Reconvilier (BE): «Elle n’aurait pas été condamnée avec une fenêtre à bébé»
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Reconvilier (BE)«Elle n’aurait pas été condamnée avec une fenêtre à bébé»

La jeune femme qui a abandonné son nouveau-né dans un sac-poubelle écope d’une peine avec sursis. Satisfaction de Dominik Müggler, président de l’Aide suisse pour la mère et l’enfant.

par
Vincent Donzé
Le sac-poubelle contenant le bébé nu a été déposé au matin du 13 janvier 2019 à l’entrée d’un parking.

Le sac-poubelle contenant le bébé nu a été déposé au matin du 13 janvier 2019 à l’entrée d’un parking.

Lematin.ch/Vincent Donzé

Deux ans après la découverte d’un bébé dans un sac-poubelle déposé dans le froid à Reconvilier (BE), la maman du nouveau-né a été condamnée lundi matin par le Tribunal Jura bernois-Seeland à 15 mois de prison avec sursis pendant trois ans. «Elle n’aurait pas été condamnée avec une fenêtre à bébé», commente Dominik Müggler, président de l’Aide suisse pour la mère et l’enfant (ASME).

Ange Leïla était née en bonne santé, le 13 janvier 2019, tôt le matin. Son père biologique ignorait tout de la grossesse non désirée, issue d’une relation purement sexuelle qui s’est achevée quand elle était enceinte de cinq mois, sans le savoir. Elle voulait aller plus loin, lui non.

Dans les toilettes

Son copain absent, elle accouche dans les toilettes, coupe le cordon ombilical, nettoie le bébé et le place, nu, dans un sac-poubelle déposé sur un tas de neige, près du parking du tennis et de la salle des fêtes. Des gestes qui ont fait dire au procureur que «la rapidité et la précision de l’acte sont troublantes». Puis elle a repris sa vie précaire, sans emploi, comme si de rien n’était, rentrant brièvement chez ses parents.

Des cantonniers ont découvert le bébé dans le sac six jours après sa naissance. «Par ce froid, le nouveau-né n’avait aucune chance de survie: la petite serait morte de froid, si elle n’avait pas étouffée», observe Dominik Müggler. Pour son avocat, la maman de 22 ans arrêtée le même jour était en total déni de grossesse, frappée d’une amnésie partielle. Elle n’a, a rappelé son défenseur, «provoqué aucune lésion directe à sa fille».

Article 116

Vu de l’association «Fenêtres à bébé», l’affaire de Reconvilier est un infanticide tout ce qu’il y a de plus classique. L’Aide suisse pour la mère et l’enfant se range derrière l’article 116 du Code pénal, lequel stipule que «la mère qui aura tué son enfant pendant l’accouchement ou alors qu’elle se trouvait encore sous l’influence de l’état puerpéral sera punie d’une peine privative de liberté de trois ans au plus ou d’une peine pécuniaire».

«Quand il s’agit de la mort d’un être humain, qui plus est d’un enfant innocent et sans défense, une peine privative de liberté s’impose, même si, selon les circonstances, elle peut être assortie du sursis», commente Dominik Müggler. Selon lui, une peine pécuniaire comme le demandait l’avocat de la prévenue a un sens qui fluctue au gré des situations financières.

Dans le sac à ordures, le nouveau-né n’avait aucune chance de survie.

Dans le sac à ordures, le nouveau-né n’avait aucune chance de survie.

Lematin.ch/Vincent Donzé

Ce qui chagrine Dominik Müggler, c’est qu’une bonne solution se présentait à la maman de Reconvilier: la fenêtre à bébé! «Dommage que la maman ignorait son existence ou n’a pas envisagé cette option», regrette-t-il. À Moutier, la présidente du tribunal l’a dit à la prévenue, comme le relève «RJB»: «Parmi la multitude de réactions possibles, vous avez choisi la pire».

La boîte à bébé la plus proche de Reconvilier se trouve à 60 kilomètres de là, à l’hôpital Lindenhof de Berne. «Si le bébé avait été déposé dans cette boîte, la maman n’aurait pas comparu au tribunal: elle n’aurait rien commis de pénalement répréhensible», remarque Dominik Müggler.

Via une fenêtre à bébé, la maman n’aurait pas même reçu une amende mais, surtout, «son enfant vivrait vraisemblablement au sein d’une famille adoptive heureuse», remarque Dominik Müggler. Dans l’intervalle et une fois le premier réflexe passé, la maman aurait pu réclamer son enfant dans un délai d’un an au moins.

Sur sa conscience

«Elle ne passerait pas sa vie avec la mort d’un enfant sur sa conscience», ajoute Dominik Müggler, pour qui une fenêtre à bébé permet une fin heureuse à une histoire dramatique. Ce système a été utilisé à 25 reprises, la dernière fois le 16 novembre dernier, à l’hôpital Bethesda de Bâle. Quatre nouveau-nés ont été restitués à leur maman. après vérification de leur situation personnelle. Dans huit autres cas, la mère s’est annoncée.

La «fenêtre à bébé» la plus proche de Reconvilier se trouve à l’hôpital Lindenhof, Bremgartenstrasse 117 à Berne.

La «fenêtre à bébé» la plus proche de Reconvilier se trouve à l’hôpital Lindenhof, Bremgartenstrasse 117 à Berne.

Fenêtre à bébé

À la prochaine Fête des mères, le 9 mai prochain, les boîtes à bébé fêteront un anniversaire, la pose de la première fenêtre à Einsiedeln (SZ), il y a 20 ans. La volonté de l’Aide suisse pour la mère et l’enfant, c’est d’étendre le réseau de manière à ce qu’aucune femme ne doive se déplacer à plus de 50 kilomètres pour déposer son bébé: «Une distance plus grande peut constituer un obstacle émotionnel trop important immédiatement après une naissance», estime Dominik Müggler dont la fondation soutient chaque initiative financièrement et techniquement.

Dans une «fenêtre à bébé», la maman dépose discrètement et anonymement son bébé dans un lit chauffant. Elle peut prendre une lettre qui lui est destinée et en laisser une à son enfant. Elle dispose d’une année au moins pour le récupérer.

Dans une «fenêtre à bébé», la maman dépose discrètement et anonymement son bébé dans un lit chauffant. Elle peut prendre une lettre qui lui est destinée et en laisser une à son enfant. Elle dispose d’une année au moins pour le récupérer.

Fenêtre à bébé

Dans le cas de Reconvilier, le père de la petite Ange Leïla s’est constitué partie plaignante. Il réclamait 10 000 francs pour tort moral, une requête rejetée au motif que le lien afectif a été créé après le décès de l’enfant. Comme l’a relevé «Le Journal du Jura», l’avocat de la prévenue a déploré qu’il a rejeté son ex avec des messages «odieux et vulgaires», au point de le rendre en partie responsable de l’issue fatale. Il ne l’a pas ménagée sur les réseaux sociaux. Dépressif, il est suivi psychologiquement.

À la juge Maïli Rüfenacht, il s’est dit «anxieux». Il comptait sur le procès pour trouver des réponses apaisantes, «d’accepter cet acte, sans l’excuser», selon les mots du procureur. «Je sais qu’elle veille sur moi et est souvent à mes côtés. Elle est heureuse là où elle est et n’a pas de regrets», a-t-il affirmé au sujet de sa fille.

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