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CyclismeEllen Van Dijk s’attaque à l’histoire au Vélodrome de Granges

La Néerlandaise de 35 ans veut faire sien le record du monde de l’heure, sur l’ovale soleurois. Une discipline mythique, qui demande une précision d’horloger et des jambes de fer.

par
Robin Carrel
La cycliste néerlandaise est une spécialiste du chrono.

La cycliste néerlandaise est une spécialiste du chrono.

AFP

La discipline n'a peut-être plus tout à fait le lustre d'antan, quand les plus grandes stars de la petite reine chassaient cette marque de référence - de Bradley Wiggins à Jacques Anquetil, en passant par Eddy Merckx, Francesco Moser, Tony Rominger, Chris Boardman, Fausto Coppi, Jeannie Longo, Leontien Van Moorsel - ou quand le matériel avait pris une dimension à la limite de la science fiction (ah, le vélo de Graeme Obree...). Mais c'est tout de même à un petit morceau d'histoire que s'attaquera la Néerlandaise de 35 ans, ce lundi à 17 heures.

La double championne du monde (2013 et 2021) et quadruple championne d'Europe (de 2016 à 2019) de l'exercice chronométré, tentera d'inscrire son nom dans la légende du vélo en défiant la Britannique Joscelin Lowden, qui avait pédalé sur 48,405 km en une heure. Ellen Van Dijk a choisi le même endroit que la native de Brighton pour tenter sa chance dans la course au record: le vélodrome de Granges. L'Allemand Jens Voigt, en 2014, et l'Australien Rohan Dennis, en 2015, avaient aussi réussi leur coup au même endroit.

Pour tenter de battre Joscelin Lowden, la cycliste de l'équipe Trek-Segafredo a mis tous les atouts de son côté. D'une part, elle a vécu une approche très pointue, scientifique même, à tous les niveaux imaginables. Position aérodynamique, nutrition, mathématiques, équipement, bicyclette, densité de l'air... Tout a été étudié. La coureuse, elle, s'est aussi plongée dans l'histoire de cette discipline si particulière. Elle a méticuleusement tweeté toutes les réussites de ses prédécesseurs, semblant grappiller auprès de chacune d'elles un petit quelque chose qui pourrait l'aider dans sa tentative.

«Quand on est spécialiste du contre-la-montre, je pense que le record du monde de l'heure est le but ultime, salive-t-elle. Ça fait un moment que je rêve de m'y attaquer. Là, ça se rapproche de plus en plus et je sens qu'il se passe quelque chose de spécial. Pour arriver au meilleur de ma forme, j'ai eu la chance d'avoir une énorme équipe autour de moi. Ils ont fait tous les calculs, tous les tests... Je crois qu'ils ont estimé tout ce qu'il était possible d'estimer! Ça a l'air simple, comme ça, de tourner en rond pendant une heure. Mais il y a tellement de boulot derrière!»

«Avec la densité de l'air, la position sur le vélo, la forme du moment et la «zone frontale» de l'athlète, on obtient ce qu'on appelle un CdA (ndlr: coefficient d'aérodynamisme), détaille son coach Josu Larrazabal. A la fin, tout dépend de ce chiffre. Et même si vous pensez tout avoir sous votre contrôle au moment de la tentative - au niveau de la position, du matériel, de la machine, de la résistance au niveau du roulage, tout! - il reste un petit détail: le temps qu'il fera le jour J. Par exemple, on peut aider un peu Ellen en augmentant juste un peu la température. Mais si vous la montez trop, l'athlète sera moins performante. Alors il faut trouver le bon compromis.»

Le but premier d'Ellen Van Dijk, pendant cette heure de souffrance, sera de garder sa ligne sur l'ovale soleurois de 250 mètres avec ses deux virages relevés. Chaque fois qu'elle déviera d'un pouce à droite ou à gauche, c'est de l'énergie qu'elle laissera en route. Tout un travail de positionnement est nécessaire pour maîtriser sa machine sur le bout des doigts, car le casque de l'athlète limite la vision et que le record de l'heure ne tolère pas les mouvements qui briseraient l'aérodynamique. Un travail d'orfèvre, ou plutôt d'horloger.

Cette tentative de record du monde sera scrutée aussi depuis l'Italie. Le champion du monde de contre-la-montre Filippo Ganna envisage, en effet, de tenter sa chance à son tour à la fin du mois d'août prochain, sur le même anneau de vitesse. Le coureur de l'équipe Ineos participera au Tour de France le mois précédent. La marque de référence chez les messieurs est actuellement la propriété du Belge Victor Campenaerts, avec 55,089 km/h de couverts en une heure, sur le vélodrome d'Aguascalientes au Mexique.

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