16.10.2020 à 16:19

Séries«Emily in Paris» ou l’art de jubiler sur une mer de clichés

En narrant les aventures d’une ingénue américaine catapultée dans la capitale du glamour, les créateurs de «Sex and the City» se vautrent sans vergogne dans les poncifs les plus éculés.

par
Jean-Charles Canet
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Emily (Lily Collins), adepte des selfies et des réseaux sociaux. Une fille de son temps, quoi.

Emily (Lily Collins), adepte des selfies et des réseaux sociaux. Une fille de son temps, quoi.

STEPHANIE BRANCHU/NETFLIX
Madame promène son chien.

Madame promène son chien.

ROGER DO MINH/NETFLIX
Sylvie Grateau (Philppine Leroy-Beaulieu) cessera-t-elle de regarder Emily de haut. Le suspense est insoutenable.

Sylvie Grateau (Philppine Leroy-Beaulieu) cessera-t-elle de regarder Emily de haut. Le suspense est insoutenable.

CAROLE BETHUEL/NETFLIX

Peut-être êtes-vous déjà tombé sur YouTube sur une chaîne dans laquelle une Anglo-Saxonne (nord-américaine ou néo-zélandaise) expatriée tente d’expliquer à ses compatriotes ce que cela représente de vivre en France avec des Français. En fait c’est surtout de vivre à Paris avec des Parisiens (qui restent des Français, vous en conviendrez). Combien de vidéos n’a-t-on pas vues sur «la bise», la baguette, l’art de la table, le rapport très distant qu’entretiendrait cet étrange peuple avec le monde du travail et autres particularités que seul un œil extérieur peut remarquer.

C’est immédiatement à ce type de vidéos auxquelles nous avons pensé en découvrant sur Netflix «Emily in Paris» une mini-série de 10 épisodes (courts, 30 minutes en moyenne). Emily donc – jeune, bien dans sa peau, casée, fidèle, enthousiaste et ultra-professionnelle – est l’employée milenniale d’une grosse boîte de marketing à Chicago. Elle est envoyée au débotté superviser le fraîchement acquis «Savoir», un bureau parisien «facilitateur» pour produits de luxe.

Emily c’est Lily Collins, une actrice américano-britannique, accessoirement fille de Phil, le célèbre batteur du groupe Genesis à la retraite, qui interpréta «Blanche-Neige» en son temps (2012). Parfaite dans le rôle d’ingénue qu’il ne faut toutefois point trop pousser dans les orties. Dès le premier épisode, le ton est donné, il ne déviera pas d’un iota.

L’action se passe dans les quartiers chics de la capitale, Emily emménage immédiatement dans une «chambre» à faire rêver toute «bonne» normalement constituée avec vue sur une rue quasi sans voitures dans laquelle une galerie d’art côtoie une boulangerie et un restaurant tenu par un charmant cuistot. Elle découvre un bureau aux horaires flexibles, permettant des pauses de midi longue comme le bras, occupé par une patronne peu amène (Philippine Leroy-Beaulieu, excellente) et des employés qui regardent de haut cette pièce rapportée biberonnée aux réseaux sociaux qui ne sait même pas parler français. Mais Emily est bourrée de qualité dont la première est de ne jamais laisser se démonter. C’est une Américaine, elle donc forcément orientée «solution». Voilà, voilà.

Dire qu’«Emily in Paris» est bourrée de clichés est peu dire. Dans la mare aux poncifs, la série s’y vautre, en sort, y retourne et s’y complaît encore plus. Ce n’est même pas le Paris rêvé des comédies musicales de Fred Astaire et de Gene Kelly, c’est encore pire, ou mieux c’est selon: un Paris contemporain et presque toujours ensoleillé, l’écrin de la Fashion Week, des vernissages, des expositions, des foires aux vanités qui laisse le métro au peuple car la vraie vie se passe en surface entre le Trocadéro et la tour Eiffel.

Emily pas loin d’Amélie

Face à ce déluge de glamour tantôt sucré, tantôt salé, on peut certes s’offusquer, il y a en effet quelque chose d’obscène à représenter un pays et ses habitants d’une manière aussi caricaturale. On peut aussi y prendre un plaisir assumé, comme ce fut notre cas par exemple à la découverte du Paris imaginé par Jean-Pierre Jeunet pour son «Fabuleux destin d’Amélie Poulain», en reconnaissant au créateur de «Sex and the City» qu’il n’a pas perdu la main dans l’art de superviser une comédie romantique qui laisse la part belle aux personnages féminins.

Un conseil cependant, même si vous ne jurez que par les versions françaises (ce qui est parfaitement légitime), sachez que, par sa nature franglaise, la série perd une grande partie de son charme, et donc de son intérêt, à être vue en version doublée.

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2 commentaires
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Loveit

17.10.2020 à 13:46

Ah ben moi j’ai adoré. C’est fair de subir les clichés des américains en tant qu’européen, on en a tellement sur eux aussi. Il ne faut pas prendre la série trop au sérieux et déguster comme un bonbon tantôt sucré tantot acidulé

ici la

16.10.2020 à 19:17

les clichés hors usa autorisé les clichés sur les états uni c'est du racisme haa la bien-pensance made in usa merci Peggy McIntosh