Sorties: En BD aussi, les vies des Noirs comptent
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SortiesEn BD aussi, les vies des Noirs comptent

Deux albums pour raconter la vie de deux Afro-américains célèbres: Bessie Coleman, la femme pilote et Emile Griffith, le boxeur homosexuel. Deux réussites.

par
Michel Pralong

La bande-annonce de «Black Squaw».

YouTube/Dupuis

La presse s’est passablement fait l’écho du prochain Lucky Luke, qui sortira à l’automne, «Un cow-boy dans le coton». Une anticipation due au thème de l’album, la ségrégation raciale dont on parle évidemment beaucoup ces temps en raison du mouvement «Black Lives Matter» (Les vies de Noirs comptent). Les auteurs, Jul etAchdé, n’avaient pas anticipé ce phénomène, le récit ayant écrit avant, mais autant profiter de l’actualité pour annoncer cette future sortie. On attendra toutefois sa lecture pour juger.

Pas besoin en revanche de patienter pour découvrir deux albums qui pourraient tout à fin s’inscrire dans la mouvance «Black Lives Matter». Et il ne s’agit pas d’opportunisme, là encore ces récits ont été entrepris (et terminés) avant le meurtre de George Floyd aux États-Unis qui a été le déclencheur de ce mouvement. Non, nous avons ici deux biographies, réussies, de Noirs célèbres.

Capone et le Ku Klux Klan

La première, «Black Squaw», est signée par le scénariste Yann et le dessinateur Henriet. Le duo nous avait déjà offert «Dent d’ours», une série sur trois amis d’enfance durant la Seconde Guerre mondiale où il était beaucoup question d’aviation. Pas étonnant dès lors que le duo s’intéresse aujourd’hui à Bessie Coleman. Elle fut en effet la première femme noire à obtenir sa licence de pilotage en 1921. Dans une Amérique ségregationniste, elle qui de plus est moitié amérindienne, n’a aucune chance d’obtenir un tel permis. C’est donc en France qu’elle va partir pour apprendre à piloter un avion.

La jeune femme, devenue célèbre, se produira dans des spectacles aériens. Mais Yann et Henriet avertissent en début d’album: leur récit n’est pas une biographie. Ils s’inspirent de faits réels mais livrent une pure fiction dans laquelle la belle Bessie met également ses talents au service d’Al Capone et se frotte au Ku Klux Klan. Un récit d’aventures bien enlevé, servi par le dessin somptueux d’Henriet. Vivement la suite!

«Black Squaw: Night Hawk», Tome 1, par Yann et Henriet, Ed. Dupuis, 56 pages

«Black Squaw: Night Hawk», Tome 1, par Yann et Henriet, Ed. Dupuis, 56 pages

Le deuxième album est lui, en revanche, beaucoup plus fidèle à la vie du personnage central, le boxeur Emile Griffith. S’il y a bien un endroit aux États-Unis où les Noirs sont acceptés, c’est sur le ring. Les Noirs, oui, mais pas les homosexuels, et Emile l’est. Mais il le cachera autant que possible, ne faisant son coming out public qu’en 2008, à 70 ans, cinq ans avant sa mort, alors qu’il a raccroché les gants depuis longtemps,

L’album «Knock out» raconte ce destin étonnant marqué par un drame qui affectera Griffith toute sa vie: la mort de l’un de ses adversaires, qu’il a mis KO sur le ring. Après que celui-ci lui ait lancé, avant le combat, des insultes homophobes. Reinhard Kleist, l’auteur, est un spécialiste des biographies en BD. On lui doit déjà celles de Nick Cave, Johnny Cash et Fidel Castro. Il a également signé «Le boxeur», l’histoire d’un prisonnier polonais qui apprend la boxe dans les camps de concentration. Kleist réalise donc une nouvelle histoire de ring, très émouvante, avec des combats extrêmement bien rendus graphiquement et un récit qui se déroule au fil d’une conversation entre Griffith et le fantôme de l’adversaire qu’il a tué. Percutant, c’est le moins que l’on puisse dire.

«Knock out!», par Reinhard Kleist, Ed. Casterman, 160 pages

«Knock out!», par Reinhard Kleist, Ed. Casterman, 160 pages

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