Elvis vu par un enfumeur de première
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CinémaElvis vu par un enfumeur de première

L’Australien baroque Baz Luhrmann revient au cinéma avec un biopic qui ne manque ni de style ni d’angle. Dans le rôle de la légende du rock, Austin Butler est brillant.

par
Jean-Charles Canet
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Austin Butler dans le rôle d’Elvis Presley.

Austin Butler dans le rôle d’Elvis Presley.

Warner Bros. Ent.
Le «colonel» Tom Parker (Tom Hanks) sur le point de convaincre Elvis de l’engager en tant que manager.

Le «colonel» Tom Parker (Tom Hanks) sur le point de convaincre Elvis de l’engager en tant que manager.

Warner Bros. Ent.
Elvis séduit Priscilla (Olivia DeJonge)

Elvis séduit Priscilla (Olivia DeJonge)

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«Elvis» marque le retour du cinéaste australien Baz Lurhmann après une longue absence: son dernier long métrage remonte à 2013 («Gatsby le Magnifique»). Notre sentiment à la sortie de la salle de projection? Celui d’avoir vu un film solide qui, sans transcender le genre biopic (mission impossible), a pour lui d’avoir un style, un angle et d’être à l’origine d’une révélation.

Le style

Le style, c’est bien évidemment celui de Lurhmann. Sa patte unique, découverte avec «Ballroom Dancing» en 1992, navigue entre le baroque tendance pompier et le kitsch assumé. Il est l’esclave consentant du rythme musical que le cinéaste impose à toute son œuvre. Dans «Elvis», il s’inscrit dans la continuité sans pour autant noyer son sujet dans une fatigante frénésie. À notre sens, il trouve ici son point d’équilibre sans avoir à se renier.

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L’angle

L’angle, c’est d’avoir choisi de raconter l’histoire d’Elvis Presley du point de vue de son imprésario, le Colonel Parker. Un «méchant», incarné par Tom Hanks bouffi comme le veut le rôle. C’est un enfumeur de première qui nous est présenté, un immigrant au passé trouble qui a appris au cirque l’art de soutirer de l’argent aux spectateurs gogos sans effacer leur sourire. Pour justifier toutes les choses artistiquement coupables dont il est responsable (la carrière cinématographique d’Elvis parsemée de navets, notamment), Parker a toujours sa minute pour exprimer sa position, que cela soit pour ses coups de génies commerciaux ou pour de pathétiques plantées sauvées in extremis par le charisme et le talent de son protégé. Ces escapades du côté obscur de la Force, rendent les figures imposées du biopic traditionnel (enfance, ascension, apogée, chute…) plus digeste. Le «méchant» a de la nuance, cela ne le rend que plus intéressant.

La révélation

La révélation, enfin, n’est autre qu’Austin Butler dans le rôle-titre. On craignait se frotter un clone d’Elvis, le genre qu’on rencontre dans un concours de sosies, dans les rues de New York ou de Las Vegas, on a découvert Elvis Presley, le vrai, comme ça, direct, droit au but. Acteur, chanteur, musicien et mannequin (excusez du peu), Butler est tout simplement extraordinaire dans le rôle, l’incarnation parfaite (et parfaitement filmée) d’une icône encore adulée.

Vous l’avez sans doute compris, le biopic n’est pas notre genre cinématographique préféré. Généralement trop véhicule de lieux communs, trop sur les rails, trop simplificateur. Au point que, pour se venger, on aime voir et revoir «Walk Hard» (2008) la parodie ultime que l’on vous conseille vivement de découvrir un jour. Mais cela nous permet de constater avec plus de clarté que Baz Lurhmann et ses scénaristes ont su éviter la plupart des pièges qui condamnent ce type de films à un oubli rapide.

Respects aux enfumeurs.

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