08.12.2017 à 15:56

HippismeElle travaille sa posture avec un ancien cascadeur

La Genevoise Antonella Joannou (dressage) est à la recherche de l'équilibre parfait grâce aux conseils de Bernard Sachsé, un ancien cascadeur français devenu paraplégique après une chute à cheval.

par
Julien Caloz
Genève
Antonella Joannou a travaillé sa posture avec un ancien cascadeur devenu paraplégique.

Antonella Joannou a travaillé sa posture avec un ancien cascadeur devenu paraplégique.

Geneviève de Sepibus.

«Dandy-de-la-Roche» est un petit être sensible de 600 kg. Le cheval d’Antonella Joannou ressent chaque mouvement de sa cavalière sur son dos. Cette dernière doit donc adopter la position la plus harmonieuse en selle pour ne pas gêner sa monture dans les exercices de dressage (variations d’allure, reculer, piaffer, etc.), qui se tiennent aujourd’hui et demain au CHI de Genève. Le défi est permanent.

Car «le cheval a quatre pattes et une grosse encolure qui lui fait perdre l’équilibre tout le temps, rappelle la Genevoise. On doit trouver la juste balance, et faire preuve de souplesse. C’est beaucoup d’entraînement. Un peu comme une danseuse.»

Une danseuse bringuebalée sur un hongre de 12 ans au dos très court et très compact, toujours prompt à lancer sa cavalière vers le haut au lieu de l’emmener vers l’avant.

Au centimètre près

Pour apprivoiser son «Dandy» têtu, Antonella Joannou a requis l’expertise de Bernard Sachsé, un ancien cavalier cascadeur privé de l’usage de ses jambes après une chute à cheval en 1994 (lire encadré). «Un gars assez génial, dit-elle, qui m’a appris à trouver l’équilibre avec mon buste.»

Car tout part de là. «Si le cavalier est penché, il va mettre le cheval en difficulté lors de la réalisation de sa figure», décrypte Joannou. «Ça se joue au centimètre près», souligne Sachsé, joint par téléphone depuis son domicile de l’Oise.

En dressage, si ce sont bel et bien les jambes et les mains qui conduisent le cheval, chaque geste est toujours la traduction de la posture du cavalier. «Il faut imaginer que l’avant-main et l’arrière-main (ndlr: la partie antérieure et postérieure) de votre monture sont comme les plateaux d’une balance, dont la tige est la colonne vertébrale du cavalier et du cheval», image Sachsé, qui voit toutefois une différence dans la comparaison: si la tige d’une balance est rigide, le couple cavalier-cheval doit être mobile en permanence. «C’est une recherche d’harmonie, une sculpture faite chaque jour entre soi-même et son cheval.»

«Mon accident m'a placé au pied du mur»

On imagine volontiers que cette recherche d’harmonie est aussi celle de Bernard Sachsé depuis sa chute de 1994. Le handicap lui a-t-il donné un nouveau ressenti à cheval, et donc de nouvelles clés pour adopter la posture la plus juste? «Mon accident m’a placé au pied du mur, ce qui m’a obligé à chercher des petites variations au niveau du buste, que vous cherchez moins quand vous avez vos jambes», reconnaît-il.

Ce travail très personnel, il le met aujourd’hui au service de ses élèves, sans suivre de méthode d’enseignement particulière. «Je n’en ai pas. J’ai plutôt la connaissance et l’étude de nombreuses méthodes. Je réagis ensuite en fonction de chaque cavalier et son cheval.» C’est un beau défi, sans cesse renouvelé.

«Qu’on le veuille ou non, le dressage est un sport, ou un art, d’équilibre, estime-t-il. Or, pour obtenir cet équilibre, il faut l’organiser. Bien se situer dans l’espace et avoir une souplesse générale, physique et mentale.»

Tout un art.

Il a tourné dans trente films

Quand on lui demande comment le présenter aux lecteurs, Bernard Sachsé réfléchit un instant, puis résume avec douceur: «Je suis un dresseur et entraîneur équestre, amoureux de la vie et des chevaux.»

C’est sans doute très vrai, mais le Français de 53 ans est aussi plein d’autres choses. Il est un formidable cascadeur, d’abord, «au talent très tôt reconnu par le maître du spectacle équestre, Mario Luraschi», comme le rappelait un article du Parisien il y a deux ans. Sachsé a joué dans une trentaine de films, dont «La reine Margot», «La fille de D’Artagnan» ou encore «Les visiteurs».

Il a travaillé sous les ordres de Maurice Béjart ou de Patrice Chéreau, enchaînant les prestations jusqu’à celle, terrible, du 4 août 1994: un «cabréretourné» qui le laissera en fauteuil. «Il y a eu la prise de trop», évoquetil. Il ne laissera pas pour autant de côté son amour pour l’équitation, décrochant même une médaille de bronze par équipes aux Jeux paralympiques de 1996, avant de se tourner quatre ans après vers l’organisation de stages avec, toujours, le cheval pour médiateur.

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