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ItalieElle se bat pour faire le ménage

Poussées par la crise, à l’image de Caterina, les Italiennes reprennent des boulots auparavant réservés aux femmes de l’Est.

par
Ariel F. Dumont
Mariée et mère de deux enfants en bas âge, Caterina nettoie des bureaux pour 8,67 euros l’heure.

Mariée et mère de deux enfants en bas âge, Caterina nettoie des bureaux pour 8,67 euros l’heure.

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Frappées de plein fouet par la crise économique, les Italiennes redécouvrent des métiers qu’elles trouvaient auparavant déshonorants. A commencer par celui de «badante» ou «tata», les aides ménagères à domicile comme les appellent les Italiens, ou de femmes de ménage. Un secteur auparavant réservé aux femmes venues des anciens pays du bloc de l’Est ou des Philippines, prêtes à tout pour faire leur trou en Italie. Ainsi Caterina, la trentaine, a trouvé un emploi dans un bureau qui occupe tout un étage à Rome. «Je connaissais le concierge de l’immeuble, il m’a présentée et j’ai commencé il y a un mois», confie la jeune Italienne.

Pour s’insérer sur un marché pris d’assaut notamment par les Roumaines et les Ukrainiennes, les Italiennes ont mis au point une stratégie commerciale imparable. D’abord, en multipliant les insertions sur la Toile, un passage obligatoire à l’ère d’Internet. Puis avec le bouche-à-oreille. Leur cri de guerre? «Aucune étrangère ne sait cuisiner, laver, repasser et s’occuper des personnes âgées comme nous.» Leur carré d’as? La langue, des habitudes et une mentalité commune et, pour finir, l’aspect financier. L’argument est imparable. Employée par un couple de médecins aisés, Mariana n’a pas résisté à la concurrence transalpine. «Une Italienne coûte moins cher que moi, mon patron n’ayant pas besoin de la loger puisqu’elle a son propre appartement», se désole la jeune Ukrainienne.

Leur nombre a triplé

Durant les deux dernières années, le nombre d’Italiennes inscrites sur les listes d’emploi de Federcasalinghe, la Fédération nationale des aides ménagères, a triplé à Rome, à Milan et à Turin. Pour mettre toutes les chances de leur côté, elles suivent aussi des cours de formation organisés par Acli Colf, l’association chrétienne des travailleurs. Une façon de trouver rapidement un emploi, Acli ayant un carnet d’adresses épais comme l’Ancien Testament.

Guerre des pauvres

Reste que cette percée des Italiennes donne de sérieux maux de ventre aux femmes venues de l’Est. Ainsi Caterina risque de damer le pion à sa concurrente roumaine. Mariée et mère de deux enfants en bas âge, cette jeune Italienne est prête à lâcher son emploi dans un bureau à quelques mètres du Parlement pour trouver un job plus rentable. Les trois heures à 8,67 euros chacune qu’elle fait chaque jour ne l’aident pas à faire bouillir la marmite familiale. «Je cherche un emploi à temps plein dans une famille. J’aime m’occuper des enfants et je cuisine certainement mieux les pâtes qu’une étrangère», affirme Caterina. La guerre des pauvres ne fait que commencer.

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