Absurde: Elle finit au tribunal pour quatre gouttes de pipi
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AbsurdeElle finit au tribunal pour quatre gouttes de pipi

Après avoir laissé son caniche «Michka» lâcher trois ou quatre gouttes de pipi sur un trottoir du passage Montbrillant, à côté de la gare Cornavin, Agnès, septuagénaire, va se retrouver pour la première fois de sa vie devant le Tribunal de police de Genève.

par
Valérie Duby
Pour Agnès, cette histoire devient une tragi-comédie.

Pour Agnès, cette histoire devient une tragi-comédie.

Sebastien Anex/LMS

Elle en fait des cauchemars, et maintenant des insomnies. L’histoire de «Michka» a déjà fait couler beaucoup d’encre. Elle a participé à la création du Mouvement de défense des propriétaires de chiens lancé par Manuel Alonso Unica, à une pétition qui a recueilli plus de 5000 signatures. Niveau juridique, après avoir écopé d’une amende de 350 fr., Agnès et «Michka» se sont tournées vers un avocat.

Me Robert Assaël a déjà réussi à faire baisser la bûche de 350 à 160 fr. (100 fr. d’amende et 60 d’émoluments) en recourant contre la décision. Mais le pénaliste genevois poursuit le combat au motif que la loi sur les chiens, en son article 21, ne précise pas la signification du verbe «souiller»: «Quelques gouttes sur le trottoir ne peuvent en aucun cas être considérées comme des souillures.»

«Cent francs d’amende, cela reste 25 fr. la goutte d’urine avec un émolument de 60 fr.: et cela reste inacceptable, poursuit Robert Assaël. La décision du Service des contraventions est grossièrement arbitraire et la vacuité de sa motivation est affligeante. Ma cliente a présenté dix pages d’arguments pour démontrer que tant l’amende que l’émolument violent le droit: c’est à croire que le service ne les a pas lues!» Et d’ajouter: «Certes il ne s’agit pas d’une affaire d’État mais quand la loi est violée, il faut réagir vite et se battre, même jusqu’au Tribunal fédéral!»

L’avocat genevois a raison. Il ne s’agit pas d’une affaire d’État. Il n’empêche que le pipi de «Michka» se retrouve bel et bien au niveau politique, puisque la pétition a été renvoyée au Conseil d’État genevois par le Grand Conseil, comme l’a révélé la Tribune de Genève. Elle demande aux autorités de se pencher sur la loi et, en résumé, de préciser les termes «souiller» et «déjections».

Pour Agnès, cela reste une «tragi-comédie pour quelques petites gouttes de pipi par rapport à tout ce qui se passe autour de nous dans le monde», mais qui lui fait perdre le sommeil.

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