Circulation - Elle veut faire de Bienne une ville sans voiture
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CirculationElle veut faire de Bienne une ville sans voiture

Nina Schlup n’est pas amatrice de béton comme son arrière-grand-père: la plus jeune parlementaire biennoise milite pour une ville verte et saine.

par
Vincent Donzé
Plus jeune parlementaire biennoise, Nina Schlup (19 ans) milite pour une ville sans voiture.

Plus jeune parlementaire biennoise, Nina Schlup (19 ans) milite pour une ville sans voiture.

Lematin.ch/Vincent Donzé

Une ville sans voiture, c’est l’utopie que la jeune parlementaire biennoise Nina Schlup (19 ans) veut transformer en réalité avant ses 28 ans, en 2030. Élue l’an dernier au Conseil de Ville, à 18 ans, cette gréviste du climat a frappé fort en déposant une motion sans concession, le 23 juin dernier.

Son constat est relayé par son parti, Jeunes socialistes (JS). Le Parti ouvrier populaire (POP) partage aussi sa vision: «Le Conseil municipal ne répond pas aux attentes posées par le programme d’urgence climatique» publié il y a un an. Là où elle attendait des mesures «radicales mais nécessaires», Nina Schlup ne perçoit que de l’hypocrisie.

Élément central

«Sortir d’une société d’automobilistes est une mesure primordiale pour une politique climatique efficace», soutient Nina Schlup, pour qui «l’aménagement d’une ville sans voiture doit devenir un élément central de la planification routière», avec en contrepartie «un développement massif des transports publics et de la mobilité douce» .

L’espace public la préoccupe. Sitôt élue, Nina Schlup a réclamé en vain l’interdiction de la publicité dans la rue. Tourne-t-elle le dos à la génération de son arrière-grand-père Max Schlup (1917-2013), lequel marqué l’image de la ville en construisant le Palais des Congrès de 1960 à 1966? «C’est à peine si je l’ai connu. Il s’agit pour moi de déplacer le curseur, de changer la norme en favorisant une société où le piéton passe avant la voiture», répond Nina Schlup.

Ville espagnole

Un projet pilote peut-il mettre Bienne sous les projecteurs? «D’autres villes sont déjà sans voiture», nuance Nina Schlup. Il y a Zermatt, mais aussi Copenhague et Amsterdam. Précurseur, la ville espagnole de Pontevedra a vu les émissions de CO2 chuter de 60% en vingt ans, grâce à une politique de «désintoxication» de la voiture, selon un reportage du journal «Le Monde» dans cette ville de 83 000 habitants.

À Bienne, ville de 57’000 habitants, l’idée d’une cité où le piéton est roi sera dure à appliquer. Selon un architecte socialiste favorable à une place de la Gare dépourvue de parking, la proposition de Nina Schlup revient à «demander le paradis», une notion «différente pour chaque individu».

Après le refus populaire de la rendre piétonne, la place de Gare cristallise tous les enjeux.

Après le refus populaire de la rendre piétonne, la place de Gare cristallise tous les enjeux.

Lematin.ch/Vincent Donzé

Parlementaire et président du TCS Bienne-Seeland, Peter Bohnenblust est catégorique: «Cela ne répond ni aux exigences actuelles d’un développement social sain et équilibré, ni aux besoins de notre société. Les propositions purement idéologiques qui manquent la cible empêchent une discussion constructive et ont un effet contre-productif», dit-il dans «Le Journal du Jura».

Directeur de Pro Velo Bienne, Matthias Rutishauser considère que la motion relève de l’utopie: «D’un point de vue pratique, c’est une perte de temps. Ce type d’initiative joue en faveur des partisans de l’automobile et des voix radicales de l’Automobile Club de Suisse (ACS)», estime-t-il.

Connexions prioritaires

Le débat est lancé et des propositions sont formulées pour faire évoluer le trafic. Peter Bohnenblust propose de mettre le trafic en sous-sol pour donner de la place pour la mobilité douce et les transports publics. «La ville est encore planifiée pour les voitures. Il faut favoriser les axes et connexions prioritaires pour les piétons et les vélos», estime Matthias Rutishauser, en évoquant la stratégie pour la mobilité douce 2018-2040.

L’idée d’un 30 km/h généralisé fait aussi son chemin et d’autres suggestions émergent, comme une autorisation de circuler limitée aux véhicules les moins polluants. Mais la voiture a aussi ses farouches partisans, qui ont mené campagne avec succès en 2015 contre une place de la Gare sans voiture.

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