Réaction: «Elle montre le mauvais exemple»
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Réaction«Elle montre le mauvais exemple»

Une association de défense des oiseaux s’indigne de la remise en liberté de «Nelson», le cygne noir, par Jacqueline de Quattro. Une libération illégale selon une loi fédérale.

par
Melina Schröter
La remise en liberté de «Nelson» par la conseillère d’Etat Jacqueline de Quattro s’est déroulée jeudi à Vevey devant les badauds et la presse.

La remise en liberté de «Nelson» par la conseillère d’Etat Jacqueline de Quattro s’est déroulée jeudi à Vevey devant les badauds et la presse.

JEAN-CHRISTOPHE BOTT / KEYSTONE

L’image était belle: le soleil, le joli bord du Léman, un splendide animal aux plumes de jais rendu à la nature après avoir été baptisé «Nelson», comme Mandela, le tout sous l’œil attentif de badauds et de la presse. La libération du cygne noir par Jacqueline de Quattro jeudi ressemblait à une opération de communication parfaitement réussie. Capturé en mai à Vevey, l’animal avait été confié aux bons soins du Zoo de Servion, avant de finalement bénéficier de la grâce ministérielle.

Une décision qui n’avait pas manqué de ravir les amis de «Nelson», qui œuvraient depuis des semaines, notamment via Facebook, pour cette issue. Las, à en croire BirdLife Suisse, cité par la NZZ am Sonntag, la libération du cygne noir serait illégale.

Plaintes pour libération sauvage

«Cet oiseau appartient à une espèce néozoaire, donc non-indigène et invasive, confirme François Turrian, directeur romand de l’association. Il y a donc un risque qu’il entre en concurrence avec des espèces indigènes. Raison pour laquelle l’ordonnance fédérale sur la chasse et la protection des oiseaux et mammifères sauvages interdit de réintroduire un animal ainsi dans la nature. Sa place est dans un parc.»

Contrairement à d’autres espèces invasives réintroduites fortuitement ou volontairement, le cygne noir, du fait de son impossibilité de se reproduire avec des espèces autochtones, a peu de risques d’envahir son biotope. Mais ce qui inquiète François Turrian dans ce cas est surtout le mauvais exemple montré par Jacqueline de Quattro. Qui pourrait pousser des propriétaires d’animaux exotiques à les libérer dans la nature sans penser aux dégâts que leur acte pourrait causer.

«Nous sommes confrontés à la question préoccupante de la réintroduction sauvage d’animaux exotiques. C’est par exemple le cas avec des tortues. Un phénomène qui redouble, posant de vrais problèmes pour la faune autochtone, parfois même des problèmes sanitaires. On ne comprend pas bien en vertu de quoi, sinon un motif électoraliste, une conseillère d’Etat décide de ne pas suivre une loi fédérale. Par le passé, nous avons été amenés à déposer des plaintes contre des privés dans des cas des réintroductions sauvages.»

Demande d’explications

Si BirdLife Suisse ne déposera a priori pas plainte contre le Conseil d’Etat vaudois, l’association a écrit à Jacqueline de Quattro. Et selon François Turrian, dans la mesure où une loi fédérale a été violée, Berne pourrait demander des explications à la conseillère d’Etat. Contacté hier, son département était inatteignable.

«Nelson», quant à lui, profite des eaux douces du Léman, en attendant le prochain épisode de ses aventures.

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