec elle

Engagée comme beaucoup d’autres femmes dans la résistance kurde face à l’Etat islamique, Arin Mirkan s’est fait exploser, tuant des djihadistes. Elle est devenue un symbole.

par
Michel Pralong
Le visage d’Arin Mirkan est devenu celui de la résistance des Kurdes syriens.

Le visage d’Arin Mirkan est devenu celui de la résistance des Kurdes syriens.

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Dimanche, le visage d’Arin Mirkan est devenu celui de la résistance farouche qu’opposent les Kurdes syriens aux troupes de l’Etat islamique. De son vrai nom Dilar Gencxemis (l’autre est son nom de guerre), la jeune femme figure parmi les 15 qui auraient péri ce jour-là. Mais elle se serait fait exploser, tuant «des douzaines» de djihadistes, selon les Unités de protection du peuple (YPG), mouvement de peshmerga auquel elle appartenait et qui défend bec et ongles le Kurdistan syrien. D’autres sources ont fait état en fait d’un geste désespéré, la combattante étant sur le point de se faire capturer. Elle aurait alors dégoupillé une grenade.

Reste que son sacrifice confirme les dires d’Esmat al- Cheikh, chef de l’autorité de défense de Kobané: «Nous ne laisserons pas les djihadistes entrer dans la ville tant que nous serons en vie.» Assiégée depuis trois semaines, cette localité du nord du pays est cruciale. Si l’Etat islamique s’en empare, il contrôlera une large bande continue de territoires le long de la frontière turque.

«Un exemple à suivre»

La mort d’Arin Mirkan a rapidement été saluée sur les réseaux sociaux et honorée par l’YPG: «Si nécessaire, tous nos combattants suivront cet exemple.» Une volonté farouche, mais qui témoigne également du sentiment d’abandon qui règne parmi les résistants kurdes. Car si seuls les Américains les aident avec des frappes aériennes, c’est insuffisant. Et aucune troupe au sol ne vient à leur secours. L’armée turque s’est massée à la frontière, mais n’a pas encore franchi la ligne pour l’instant.

Avec un armement inférieur à celui de leurs ennemis, transformant parfois des tracteurs en chars, les résistants kurdes affichent dans leurs rangs des grands-mères, portant des kalachnikovs. Ces images ajoutées à de nombreuses autres diffusées ces jours de soldats féminins représentent une arme de guerre. L’YPG se vante en effet d’avoir 40% de femmes dans ses rangs, opposant ainsi sa mixité aux islamistes. Pour les djihadistes, se faire capturer, blesser ou tuer par une femme est l’humiliation suprême, voire les empêcherait d’atteindre le paradis, selon certaines sources.

L’engagement de ces combattantes est volontaire. Il dure depuis une trentaine d’années dans les rangs kurdes. Elles ont aujourd’hui une motivation supplémentaire à celui de défendre leur famille comme les hommes: ne pas être ramenées au Moyen Age en tombant sous le joug de l’Etat islamique. Mais face à l’urgence de la situation, certaines se voient confier une arme, sans aucune formation.

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